Le Val-Ouest

Mon terrain, un monde

C’est souvent difficile de savoir par où commencer pour donner un petit coup de pouce à la vie qui nous entoure, et c’est tout à fait normal.

On est tellement bon à adapter notre environnement immédiat pour combler nos besoins en tant qu’humain. On est les experts de l’aseptisation des milieux naturels. On tourne sol en plancher, arbres en murs, reliefs en droit, complexe en pratique, vivant en propre et changements en stabilité. On sait très bien quoi faire, parce qu’on se connait, on s’analyse et l’on se projette. La nature nous a offert toutes ses ressources et l’on a choisi ce qui nous convenait. On ne pourrait pas s’attendre à ce qu’une autre espèce que les humains puisse réellement comprendre nos besoins. Cette espèce autre, même si bien intentionnée et bienveillante, serait bien mal placée pour construire nos logis et nos villes. Sa meilleure option serait probablement de nous laisser nous arranger avec nos territoires et nos ressources.

Cependant, disons que cette espèce s’approprie notre territoire et décide de vouloir nous aider à faire partie du monde avec elle… comment devrait-elle s’y prendre? J’utilise cet exemple, car c’est une situation dans laquelle je me retrouve étonnamment souvent. (Je parle ici de ma relation avec la faune, la flore et les insectes en villes. Je promets que je ne suis pas un extra-terrestre!) Comment faire pour alléger l’impact que mon existence même a eu sur ces anciens milieux et ces populations d’insectes et d’animaux? Je ne sais pas réellement de ce dont ils ont besoin et il y en a tellement! Comment un individu moyen peut-il vraiment en apprendre assez pour réellement comprendre d’un seul insecte, alors que la nature est cette immense toile d’interactions interconnectées de façon que même la science moderne ne comprend pas?

On ne pourra réellement jamais comprendre les besoins précis de la nature et encore moins le pourquoi. Que pouvons-nous réellement faire, dans ce cas-ci? Nous pouvons essayer maladroitement. Tout simplement, nous pouvons complexifier notre environnement afin qu’il ressemble un peu plus à un milieu naturel. Je ne comprendrai peut-être jamais l’étendue de ses décisions, mais je n’ai pas besoin de les comprendre. En gros, en complexifiant mon environnement, je laisse la nature choisir ce qui lui convient le mieux. Je laisse des outils à sa disposition et elle s’arrange avec. Je n’ai pas nécessairement à savoir comment utiliser ces outils, ceux qui en auront de besoins le savent déjà très bien. Ne vous inquiétez pas si vous trouver tout ça un peu abstrait, je vais donner plus tard quelques exemples de démarches que vous pouvez suivre pour complexifier votre environnement.

La biodiversité

Un environnement complexe convient à plusieurs espèces qui, après un certain temps, s’autorégulent entre eux automatiquement, que ce soit par la prédation ou les ressources limitées. Les espèces s’adaptent à l’environnement et l’environnement s’adapte aux espèces. Cependant, l’humain se trouve présentement en dehors de ce cycle. On adapte l’environnement à nous et il s’en trouve perdant. C’est pour cette raison que l’on met autant d’emphase sur le concept de biodiversité et de son importance pour l’environnement. Historiquement, les situations où l’humain s’est cru assez qualifié pour comprendre l’amplitude de ses gestes et capable de contrôler cet équilibre ont souvent eu l’effet inverse.

Queensland, Australie, 1935

Prenons l’exemple des coléoptères ravageurs de plantation de canne à sucre d’Australie. Un grand essor de l’industrie de la canne à sucre a offert aux populations de coléoptères ravageurs une opportunité en or : des champs à perte de vue de délicieuse canne à sucre. Des champs si gros, que presque rien ne peut vivre à des kilomètres à la ronde. Pas d’oiseaux, pas de guêpes parasitoïdes, rien… de la nourriture et la belle vie. Ces conditions idéales, on fait exploser les populations de ses coléoptères, au point où le gouvernement australien a dû prendre la situation en charge pour limiter les pertes. Leur solution semblait plutôt ingénieuse. Ils ont décidé d’introduire des populations de crapauds-buffles dans les plantations. Ces crapauds natifs de l’Amérique du Sud sont reconnus pour leur vorace appétit et sont de véritables machines à manger les coléoptères. Problème réglé! Sauf que pas vraiment… la faune et l’environnement de l’Australie n’étaient simplement pas adaptés à se soudain changement de l’écosystème.

