Le Val-Ouest

Des fleurs écoresponsables cultivées à Bonsecours

Fournir à la communauté des fleurs écoresponsables ainsi que des légumes frais et sains. C’est la mission que s’est donnée Ariane Desjardins, propriétaire de la ferme écologique Les fleurettes située à Bonsecours. Un type de production qui se démarque dans le paysage agricole québécois.

« J’ai enlevé beaucoup de roches »

Lorsqu’elle a acquis la propriété en 2018, Ariane Desjardins a dû travailler fort pour remettre en état le terrain. Bien que celui-ci soit situé en zone agricole, il n’était pas en exploitation depuis des années. « On est parti complètement de zéro car ce n’était pas du tout cultivé. C’était en friche et il a fallu défricher. »

La culture sur cette terre est d’ailleurs un défi. Seulement trois acres, sur les sept que compte la propriété, sont propices à la culture. Et ce, sur un terrain rocailleux et en pente. « J’ai enlevé beaucoup de roches dans les dernières années! », marque-t-elle.

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Seulement trois des sept acres que compte la ferme Les fleurettes est propice à la culture. Sur un terrain rocailleux et en pente. Un défi pour une exploitation agricole.  (photo : Google Maps)

Apparition à l’émission de télé « Les fermiers »

Avant de déménager dans la région, Ariane Desjardins a travaillé pendant cinq ans dans des fermes maraîchères, dont deux pour la Ferme des Quatre-Temps à Hemmingford. Une ferme entre autres connue par la série télévisée « Les fermiers », dans laquelle apparaît Ariane Desjardins.

« C’est moi qui ai démarré le projet floral de la Ferme des Quatre-Temps. Nous voulions avoir une parcelle de fleurs coupées. Ça m’a fait réaliser que c’était faisable pour moi d’envisager avoir une ferme seule, au départ, pour produire des fleurs coupées », explique-t-elle.

L’équipe de la ferme des Quatre-Temps il y a quelques années. À l’époque de la série télé « Les fermiers ». On reconnait Ariane Desjardins à gauche.  (crédit photo : TV5Unis)

À la suite de cette expérience, elle a recherché une terre pour y démarrer son entreprise. Et s’est ainsi retrouvée à Bonsecours.

Le nombre de fermes florales en progression

« Nous n’étions pas beaucoup de fermes dans ce secteur à ce moment-là. Il y avait, par exemple, Floramama à Frelighsburg, qui est la pionnière de ce mouvement-là. Ou encore Origine fleurs à Saint-Joseph-du-Lac, sur la Rive-Nord. Depuis, ça a vraiment pris de l’ampleur.»

Un fait confirmé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ). Selon les données du ministère, le nombre d’exploitations agricoles qui produisent des fleurs coupées a presque triplé. Passant de 20 exploitations en 2019, tout juste avant la pandémie, à 50 fermes aujourd’hui.

Le nombre serait même un peu plus élevé que ces chiffres. Car certaines exploitations s’inscrivent d’abord comme fermes maraîchères, bien qu’elles produisent aussi des fleurs coupées pour leur clientèle. « Plusieurs ne sont pas enregistrées au MAPAQ. Selon nos données, il y en aurait plus de 130 actuellement », fait savoir Yohan Dallaire Boily, relationniste au MAPAQ.

Le nombre de fermes qui produisent des fleurs coupées, comme Les fleurettes, s’est multiplié ces dernières années.(crédit photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Un secteur considéré en émergence

Bien qu’on cultive des fleurs en champ depuis environ une trentaine d’années au Québec, le secteur est tout de même considéré en émergence. «L’expertise est en développement. Autant au sein des conseillers du MAPAQ que ceux oeuvrant en services-conseils comme l’Institut québécois du développement de l’horticulture ornementale (IQDHO)», ajoute Yohan Dallaire Boily.

Défis à vendre localement

Lorsqu’Ariane Desjardins s’est établie à Bonsecours, elle visait d’abord vendre localement ses fleurs. Mais les choses se sont passées autrement. « J’avais vraiment l’intention de développer mon marché aux alentours. J’ai été au Marché Locavore de Racine, au marché public de Magog et au marché public d’Eastman. Mais les gens n’ont peut-être pas accroché. J’ai donc commencé à m’éloigner un peu. À vendre en Montérégie et à Montréal. »

Tant et si bien que l’un de ses importants points de vente est aujourd’hui le Marché fermier du vieux Saint-Lambert, sur la rive-sud de Montréal. Situé à plus de 110 kilomètres de Bonsecours. « C’est vraiment un excellent marché. Je m’y suis établie et j’y ai trouvé ma clientèle. Celle-ci me connaît et je fais maintenant partie de leurs habitudes. »

Ariane Desjardins vend ses fleurs coupées à son kiosque « Ferme Fleurs et fille » au Marché fermier du vieux Saint-Lambert. « C’est vraiment un excellent marché. Je m’y suis établie et j’ y ai trouvé ma clientèle », rapporte-t-elle.  (crédit photo : Marché fermier du vieux Saint-Lambert)

Bien qu’elle soit heureuse à ce marché, Ariane Desjardins espère éventuellement pouvoir vendre davantage ses produits localement.

