Le Val-Ouest

Un citoyen de Maricourt lance une pétition qui propose la fusion avec le Canton de Valcourt ou Racine

Les fortes augmentations des taxes municipales passent très mal à Maricourt. À tel point que le Maricourtois Philippe Ferland a décidé d’agir. Il se présente à chacun des domiciles pour faire signer une pétition demandant la fusion entre la municipalité de Maricourt et l’une ou l’autre de ses voisines : le Canton de Valcourt ou Racine.

Au moment de publier cet article, Philippe Ferland avait recueilli 117 signatures sur une population de 456 habitants. C’est donc dire qu’environ 25% des citoyennes et citoyens se disent déjà en faveur de cette proposition. Alors même que M. Ferland n’a pas terminé son porte-à-porte.

« Seulement quelques citoyens ont refusé de signer »

« De toutes les maisons que j’ai visitées, seulement quelques citoyens ont refusé de signer », affirme-t-il. Selon lui, les augmentations de taxes ne sont pas acceptables. « Ce n’est pas 4 % d’augmentation, c’est 35 % ou 40 %. C’est hors normes. Le conseil a même décidé qu’il n’y aurait qu’une seule collecte des ordures par mois. On a moins de services et on paye plus cher », s’insurge-t-il.

Pour régler le défi des coûts qui augmentent, cet ancien conseiller municipal et inspecteur de voirie prône une solution radicale : la fusion. « Avec la municipalité de Racine ou du Canton de Valcourt, selon ce qui sera le plus avantageux pour les citoyens de Maricourt », peut-on lire dans le texte de sa pétition.

La pétition lancée par Philippe Ferland demande la fusion entre la municipalité de Maricourt et le Canton de Valcourt ou Racine « selon ce qui sera le plus avantageux pour les citoyens ». (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nous sommes l’une des plus petites municipalités et nous sommes la plus imposée. Ne sommes plus assez de gens pour faire face aux dépenses que nous avons à Maricourt », croit-il.

« Nous sommes l’une des plus petites municipalités et nous sommes la plus imposée. Ne sommes plus assez de gens pour faire face aux dépenses que nous avons à Maricourt », croit le Maricourtois Philippe Ferland qui a démarré la pétition. (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Le maire comprend la grogne

Le maire de Maricourt, Jean-Luc Beauchemin, affirme très bien comprendre la grogne de ses concitoyens, étant lui-même un contribuable. Selon lui, la préparation du budget 2024 a été réalisée dans les règles de l’art. « Je suis très serein sur la façon dont on a fait le calcul. Il n’y a pas d’abus. Tout s’explique. Mais ça ne veut pas dire que les gens vont être réceptifs aux explications. »

Le principal poste budgétaire de sa petite municipalité est l’entretien des chemins. Selon lui, l’enjeu principal est là. « Ça fait plusieurs années qu’il n’y a pas eu d’amour sur nos chemins. L’ancien maire [Daniel Gélineau] a dû augmenter les taxes pour ça, il y a deux ans. Nous payons pour le temps où les administrations précédentes n’ont pas investi et ont gardé les taxes très basses. »

« Je suis très serein sur la façon dont on a fait le calcul du budget municipal. Il n’y a pas d’abus. Tout s’explique», déclare Jean-Luc Beauchemin, maire de Maricourt. (crédit photo : municipalité de Maricourt)

Points de vue des maires du Canton de Valcourt et de Racine

Questionné par le Val-Ouest, le maire du Canton de Valcourt, Patrice Desmarais, confirme être au courant de la démarche. A-t-il une ouverture vis-à-vis d’une idée comme celle-là? « S’il y a une demande, c’est sûr qu’on va y porter attention. Mais je ne peux pas me prononcer si le Canton accepterait ou non. Ça demande quand même des démarches et des études importantes. Il y a beaucoup de choses à considérer. Mais on ne peut pas non plus fermer la porte sans avoir étudié le dossier. »

Mario Côté, maire de Racine, dit avoir entendu des rumeurs à propos de la circulation de cette pétition, sans avoir été directement sollicité. Qu’en pense-t-il? « Je vous répondrai comme l’ancien premier ministre Robert Bourassa : «Je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire» », répond-il, avec un brin d’humour. Il ajoute : « Est-ce qu’on serait intéressé à une fusion? Ce serait à évaluer.»