Le crapaud mangeait des coléoptères, mais aussi d’autres insectes, des reptiles et même des oiseaux! Pire encore, les animaux qui s’y attaquaient s’empoisonnaient par le puissant poison qu’il sécrète sur son dos lorsqu’en danger. Une seule « portée » de crapaud-buffle peut contenir jusqu’à 35,000 œufs qui peuvent devenir adultes en seulement 1 an. Ce crapaud a eu un impact immesurable sur l’écosystème dans lequel il a été introduit. 16 espèces sont maintenant en voie de disparition en cause directe du crapaud-buffle. Pourquoi le crapaud-buffle n’est-il pas un problème en Amérique du Sud? Car l’environnement s’est adapté au crapaud et le crapaud s’est adapté à l’environnement sur une très longue période.


Photo par Ken Griffith, Getty Images

Ile Marion, 1949

Un autre bon exemple est l’ile Marion. Cette ile avait une population de souris problématique aux humains. Dans un milieu bien balancé, ce ne serait pas un problème, mais les habitations humaines offrent de la protection, de la chaleur et de la nourriture aux souris, ce qui leur permet de se reproduire de façon disproportionnée. Afin de tenter de contrôler ce fléau, les habitants de l’ile y-t on introduit 5 chats. En 1977, la population de chats sur l’ile était rendue à 3,400. Ce problème est très proche de notre réalité, car même en ville, les chats sont une pression immense et incontrôlée sur la biodiversité. Sans même entrer dans le sujet plus controversé de laisser sortir son chat ou non, nous aimerions vous rappeler qu’il est impératif de les castrer pour être un maitre responsable.

Photo par MarioGuti, Getty Images Signature

Bref, dans plusieurs scénarios où l’humain croyait comprendre le monde infiniment complexe de la biodiversité, nous avons fait plus de tort que de mal. Revenons à un sujet plus prêt et personnel; votre cour arrière. Vous n’aviez probablement pas l’intention d’y introduire des crapauds-buffles, mais vous avez probablement cette envie de la rendre plus harmonieuse avec l’environnement. Bonne nouvelle : C’est très simple! Cependant, ça demande de s’éloigner un peu de ce que nous faisons si bien, soit d’uniformiser et d’aseptiser. Comparé simplement votre terrain à une forêt. Comment pourriez-vous apporter un peu des forêts chez vous? Pour rester dans le simple, pensez à trois choses : Ressources, abris et variété.

Ressources

Il y a plusieurs façons d’offrir des ressources, voici quelques exemples :

Eau : Probablement l’un des plus importants. Il suffit de laisser un petit abreuvoir à l’extérieur pour voir à quel point tout en a besoin. Les oiseaux vont s’y baigner, les insectes, y boire, etc. Si vous voulez une source d’eau pour les papillons, imbibez simplement un pot de sable d’eau. Le sable va empêcher le papillon de rester prisonnier de la tension de surface de l’eau.

Fleurs : Pollen, nectar et graines. Le but même d’une fleur est d’attirer la vie. Assurez-vous de planter des plantes ou des arbres qui sont bien adaptés à notre écosystème, afin que la biodiversité y soit aussi adaptée.

Fibres naturelles : Vous avez un chat ou une autre bibite à poil? Pourquoi pas laisser ses poils à l’extérieur au lieu de toujours les jeter? Les oiseaux sont en période de nidification et les poils de chat sont un matériel parfait pour leur petit nid douillet.