Abonnements floraux au printemps et en été

L’une des façons de se procurer des fleurs de la ferme est de s’inscrire aux «abonnements floraux» saisonniers. On réserve à l’avance des bouquets composés de fleurs de saison. « À chaque deux semaines, les gens peuvent venir récupérer un bouquet au marché ou à la ferme », explique-t-elle.

La ferme Les fleurettes propose à sa clientèle un abonnement saisonnier à des bouquets de fleurs fraichement coupées.  (crédit photo : ferme Les fleurettes)

Fleurs disponibles chez certains fleuristes

Ses fleurs se retrouvent aussi chez certains fleuristes de la région comme RoseMary Fleurs à Waterloo, Mille Mercis à Bonsecours ou encore Bloma à Sherbrooke.

Participation au mouvement Slow Flowers

Ce type de production agricole s’inscrit, de façon plus large, dans le mouvement mondial « Slow Flowers ». Qui vise à supporter la production ainsi que l’achat de fleurs et de plantes locales, saisonnières, cultivées de façon durable et qui utilisent des pratiques respectueuses de l’environnement.

Fleurs du commerce : jusqu’à 17 produits chimiques

On est bien loin des pratiques de l’industrie mondiale de la floriculture et de l’horticulture qui utilisent un grand nombre de pesticides et qui font appel aux manipulations génétiques.

Selon un reportage de Radio-Canada, une fleur produite à l’étranger peut contenir jusqu’à 17 produits chimiques. « On met quand même ces fleurs sur notre table de cuisine ou ailleurs dans notre maison », fait remarquer Ariane Desjardins.

Elle se questionne sur les conditions des travailleuses et travailleurs des pays dans lesquels ces fleurs sont cultivées. « On peut imaginer que ce n’est pas super de manipuler toutes ces fleurs et de faire des pulvérisations de produits chimiques. »

Culture de fleurs en Amérique du Sud.  (crédit photo : Florists’Review)

Les fleurs de Bonsecours sont quant à elles cultivées de façon écologique. «Je n’ai pas la certification, mais je suis les principes de l’agriculture bio», indique-t-elle.

Chez les fleuristes, des fleurs qui viennent de très loin

Le Observatory of Economic Complexity estime que le Canada a importé pour 141 millions de dollars de fleurs en 2022. Principalement en provenance de la Colombie (65,9 M$), de l’Équateur (38,2 M$), des Pays-Bas (14,4 M$), des États-Unis (13,9 M$) et d’Israël (1,63 M$).

Ces fleurs doivent ainsi parcourir d’immenses distances avant de se retrouver jusque dans les entrepôts des grossistes québécois, dans les boutiques des fleuristes et finalement au domicile des consommateurs.

Selon un article de La Presse paru en 2023, les fleurs produites en Amérique du Sud sont transportées dans des avions réfrigérées jusqu’à Miami. Pour être ensuite mises dans des camions réfrigérés pour être livrées jusqu’au Québec et en Ontario.

Transport de fleurs coupées à partir de l’une des plaques tournantes de cette industrie situé à Aalsmeer, aux Pays-Bas.  (crédit photo : Reuters)

« C’est vraiment mieux de choisir des fleurs locales »

« C’est vraiment mieux, quand on le peut, de choisir des fleurs locales. La qualité est là. Ça vient tout juste d’être récolté lorsque les gens reçoivent leur bouquet. Il n’y a pas de raison de ne pas les acheter », prône Ariane Desjardins.

Comment conserver les fleurs coupées?

Comment conserve-t-on les fleurs coupées que l’on a achetées?

« Le soin est simple. Une fois qu’on arrive à la maison, on recoupe les tiges des fleurs et on les met dans l’eau. Dans un vase propre et avec de l’eau fraiche. On coupe la tige chaque jour ou à chaque deux jours, sinon elle va se sceller. On change également l’eau aux deux jours. Car ce sont les bactéries dans l’eau qui vont faire que la fleur ne va pas durer. Il faut aussi éviter de mettre le bouquet sous la lumière directe du soleil, par exemple devant une fenêtre. Le soleil et la chaleur affectent les fleurs.»