« S’il y a une demande, c’est sûr qu’on va y porter attention. Mais je ne peux pas me prononcer si le Canton accepterait ou non. Ça demande quand même des démarches et des études importantes», confie le maire du Canton de Valcourt, Patrice Desmarais. (photo : municipalité du Canton de Valcourt)

La fusion, une idée qui n’est pas nouvelle

L’idée d’une fusion dans la région de Valcourt n’est pas nouvelle. À la fin des années 1990, le premier ministre Lucien Bouchard avait lancé un vaste projet de réorganisation municipale en trois phases distinctes. On visait d’abord les municipalités de moins de 10 000 habitants pour ensuite se consacrer à celles de plus de 10 000 habitants puis aux villes situées sur l’île de Montréal.

L’idée d’une fusion n’est pas nouvelle. À la fin des années 1990, le gouvernement du Québec avait proposé la fusion entre Valcourt, le Canton de Valcourt et Maricourt. Ci-dessus, un article du journal La Tribune du 2 juin 1999. (source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

À l’époque, le gouvernement du Québec avait ciblé une fusion entre la ville de Valcourt, le Canton de Valcourt et Maricourt.

De 1996 à 1998, Rémy Trudel était le ministre des Affaires municipales qui menait ce dossier. « En 1996, mon ministère a publié une carte des fusions des municipalités de 10 000 habitants et moins. De mémoire, on voulait fusionner environ 430 municipalités pour qu’il n’en reste que 110. » L’ex-ministre a alors entrepris une vaste tournée de l’ensemble du Québec pour rencontrer les élus et entendre leur point de vue.

Fusion de municipalités qui «forment une communauté»

« La base de la proposition, avant cette consultation, c’était de dire : on fusionne des municipalités qui forment une communauté. Il y a une communauté d’intérêt entre les deux parties. »

Rémy Trudel explique que c’est sur cette base qu’un certain nombre de municipalités ont refusé les fusions. « Ils nous ont dit : ce n’est pas parce qu’on habite le même territoire géographique que nous formons une communauté. De mémoire, j’ai exempté de la fusion une trentaine de municipalités. »

Les citoyens du Canton contre la fusion

Rémy Trudel dit se souvenir, dans les grandes lignes, de la situation qui prévalait dans la région de Valcourt. «Il y avait quelque chose d’historique dans l’argumentation qui m’avait été présentée. Ils soutenaient qu’ils ne formaient pas une communauté et qu’ils ne voulaient donc pas se fusionner. »

Le maire du Canton de Valcourt, Patrice Desmarais, était en poste à l’époque. Il se rappelle que la municipalité avait organisé un référendum et qu’une grande majorité de citoyens s’étaient prononcés contre le regroupement des trois municipalités.

L’ancien maire de Maricourt, Réjean Paquette, était conseiller municipal à cette même période. « Quand on a vu que le Canton de Valcourt a refusé, nous ne sommes pas allés plus loin dans la démarche. Nous avons décidé de refuser aussi. On ne pouvait pas fusionner avec la ville de Valcourt alors qu’il y a le Canton entre les deux. » Il affirme qu’hier comme aujourd’hui, il ne voit pas d’avantages à fusionner Maricourt à une autre municipalité.

L’ancien maire de Maricourt, Réjean Paquette, était conseiller municipal à la fin des années 1990. Il affirme qu’hier comme aujourd’hui, il ne voit pas d’avantages à fusionner Maricourt à une autre municipalité. (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

« Ce n’est pas une raison suffisante pour faire disparaître une municipalité »

L’ancien ministre est clair : bien qu’il pilotait la réorganisation municipale il y a plus de 25 ans, il est aujourd’hui contre les fusions municipales. « Demander une fusion par incapacité d’affronter les coûts, ce n’est pas un mariage d’amour. C’est une proposition de raison à défaut. Et c’est très dommage. Quand on fait ça, on fait disparaitre de la carte sociologique du Québec des entités qui ont existé depuis des décennies. »

Rémy Trudel pense qu’une telle solution ne réduirait pas nécessairement les coûts. « Les services qu’ils sont incapables de payer actuellement, vont-ils disparaître en étant fusionné? Non. De même, est-ce que la municipalité qui accueillerait l’autre serait prête à assumer une partie des coûts dans ses budgets? »

