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Région de Valcourt

L’agronome Louis Robert confirme les craintes des citoyens

Multiplication des mégaporcheries dans la MRC du Val-Saint-François

« La terre est comme une éponge. Lorsqu’elle a trop absorbé d’eau, l’éponge commence à fuir. C’est la même chose avec le sol : en ajoutant du phosphore année après année, le sol devient saturé. Le phosphore s’écoule alors dans les cours d’eau, causant les problèmes de pollution que l’on connaît ».

C’est ce qu’a expliqué Louis Robert, agronome depuis 35 ans au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, à des citoyens et des élus du Val-Saint-François lors d’une rencontre organisée par le regroupement Action citoyenne Maricourt et le collectif Vers un Val vert. L’activité visait à mieux comprendre les enjeux agronomiques et environnementaux liés aux projets d’agriculture agro-industriels.

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L’une des grandes surprises de la rencontre a été d’apprendre qu’une étude, dirigée par des chercheurs de l’Université de Montréal (2018), a démontré que même si les surplus d’apports en phosphore cessaient immédiatement, il faudrait, selon les cours d’eau, de 100 à 2 000 ans pour éliminer le phosphore accumulé dans les bassins versants, saturés.

« Nous avons compris, avec la présentation de M. Robert, que le problème n’est pas directement le lisier ou le fumier, mais bien la façon dont on le gère. Au début, un sol « pauvre » peut recevoir des amendements. Mais rapidement, après environ trois à cinq ans, le sol commence à être saturé. Certains épandages pourraient donc se faire aux trois ans, plutôt que chaque année selon ce qui nous a été expliqué par cet expert reconnu », précise Léo Dandurand, l’un des élus de Maricourt présent à la rencontre.

L’un des chevaux de bataille de Louis Robert est justement le calcul de réception du phosphore sur les terres agricoles : « Il faudrait diminuer drastiquement l’utilisation du phosphore minéral. Les besoins agronomiques réels des plantes ne sont pas aussi élevés que ce que les vendeurs d’engrais proposent aux producteurs agricoles. D’autre part, comme agronomes, nous visons souvent à ne pas dépasser les normes environnementales. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vue d’ensemble. Le ministère de l’Environnement devrait calculer la fertilisation de façon globale, en se basant sur l’ensemble des superficies agricoles d’un bassin hydrographique, plutôt qu’une ferme à la fois. »

De même, on a pu apprendre que les taux de fertilisation acceptés sur les fermes au Québec sont beaucoup plus élevés qu’en Ontario ou même qu’aux États-Unis. Pourquoi? « Parce que les recommandations de fertilisation, lorsqu’elles ont été décidées, ont été fortement influencées par des intérêts commerciaux. Ce qui n’est pas le cas ailleurs en Amérique du Nord », lance Louis Robert.

Les solutions existent donc : calcul de la fertilisation par bassin versant et impartialité des comités qui dictent les recommandations de fertilisation. Du côté des producteurs agricoles, ceux-ci peuvent privilégier des approches comme les cultures de couverture et la rotation des cultures. Des pratiques qui visent à préserver une bonne santé des sols et à protéger l’environnement, tout en conservant des rendements agricoles intéressants.

Et le rôle de l’agronome dans tout ça? Bien qu’il ou elle doive respecter le code d’éthique et de déontologie de son ordre professionnel, l’agronome peut parfois manquer d’impartialité, par fidélité pour son employeur, par exemple un intégrateur dans le secteur porcin ou un vendeur d’engrais et de pesticides. « Les normes agronomiques pourraient mieux guider le calcul de la capacité de réception des sols », admet Louis Robert.

« Cette séance d’information, tout en confirmant nos craintes, nous a apporté des informations indispensables pour bien comprendre la situation. Comme citoyens, nous reconnaissons la bonne foi et le travail des producteurs et des productrices agricoles. Ils et elles font de leur mieux pour respecter les règles, tout en souhaitant obtenir des rendements. Il y a toutefois encore beaucoup de place à l’amélioration, notamment en ce qui concerne le rôle des intégrateurs, si on veut à la fois protéger notre environnement et la vitalité de nos territoires. Nous poursuivrons donc nos efforts de collaboration et de concertation pour faire de la MRC du Val-Saint-François une région de plus en plus verte! », conclut Léo Dandurand.

Rappelons que la municipalité et le regroupement citoyen sont en attente d’une intervention du ministre de l’Environnement monsieur Benoit Charrette pour obtenir un BAPE alors que la MRC a effectué une demande en vue de modifier les règles de consultation lors de l’installation d’une mégaporcherie sur son territoire.

 

2 avis au sujet de « L’agronome Louis Robert confirme les craintes des citoyens »

  1. Merci sincèrement Pierre Avignon de prendre le temps de renseigner la population concernant l’analyse de l’agronome Louis Robert sur l’épandage de lisier et les magaporcheries.

  2. Très intéressant mais très inquiétant. Au Québec, il semble bien que l’exportation de la viande de porc est une priorité car il améliore la balance commerciale. Donc, il existe une certaine complaisance envers la production porcine, et ce, par tous les partis confondus qui ont pris le pouvoir.

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