Le Val-Ouest

Empreintes, de l’art performatif dans la forêt à Racine

L’artiste racinoise Kathleen Wilson souhaite s’imprégner intimement du territoire. Pour proposer la série de performances « Empreintes » dans la forêt de Sous l’écorce, à Racine. Quatre rencontres avec la nature, liées aux cycles des saisons. Un projet qui a récemment obtenu un financement du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Explorer les cycles et répétitions

« Je veux explorer les variations et les répétitions du temps qui file et défile. À travers les quatre saisons de 2024-2025. Les cycles et répétitions. Les métamorphoses et les révolutions. Pour se reconnecter avec le sacré qui nous relie au monde du vivant », indique Kathleen Wilson.

« Je veux explorer les variations et les répétitions du temps qui file et défile. Les cycles et répétitions. Les métamorphoses et les révolutions. Pour se reconnecter avec le sacré qui nous relie au monde du vivant », indique Kathleen Wilson.  (crédit photo : Karlyne Rancourt et Jean-Christophe Boureau)

Inspiré du butō, une danse japonaise

L’œuvre sera fortement teintée par le butō. Une danse japonaise qu’elle pratique depuis plus de 15 ans. « . Je suis allé en Allemagne travailler avec des danseurs là-bas. Au Japon, j’ai travaillé sur la ferme de Min Tanaka ainsi qu’avec Yoshito Ohno qui est le fils de Kazuo Ohno, un des grands fondateurs du butō. »

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La Racinoise Kathleen Wilson a été l’élève de Yoshito Ohno (1938-2020), fils du Japonais Kazuo Ohno (1906-2010), un des grands fondateurs du butō.  (photo : Kazuo Ohno Dance Studio / Dance Archive Network)

Exprimer ce qui est enfoui dans les profondeurs

Bien que cette danse existe depuis les années 1950 au Japon et qu’elle s’est répandue dans le monde, elle reste encore très peu connue. « C’est quand même très « underground ». Pour un public averti. À l’origine, c’était une danse de la chair qui puisait dans la noirceur de l’être. Qui creusait quasiment avec les pieds dans la terre pour aller voir ce qui se passe dans les profondeurs. Ce n’est pas nécessairement élégant ou aérien, comme dans la danse classique. C’est un peu plus tribal. Il y a comme une urgence d’exprimer tout ce qui est tabou, laid et enfoui dans les profondeurs de l’être. Ce qu’on ne voit pas. »

Au fil du temps, cette danse s’est élargie vers d’autres formes. « On pourrait aujourd’hui parle de butōs avec un « s ». Parce que c’est vraiment parti dans plusieurs directions. C’est une danse qui travaille avec l’imaginaire de la personne qui danse. Selon d’où tu viens dans le monde, de ton paysage culturel, de tes mémoires et de tes références, ça peut donner quelque chose de complètement différent. »

Bien que le butō existe depuis les années 1950 et qu’il s’est répandue dans le monde, cette danse reste encore peu connue du grand public.  (crédit photo : Wikipedia)

Une œuvre ancrée dans le territoire

En plus du butō, Kathleen Wilson puise ses influences dans le théâtre physique, les arts martiaux et dans son bagage de pédagogue nature. «Empreintes est un art performatif qui rassemble toutes mes expériences. J’appelle ça du « Live Land Art » parce que c’est une œuvre ancrée dans le territoire. Qui va changer et se transformer au fil des saisons. Et je vais moi aussi changer avec ce paysage », résume-t-elle.

Résidence artistique en forêt à Racine

L’artiste sera accueillie par Sous l’écorce, un lieu multidisciplinaire de connexion à la nature situé à Racine, dont elle est la cofondatrice avec Geneviève Marcel. « J’y ferai une résidence artistique de recherche et de création d’une semaine. La performance sera le résultat de cette recherche-là. Une mini-présentation de ce dont je me suis imprégné pendant ce séjour. Je partagerai, par une installation performative, où j’en suis rendu dans mon cheminement. »

« C’est la première fois que nous recevons une artiste à Sous l’écorce. Je suis bien excitée de ça. C’est bien sûr un site très rustique. Sans eau ni électricité. C’est très « roots ». Mais c’est possible d’y vivre une immersion complète en nature. C’est ce que je vais expérimenter pour la première fois! », s’enthousiasme-t-elle.

Au cours de la prochaine année, Kathleen Wilson (à droite) fera quatre résidences artistiques d’une semaine au coeur de la forêt de Sous l’écorce. Un lieu multidisciplinaire de connexion à la nature situé à Racine, dont elle est la cofondatrice avec Geneviève Marcel (à gauche).  (crédit photo : Sous l’écorce)

Performance aussi accessible par vidéo

La première performance sera offerte devant un public intime pour le solstice d’été. « C’est une terre privée qui nous reçoit et j’ai le souci de respecter les gens de l’endroit », précise-t-elle. Selon comment la première présentation se déroulera, il est possible qu’un plus grand nombre de personnes puissent assister aux performances qui suivront.