Il ajoute : « C’est vrai qu’il est difficile d’affronter les coûts de la réalité de 2024 pour une municipalité de moins de 500 personnes. Mais quant à moi, ce n’est pas une raison suffisante pour dire : on va se saborder et faire disparaître une municipalité. C’est une richesse pour le territoire québécois. Il y a d’autres alternatives qui sont possibles. »

« C’est vrai qu’il est difficile d’affronter les coûts de la réalité de 2024 pour une municipalité de moins de 500 personnes. Mais, quant à moi, ce n’est pas une raison suffisante pour dire : on va se saborder et faire disparaître une municipalité. Il y a d’autres alternatives qui sont possibles », croit l’ancien ministre des Affaires municipales Rémy Trudel. (photo : Wikipedia)

Solution alternative : la coopération entre les municipalités

Pour Rémy Trudel, la solution réside plutôt dans la coopération entre les municipalités. « La Loi sur l’aménagement et l’urbanisme prévoit justement cette possibilité de mettre en commun les services de deux ou plusieurs municipalités. »

Il croit que les MRC seront de plus en plus appelées à jouer ce rôle au cours des prochaines décennies. « C’est une obligation. Regardons l’exemple de Maricourt. Les services sont devenus trop dispendieux et il n’y a pas de croissance de la population. L’endroit qui a été créé pour aider, c’est la MRC. La MRC, c’est une coopérative de services volontaire. Les municipalités peuvent se mettre ensemble pour obtenir du support et de l’accompagnement de la part d’une entité qui a une existence juridique. »

Ouverture à des ententes intermunicipales

Jean-Luc Beauchemin est de cet avis. Il souhaite que sa municipalité signe éventuellement des ententes avec d’autres municipalités, par souci d’efficacité et d’économie. Il prend pour exemple le déneigement. « Nous avons présentement un contrat de deux ans qui nous endette. Lorsqu’il sera terminé, on pourrait, par exemple, signer une entente avec Racine ou avec le Canton de Valcourt pour acheter de la machinerie pour la neige.»

Mario Côté va dans le même sens, en mentionnant les bons coups du «Val-7», un regroupement informel des municipalités de Bonsecours, Canton de Valcourt, Lawrenceville, Maricourt, Sainte-Anne-de-la-Rochelle, Racine et Valcourt. « Nous nous rencontrons aux trois mois. Nous avons même fait des démarches pour enregistrer officiellement le nom « Val-7 ». Ces rencontres donnent une occasion aux sept maires de discuter et de voir comment on peut s’entraider. »

Le maire de Racine prend très au sérieux la signature d’ententes intermunicipales. « Il faut le faire comme il faut. Des ententes sur le coin d’une table, ça ne marcherait pas. »

Il illustre par une entente qui, elle, fonctionne très bien : la Régie intermunicipale de protection des incendies de Valcourt. Celle-ci dessert les municipalités de Valcourt, Canton de Valcourt, Maricourt, Racine, Lawrenceville et Bonsecours. « Une chance que nos prédécesseurs l’ont créée. Ça marche très bien. Tout est réglé au quart de tour et bien planifié. Par exemple, on sait d’avance en quelle année on doit changer un camion. »

L’Entente intermunicipale des loisirs, d’une durée de quatre ans, en est un autre exemple.

Mario Côté confie qu’il devrait aussi y avoir bientôt la signature d’une nouvelle entente. Celle-là concernant la Sécurité civile.

Le maire de Racine, Mario Côté, se dit ouvert aux ententes intermunicipales. Il en donne pour exemples la Régie des incendies, l’Entente des loisirs et la future Entente de sécurité civile. (photo : municipalité de Racine)

Entente existante entre le Canton et Lawrenceville

Le maire Patrice Desmarais parle, de son côté, d’une entente existante avec une municipalité voisine. « Nous ne sommes pas fermés aux ententes. Nous avons déjà eu une entente de trois ans avec Lawrenceville, Bonsecours et Sainte-Anne-de-la-Rochelle pour les travaux publics. Lawrenceville a choisi de poursuivre. Je pense qu’ils sont satisfaits et que ça va quand même assez bien. »

« Il y a des choses à regarder avant d’en arriver là »

Jean-Luc Beauchemin se veut rassurant pour ses concitoyennes et concitoyens. « Je comprends les citoyens de poser ce geste-là. Mais il y a des choses à regarder avant d’en arriver là. Je n’ai pas encore jeté l’éponge pour abandonner la municipalité. »

 

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