Mangeoires : Celui-ci est particulier. Techniquement, les oiseaux n’ont pas besoin de nos mangeoires, ils sont adaptés aux milieux plus naturels. Cependant, la ville peut parfois être assez vide de ressources et une mangeoire pour oiseaux peut leur donner le petit coup de pouce qu’ils n’auraient peut-être pas eu de besoins si la ville n’était pas là pour commencer. Ces mangeoires peuvent aussi être une bonne façon d’aider les oiseaux mélangés par les changements climatiques. Par exemple, cette année, les quiscales sont revenus très tôt de leur migration à cause des temps chauds, mais se sont retrouvés avec très peu de nourriture lorsque quelques tempêtes tardives se sont pointé le nez. Même si les amateurs d’oiseaux préfèrent garder les quiscales loin de leurs mangeoires, dans ce contexte, l’aide humaine était très utile. Les oiseaux vont venir pour les graines, mais vont aussi en profiter pour manger quelques insectes au passage!


Photo par lrh847, Getty Images

Abris :

Roches : Plusieurs insectes importants pour la biodiversité, tels que les carabes, utilisent les amas de roches comme refuge. Rien de compliqué ici! La règle est simple : une fois la pile faite, on n’y touche plus!

Feuilles : Économisez de l’énergie et du temps. Laissez vos feuilles sur le terrain avant l’hiver. Il y a tellement d’espèces d’insectes qui s’y installent pour passer l’hiver et une grande partie va se réincorporer dans votre sol. Pensez-y : l’arbre prend des nutriments de votre sol pour ses feuilles. Il serait contreproductif de les empêcher d’y retourner. En plus, la couche isolante créée par les feuilles et la neige protègera votre gazon des froids intenses de l’hiver.

Cabanes à oiseaux : Un peu comme les mangeoires, celui-ci n’est pas du tout essentiel à la survie des oiseaux. Ils peuvent se trouver d’autres endroits pour leur nid. Cependant, c’est tout à votre avantage d’avoir des oiseaux près de chez vous pour le contrôle des prédateurs. Informez-vous sur les besoins de ces oiseaux en termes de logis où ils ne s’installeront simplement pas. Voici une bonne ressource pour débuter votre projet : https://www.quebecoiseaux.org/fr/nichoirs.

Photo par AMCImages, Getty Images

Refuge à hyménoptères : Plusieurs hyménoptères (tel que les abeilles et guêpes solitaires) ont besoin de crevasse pour pondre leurs œufs pour la génération à venir. Cependant, en ville, ces milieux sont plutôt rares et les endroits avec un lieu de ponte et de la nourriture près le sont encore plus. Vous pouvez leur offrir un lieu de ponte intéressant simplement en laissant une pile de bois mort sur le terrain. Si un morceau leur convient, elles s’en serviront. Si vous voulez un projet intéressant, vous pouvez aussi construire un refuge à abeille solitaire! Cependant, tout comme la cabane à oiseaux, ceux-ci requièrent un certain entretien. Si vous croyez ne pas avoir le temps, l’option des branches serait mieux pour vous. Nous avons fabriqué et vendu environ 90 refuges à abeilles solitaires par le passé. Voici une petite capsule vidéo sur notre design et quelques lignes directrices pour construire le vôtre : https://fb.watch/rJ4XSXvkcv/.

Variété :

Fleurs : Les fleurs sont souvent spécialisées pour attirer un type d’insecte en particulier. Il est donc important de varier le type de fleurs que vous avez sur le terrain. Choisissez des variétés natives, mais variez les couleurs, formes, hauteurs, odeurs, temps de floraison, etc., pour attirer plusieurs types d’insectes et d’oiseaux. Voici un tableaupratique pour identifier les préférences de certains insectes :

Image par Les Jardins Pollinies

Eau : Offrez une différente façon d’avoir accès à l’eau pour différents besoins. Que ce soit dans du sable, dans un bain d’oiseaux, dans un étang, etc. Gardez juste en tête que l’eau stagnante est un bon milieu de ponte pour les moustiques, donc ne faites pas ce genre d’aménagement près des endroits ou vous aimez passer du temps. Sinon, assurez-vous de changer l’eau de temps en temps. Ceci règlera le problème des moustiques, mais aussi la contamination de l’eau causée par les fientes d’oiseaux.

Photo par Andi Edwards, Getty Images

En résumé, la méthode accessible à tous pour aider la biodiversité est simplement d’offrir un milieu diversifié et de laisser la nature faire le reste. Pas besoins de tous comprendre et pas besoins de tout contrôler.

Les Jardins Pollinies
http://www.facebook.com/lesjardinspollinies

 

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