Le Val-Ouest

Chronique de Michel Carbonneau – Septembre 2020

Prendre position 

Garder mes distances ou fraterniser dans la proximité ? Porter le masque ou refuser en prétextant le respect de mes droits et liberté ? Croire Arruda ou Crèvecoeur [1] ?

Le libre arbitre 

Entre science et croyances, l’histoire nous montre que le choix n’a pas toujours été facile. Durant la pandémie de la grippe espagnole, 1918-1919, mes parents croyaient s’en protéger, en gardant sur eux un petit sachet contenant un carré de camphre. Enfant, au milieu des années 1940, ils me faisaient porter un scapulaire [2] qui devait me mettre à l’abri de la poliomyélite.

La pandémie de la Covid-19 donne à penser que science et croyances peuvent encore se retrouver nez à nez lorsque vient le temps de sauver sa peau. En temps normal, disons sans pandémie, la cohabitation des deux pose moins de problème. On s’en remet à la science pour ce qui nous sert au quotidien, et à Dieu pour gagner son ciel ou à quelque gourou pour démoniser les autorités ou ceux qui ne pensent pas comme soi. Ces deux balises du libre arbitre font relativement bon ménage en autant que chacune a sa zone d’influence.

La peur et l’inconnu bousculent toutefois ce bel équilibre. Malgré leurs prodigieuses avancées, la science et la technologie viennent d’exposer leurs limites. On connait peu ou mal le virus de la Covid-19. On cherche et se cherche. Ce qui était vrai la veille ne l’est plus nécessairement le lendemain. Et aucun vaccin ne sera disponible à court terme. Des solutions miracles poussent alors un peu partout qui durent le temps que dure la crédulité de leurs adeptes.

Choisir son camp

Entre l’appel de la raison et celui de la pensée magique, il faut bien choisir. Dès le début, je m’en suis remis aux directives de la Santé publique que j’ai suivies à la lettre. Confinement pendant deux mois sans sorties autres que pour prendre l’air dans ma cour. Le courrier, les publisacs, les commandes d’épicerie, tout était suspect, tout pouvait s’avérer porteur du meurtrier virus. Pas de visiteurs autorisés à se présenter autrement qu’à l’extérieur, avec masque et à grande distance.

La peur a joué dans ma décision, tout autant si ce n’est plus que la raison. Valait mieux être trop prudent que pas assez. Puis, les mesures de déconfinement ont été progressivement mises de l’avant. La peur n’était jamais bien loin, mais la vie reprenait ses droits et avec elle, le retour dans la société. J’allais devoir me remettre aux commandes de mes faits et gestes et juger de ce que j’accepterais comme dérogations aux directives gouvernementales, de ma part comme de celle des personnes côtoyées.

Pour gérer ces chassés croisés, il me faudrait choisir parmi les innombrables informations circulant sur le virus et sa propagation. Même les plus crédibles étaient parfois contradictoires. Comme stratégie, j’ai décidé de privilégier celles qui sont plus près des faits que de leur interprétation, d’en retracer les sources pour juger de leur fiabilité et de faire preuve de circonspection.

Un dernier détour avant de conclure. Différents commentaires circulent sur l’inconscience dont ferait preuve une certaine jeunesse dans ses comportements vis-à-vis la Covid-19. Dans le mot inconscience, il a le mot science mais aussi le mot conscience. Cela tient à son origine latine « cum scientia » qui veut dire « avec connaissance ». De là à penser que cette jeunesse fait fi de la connaissance, il n’y a qu’un pas. Or, pour Rabelais « science sans conscience n’est que ruine de l’âme [3] ». D’accord, c’est conclure trop vite.

Et alors, concrètement ? 

Dans le doute, m’abstenir, ne pas courir de risques inutiles. Pour me protéger d’abord, mais aussi pour éviter de contaminer les miens, mes amis, mon entourage. Somme toute, appliquer le principe de précaution.

M’efforcer d’assoir ma raison sur les faits et la vertu. Les faits parce qu’ils sont l’un des fondements du raisonnement et la vertu parce que, si on en croit Aristote [4], elle se trouve « au milieu », recherchant l’équilibre entre les positions extrêmes. Hélas, j’ai un peu le sentiment que ni les faits ni la vertu n’ont présentement la cote.

Or donc, prudence et modération. Deuxième vague oblige. Je vais garder mes distances, porter le masque et éviter de propager les discours fumeux des conspirationnistes de ce monde. Ça prend un peu de mou entre les neurones pour penser que la pandémie résulte d’une conspiration politique internationale visant rien de moins qu’une dictature mondiale…

PS : Et je me laverai les mains!

Michel Carbonneau

2020-08-28

[1] Conspirationniste patenté

[2] Petit rectangle de feutre relié à un cordon qui permettait de le porter au cou et sur lequel était cousue une image sainte.

[3] Rabelais, Pentagruel, 1530

[4] On lui attribue la maxime « In medio stat virtus » Au milieu se trouve la vertu, maxime qui préconise la recherche du juste milieu.

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