Ce qui est certain, c’est que cette œuvre forestière pourra être accessible de façon plus large par le biais d’une vidéo tournée par la vidéaste et photographe de Valcourt Mélodie Béland.

« Elle va créer un film d’art qui pourra voyager et être présenté dans des galeries ou de lieux d’art plus établis, comme par exemple Sporobole à Sherbrooke. »

La photographe et vidéaste valcourtoise Mélodie Béland créera un film d’art à partir des quatre performances de Empreintes.  (source : page Facebook de Mélodie Béland / crédit photo : Méliane Massé)

Utilisation des paysages sonores du Val

Le musicien François Girouard s’occupera de l’habillage sonore de la représentation ainsi que la vidéo. « Nouvellement installé en Estrie, il revient au Québec après avoir passé huit ans en Chine. C’est un musicien, guitariste et joueur de batterie. Il fait aussi de la musique électroacoustique et enseigne la musique à Sherbrooke. Ce sera la première fois que j’aurai un musicien pour travailler avec moi », précise Kathleen Wilson.

La musique aura un rôle important dans l’œuvre créée. « Ce seront des paysages sonores de notre région. On fera des enregistrements de différents sons : trains, clochers d’église, foule dans des événements, etc. Ça peut aller dans toutes sortes d’espaces. La nature va aussi en faire partie. »

Le musicien François Girouard, qui habite l’Estrie après avoir passé plusieurs années en Chine, soutiendra Kathleen Wilson pour l’utilisation de paysages sonores à partir d’enregistrements dans la région.  (photo : page Facebook François Girouard – Musician)

Une marche à travers les cycles et le temps

François Girouard enregistrera aussi avec des micros des sons de pas. « La marche joue un rôle important dans la performance. C’est une marche à travers les cycles, à travers le temps. Teintée des imaginaires des saisons. De ce qui va se passer, dans ces différents moments-là. »

Appui d’une mentore pour le mouvement

L’artiste multidisplinaire Rasili Botz offrira quant à elle du mentorat à Kathleen Wilson en ce qui a trait au mouvement. « Elle est vraiment importante dans mon parcours des dernières années. Elle m’a aidé à faire des performances en nature », partage-t-elle.

La praticienne en arts corporels et dansacteur butō Rasili Botz offrira du mentorat à Kathleen Wilson en ce qui a trait au mouvement.  (crédit photo : Armance Gallaud)

« La nature aide à vivre des expériences avec son corps »

Quelle place occupe la forêt dans cette démarche artistique?

« La nature aide à vivre des expériences avec son corps. Quand tu es dehors, tu es face aux éléments. Les bons côtés, mais aussi les désagréments. Ça crée une expérience plus complète. La concentration n’est pas pareille. Je m’inspire des images du minéral, du végétal et de l’animal. Des imaginaires qui m’entourent, m’imprègnent et m’habitent. Ça devient une danse des états. Où le corps n’est plus juste séparé du reste de l’espace. Il ne se termine pas là où la peau se termine. Il continue. Il est un miroir de la nature. Tout ce qui est à l’extérieur de moi fait aussi partie de moi. Je fais partie de la nature. J’en suis une métamorphose. Quand je suis en contact avec la nature, je peux plus facilement plonger à l’intérieur de la nature qui m’habite. »

Kathleen Wilson lors d’une performance artistique en forêt à Racine en 2023.  (crédit photo : Karlyne Rancourt et Jean-Christophe Boureau)

Une « performance », pas un « spectacle »

Kathleen Wilson précise qu’il ne s’agit pas d’un « spectacle » mais bien d’une «performance». « Ce n’est pas comme un spectacle de théâtre où on propose une représentation de ce qu’on a répété. Il s’agit d’un moment réel, qui n’a lieu qu’une seule fois. Mais ça ne sera pas complètement improvisé. Je crée quelque chose qui va, j’ose espérer, toucher ou transformer le public dans son regard. Et peut-être dans son expérience de ce qu’il vit dans ce moment-là. »

Partager un art méconnu avec les gens de l’Estrie

Quelles retombées souhaite-t-elle pour son œuvre? « Ça va permettre au public de découvrir un art contemporain qui est méconnu. Je suis contente de pouvoir plonger dans ça et de le partager avec les gens de l’Estrie. »

 

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SÉRIE D’ARTICLES – À LA DÉCOUVERTE D’ARTISTES DE LA RÉGION

Le Conseil des arts et des lettres du Québec et ses partenaires ont sélectionné 36 projets artistiques de l’Estrie qui sont financés en 2024.

Parmi ceux-ci, trois sont en provenance de la MRC du Val-Saint-François. Le Val-Ouest vous les fait découvrir dans une série de trois articles :

1 – Une artiste de Saint-Denis-de-Brompton illustre un roman avec des dessins d’enfants
2 – Fusionner le corps et la nature dans des performances d’art à Melbourne
3 – Empreintes, de l’art performatif dans la forêt à Racine

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À LIRE AUSSI dans Le Val-Ouest :

Immersion en forêt pour des enfants à Racine (août 2023)

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