Le Val-Ouest

Votre média hyper local gratuit
Région de Valcourt

Bonjour l’été!

 

Au début de ses quatre-vingts ans, mon grand-père Wilbrod creusait au pic et à la pelle le vide sanitaire sous sa propriété pour en faire une cave digne de ce nom. Plusieurs années plus tard, il repérait encore dans la pelouse les trèfles à quatre feuilles qu’il pointait du bout de sa canne. Si j’ai hérité un peu de son côté industrieux, je n’arrive toujours pas à trouver de trèfles à quatre feuilles malgré tous mes efforts et toute ma détermination.

Soyez toujours à l'affût de l'information régionale

Inscrivez-vous à l'infolettre

Fidèle à sa mémoire, j’ai donc profité du printemps pour entreprendre, comme à tous les printemps, les menus travaux d’entretien et réparation que nécessitent immanquablement maison et bâtiments soit en raison du poids des années soit tout bêtement pour redonner à notre environnement sa tenue d’été après le long hiver. J’espère en avoir bientôt fini et pouvoir m’asseoir au soleil en ayant le sentiment de profiter de l’été et de ses douceurs.

En fait, je me prépare depuis de longs mois pour cette pause estivale. Je me prépare mentalement à prendre congé des retombées de la pandémie, des exactions des talibans afghans, du délire de grandeur de Poutine et de ses effets délétères sur l’Ukraine et les Ukrainiens, de l’inflation, du prix des aliments et de l’essence, de la menace de récession, du réchauffement de la planète et des cataclysmes qui en découlent sans parler des canicules à venir, des innombrables chantiers et travaux de voirie, de la pénurie de main-d’œuvre, des ratés du système de santé, des complotistes et autres semblables qui refusent d’entendre raison. Et j’en oublie sans doute.

Non, je refuse de céder au désespoir. Si je peux en finir avec mes travaux, bien que rien ne soit moins sûr, mais qu’importe, je vais me lancer à corps perdu dans les plaisirs de l’été. Pour me refaire une santé, une santé mentale d’abord, après je verrai bien. D’abord profiter du temps doux. Ne plus enfiler bottes, mitaines, chandails, tuque et manteau est un premier cadeau de la saison chaude. Puis écouter les musiques de saison, les chants d’oiseaux tellement variés, tellement nombreux, le bruissement des feuilles caressées par le passage des zéphyrs, leurs protestations lorsque secouées par les indélicates bourrasques ou leurs tintements sous le choc des gouttes d’eau d’un bruyant et rafraichissant orage. Je tendrai aussi l’oreille au frémissement de la rivière. Je suivrai au son les déplacements des bourdons et celui des colibris.

Je humerai les multiples parfums qu’exhalent sans vergogne arbres et fleurs, humus et foin coupé. Ma mère appréciait particulièrement celui du foin d’odeur dont je m’enivre à satiété chaque fois que l’occasion m’en est donnée. L’odeur des grillades se chargera au passage d’exciter mes papilles gustatives. Ces jouissances olfactives me sont d’autant plus précieuses qu’elles sont périodiquement écrasées par les épandages de fumier. Vie rurale oblige!

Je me rincerai l’œil des multiples coloris de l’été, de l’infinie variation des tons de vert à l’incroyable diversité des formes et couleurs des fleurs tant sauvages que domestiquées. Je surveillerai les ciels incertains, car s’y cachent parfois les arcs-en-ciel. Le soir venu, pour me rassurer sur le sort de notre planète, je chercherai la Grande Ourse et Cassiopée. Je suivrai aussi les cycles de la lune, cette menteuse qui prend la forme de la lettre « D » lorsqu’elle croit ou celle de la lettre « C » lorsqu’elle décroit. Ainsi parlait mon grand-père!

Voilà tout de même près de trois semaines que je suis de près la météo, attendant avec impatience que les périodes de beau temps dépassent les deux jours. Mais où donc sont passés les mois de juin de mes souvenirs ? Pour parvenir à mes fins, je l’avoue à ma courte honte, j’ai dû sacrifier un samedi et deux dimanches de beau temps qu’à mon corps défendant j’ai choisi de consacrer à la peinture des surfaces exposées à la pluie. Malgré cette concession faite à la nature, je sens bien qu’une fois de plus il me faudra reporter à septembre les travaux inachevés faute de conditions atmosphériques printanières suffisamment coopérantes.

J’en suis là de mes humeurs industrieuses. Est-ce l’usure du temps ou le poids des déboires de l’humanité qui me pèsent ou m’empêchent d’apprécier ses progrès et ses prodigieuses réalisations ? Je ne sais trop, me contentant d’observer le temps qui passe sans trop savoir où il nous mène. Il me reste juillet et août pour me refaire, me reconstruire, me régénérer. Je suis bien prêt à affronter deux à trois canicules, mais pas plus. Pour le reste, beaucoup de soleil, un peu de pluie, mais pas trop, des jours qui ne raccourcissent pas trop vite, quelques rencontres avec ma fille, avec les amis et du bon temps avec ma douce devraient suffirent à me remettre d’aplomb.

Et j’aurai une bonne pensée pour ceux qui tentent de tenir le fort de la démocratie…

Michel Carbonneau
2022-07-01

Un avis au sujet de « Bonjour l’été! »

  1. Toujours aussi touchant et ´réfléchissant ´ M. Charbonneau! Merci Merci! Vos souvenirs nous amènent en profondeur….d ans cette vie parfois si mouvementée et surtout… questionnable en cette année 2022 … où va ou veut réellement aller l’humain, que nous sommes? Merci pour ces bons partages!

Les commentaires sont fermés.

Une nouvelle, un événement à faire paraître?

Ayez le réflexe VAL-OUEST

Lire aussi...