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L’Avalé du Val – Anthropoésie

crédit photo Pedro Ruiz

J’entends la chaleur de votre voix et son réconfort dans la nuit boréale…

À l’hiver 2020, je préparais un voyage à vélo à destination de la Baie-James pour juillet de la même année. Je m’entraînais beaucoup sur mon exerciseur en écoutant de la musique ou des livres audio. C’est lors de ces suées que j’ai découvert l’écriture et la voix de l’anthropologue Serge Bouchard qui est décédé cette semaine. Pour moi, ce fut une découverte marquante. Il donnait du sens à mon voyage et mon écriture. Plus tard, au printemps, j’ai dû annuler l’expédition à cause de la crise sanitaire, mais le souffle de Serge Bouchard a contribué à cet élan que j’ai gardé pour rouler et écrire. J’espère retrouver bientôt le goût de ce voyage, m’y préparer à nouveau et rouler jusqu’à Chisasibi.

Rendu sur les rives de la Baie-James, au couchant, je penserai à vous, Monsieur Bouchard…

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Voici ce que je lui écrivais, dans La Promesse du Nord, en janvier 2020 :

Cher Serge Bouchard,

Je viens de terminer, au sortir d’une séance de spinning, l’écoute de votre livre C’était au temps des mammouths laineux. L’écoute du livre audio lu par son auteur est une drôle d’expérience. D’une certaine façon, elle accentue notre proximité avec ce dernier par le contact sensoriel avec la voix, le timbre, le débit. D’une autre façon, cela nous prive d’une intériorité, cette bulle silencieuse, propre à la lecture, qui nous met en contact direct avec le texte sans l’interférence de l’auteur lui-même (de son corps).

Vous pourriez penser que j’aurais mieux aimé vous lire que de vous entendre vous lire. Ce n’est pourtant pas le cas. Votre personnalité et votre écriture, fusionnées, m’ont touché spécifiquement. Je ne sais pas pourquoi. Votre voix physique donne une texture à mon élan vers le Nord. J’entends à travers elle l’arbre rabougri, la route solitaire, l’animal tapi, l’Indien que je ne connais pas. J’entends la chaleur de votre voix et son réconfort dans la nuit boréale. Votre écriture, quant à elle, m’inspire, m’élève, donne de l’âme à mon projet. Vos envolées anthropoétiques sur les autobus, la forêt, la platitude, le temps, entre autres, m’ont transpercé. Le récit de la longue maladie de votre femme, de son agonie et de sa mort dans votre voix droite, franche et courageuse m’a ému profondément. J’aime votre amour de l’ordinaire et de l’oublié. Et la mort que l’on sent présente partout, créatrice d’âme et de beauté. Je voulais donc vous remercier simplement, cher Serge Bouchard, de m’aider à croire en ce que je fais.

Nicolas Proulx

Racine, le 13 mai 2021
lapromessedunord.com

Un avis au sujet de « L’Avalé du Val – Anthropoésie »

  1. Tellement mais tellement d’accord avec vous sur cet homme “d’intelligence spéciale”, intègre, respectueux de l’humain…MERCI! Sûrement qu’il aurait beaucoup apprécié votre lettre!

Les commentaires sont fermés.

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