Elle indique aussi qu’un bouquet peut se conserver, même après que certaines fleurs ont commencé à faner. « Ce n’est pas grave. Il faut juste les retirer et se refaire un plus petit bouquet avec les fleurs qui restent. »

Combien de temps peut-on conserver des fleurs coupées? En moyenne cinq à sept jours. « D’autres vont durer beaucoup plus longtemps, de sept à dix jours. Parfois même deux semaines. Ça dépend vraiment de la variété et des soins qu’une personne apporte à son bouquet. »

Une expertise spécialisée

Pour obtenir cette qualité de produit, il y a nécessairement une expertise en amont de la part de la productrice. Celle-ci soit couper la fleur au bon moment, pour lui assurer la meilleure durée. Ce qui demande de connaître les temps de floraison de chaque espèce et cultivar. « Il y a une planification à faire pour s’assurer que tu as toujours de nouvelles fleurs qui arrivent à chaque saison. On doit aussi tenir compte de la température, car certaines fleurs préfèrent un climat plus frais. Il y a aussi une gestion au niveau des couleurs. Je dois penser à l’agencement des fleurs qui vont bien se mélanger ensemble pour composer un bouquet. »

Ariane Desjardins a développé ses connaissances au fil du temps. Par des lectures et des conversations avec d’autres productrices et producteurs. Mais surtout par des expérimentations, ponctuées d’essais réussis et d’erreurs. «Avant, il n’y avait pas beaucoup de ressources. Aujourd’hui, quelqu’un qui veut démarrer dans ce type de production a accès à beaucoup plus de ressources », indique-t-elle.

Ariane Desjardins a développé ses connaissances au fil du temps. Par des lectures et des conversations avec d’autres productrices et producteurs. Mais surtout par des expérimentations, ponctuées d’essais réussis et d’erreurs.  (crédit photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Soutien du MAPAQ

La ferme Les fleurettes reçoit d’ailleurs un soutien, bien apprécié, de la part du MAPAQ Estrie. « Le MAPAQ a été très présent pour moi, dès le début. Une agronome de la direction régionale de l’Estrie, Caroline Martineau, s’intéresse beaucoup à ce secteur. Elle participe à des avancements au sein du ministère par rapport à cette culture-là. Cette agronome fait des visites à la ferme et m’accompagne beaucoup. Je suis chanceuse qu’une agronome de la région s’intéresse à ce secteur. »

Participation à des projets de recherche

Le MAPAQ confirme qu’il accompagne des entreprises qui réalisent des essais à la ferme. Le ministère appuie aussi des projets, comme celui, en 2022-2023, qui évaluait des méthodes alternatives de lutte aux ravageurs dans la production de fleurs coupées en champ.

Ariane Desjardins se fait d’ailleurs un devoir de participer à ces projets de recherches. Elle devrait participer cet été à une étude sur la production de fleurs coupées en culture froide en collaboration avec l’IQDHO et le MAPAQ.

Retour à la culture des légumes

Maintenant que sa culture florale est bien établie, Ariane Desjardins est revenue l’an passé à ses anciennes amours : la culture des légumes. Qu’elle propose désormais aussi à sa clientèle, en plus des fleurs. « J’aime beaucoup le maraichage. Je m’ennuyais de faire de la culture de légumes. Il y a une demande pour des légumes locaux où je vends mes produits. »

L’année 2023 ne fut pas la meilleure pour redémarrer ce type de culture. « Ça a demandé beaucoup de courage et ç’a été extrêmement difficile avec les températures qu’on a eues. Il y a eu beaucoup de pertes. »

« Je ne vivrais nulle part ailleurs »

Ariane Desjardins se sent désormais bien ancrée dans sa région d’adoption. «Maintenant que je suis ici, je ne vivrais nulle part ailleurs qu’en Estrie. L’accès au plein air à proximité est extraordinaire et la vue est exceptionnelle. » On voit effectivement, du haut de sa propriété bonsecouroise, un magnifique paysage qui a pour toile de fond le mont Orford.

Que souhaite-t-elle pour sa communauté?

« Un lieu où on voit une plus-value à soutenir la relève agricole. Des projets qui peuvent dynamiser le village et intéresser plus de gens à venir s’établir ici. Une communauté où on valorise l’entraide, l’écoute et la collaboration.»

 

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