Le Val-Ouest

Municipalités : la charge de travail des DG est-elle trop importante?

La région connait actuellement son lot de changements du côté des directions générales de municipalités. En effet, quatre municipalités ont vu ou verront sous peu l’arrivée d’un nouveau directeur ou d’une nouvelle directrice générale (DG). Soit Maricourt, Bonsecours, Kingsbury et Sainte-Anne-de-la-Rochelle. La charge de travail serait-elle trop importante?

Sainte-Anne-de-la-Rochelle

En mars, Gilbert Côté, qui occupait jusqu’alors le poste d’inspecteur à Sainte-Anne-de-la-Rochelle (625 habitants), a été embauché comme directeur général, greffier et trésorier. À la suite du départ à la retraite de la directrice générale Majella René, qui a occupé le poste pendant plus d’une vingtaine d’années.

Gilbert Côté, qui occupait jusqu’alors le poste d’inspecteur à Sainte-Anne-de-la-Rochelle, a été embauché en mars comme directeur général, greffier et trésorier.  (photo : gracieuseté)

Maricourt

À Maricourt (456 habitants), le nouveau directeur, Francis Larivière, est arrivé il y a un mois. Il remplace Nancy Daigle qui occupait le poste depuis quelques années. Cette dernière a choisi d’aller travailler au service de l’aménagement du territoire et de l’environnement à la MRC du Val-Saint-François.

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Francis Larivière, directeur général à Maricourt depuis mai dernier.  (photo : gracieuseté)

Bonsecours

Du côté de Bonsecours (650 habitants), on a embauché, le 3 juin dernier, Sarah Demers Pearson pour succéder à Nathalie Noël. Qui a quitté pour maladie à l’automne 2023.

Sarah Demers Pearson, nouvellement en poste à Bonsecours depuis le lundi 3 juin dernier.  (photo : gracieuseté)

Kingsbury

Quant à Kingsbury (142 habitants), la directrice générale et greffière-trésorière, Chantal Coutu, a remis sa démission et annoncé qu’elle quitterait à la fin juin. L’offre d’emploi circule actuellement sur différents sites web, dont celui du Val-Ouest.

Petites et grandes municipalités : même charge de travail

Bien qu’il s’agisse de quatre petites municipalités, la charge de travail importante fait partie, dans certains cas, des raisons évoquées pour ces départs. On pointe aussi le fait que les tâches des DG sont à peu près les mêmes dans une petite municipalité que dans celles de plus grande envergure.

C’est le cas de Chantal Coutu, qui quittera bientôt son travail à Kingsbury. « Je suis seule, mais je fais exactement les mêmes tâches qu’une grosse municipalité. Avec la charge de travail et le stress qui viennent avec. C’est pour ça que je m’en vais. Il faut penser à sa santé mentale plutôt qu’au travail. »

Le maire de Bonsecours, Jacques David, reconnait cet état de fait. « Ce sont de petites équipes. Que tu sois une municipalité de dix employés ou une municipalité de trois, les responsabilités sont les mêmes, d’une certaine façon. Tu as peut-être moins de citoyens à répondre. Mais tout ce qui entoure la gestion et la paperasse, c’est la même affaire. C’est beaucoup sur le dos d’une personne », croit-il.

Même son de cloche du côté du maire de Maricourt, Jean-Luc Beauchemin. «Ce sont les mêmes exigences au niveau des règlements. C’est aussi la même correspondance avec Québec. La seule chose qu’il y a en moins, c’est la gestion des contracteurs, ingénieurs et architectes. »

Mêmes obligations légales et réglementaires

Marc-André Pâlin, directeur général de l’Association des directeurs municipaux du Québec (ADMQ), fait lui aussi le même constat. « La différence qu’il va y avoir entre une plus grande municipalité et une plus petite, c’est souvent le nombre d’employés. Qui fait en sorte que certaines tâches et responsabilités peuvent être séparées entre différents employés. La charge administrative liée aux obligations légales et réglementaires est la même, qu’on soit une très petite ou une moyenne municipalité », déclare-t-il.

Le directeur général de l’ADMQ, Marc-André Pâlin, pointe la complexité du travail des directrices et directeurs généraux des petites municipalités. « La charge administrative liée aux obligations légales et réglementaires est la même, qu’on soit une très petite ou une moyenne municipalité »  (crédit photo : ADMQ)

670 départs entre 2019 et 2022

Cette situation, loin d’être unique à la région, se répète un peu partout dans la province. Entre 2019 et 2022, il y a eu 670 départs de directeurs généraux, greffiers ou trésoriers municipaux parmi les 1107 municipalités que compte le Québec. Des départ en grande partie dus à des départs à la retraite, mais aussi en raison de cette complexité croissante de la fonction.

À cela s’ajoute un sondage de l’ADMQ qui révélait, l’an dernier, que 338 personnes ont elles aussi l’intention de quitter leur poste d’ici cinq ans.

Sonnette d’alarme

Un constat qui a fait tirer la sonnette d’alarme de cette association qui regroupe 1242 membres dans 857 municipalités, MRC et régies.

Pour bien cerner et comprendre cette situation, l’ADMQ a publié en 2023, en collaboration avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM), un rapport exhaustif sur la question.

L’ADMQ a publié l’an dernier un rapport préoccupant sur la réalité du travail des directeurs généraux et greffiers-trésoriers au sein des municipalités québécoises.  (image : ADMQ)

Pour bien faire le travail : 57 heures par semaine

Les résultats sont préoccupants. « Nous avons monitoré la charge de travail nécessaire pour répondre aux obligations légales et réglementaires. Ainsi que la charge découlant de la gestion municipale. Pour atteindre 100 % de ces tâches, les DG, greffiers et trésoriers devraient, sur un an, travailler 57 heures par semaine pendant 49 semaines », fait savoir Marc-André Pâlin.

Conséquence : les personnes en poste doivent se concentrer sur les priorités, tout en mettant d’autres tâches de côté.

Une fonction large et complexe

Marc-André Pâlin pointe la complexité du travail du DG par les différentes responsabilités qui lui incombe.

« Dans une petite municipalité, on a souvent un DG qui occupe également le poste de greffier et de trésorier. Il va aussi être responsable des ressources humaines, de la gestion contractuelle, des communications, des mesures d’urgence, des élections et référendums, de l’accès à l’information, etc. Il y en même qui sont aussi inspecteur municipal parce que les municipalités ne sont pas en mesure d’en trouver. »

À cela s’ajoute les 42 lois et autant de règlements que le DG doit respecter. Dont plusieurs sont très récents. Depuis 2021, on parle de 27 nouvelles lois et de 34 nouveaux réglementés qui affectent le travail des municipalités.

Un poste clé mal connu

Bien qu’il s’agisse d’un poste clé au sein des municipalités québécoises, le poste de DG reste peu connu. « Les citoyens, et mêmes certains candidats ou élus, ne savent pas nécessairement l’ensemble des obligations et des responsabilités dévolues au DG. Particulièrement dans les plus petites municipalités », fait savoir Marc-André Pâlin.

C’est pourquoi l’ADMQ a lancé une campagne d’information et de sensibilisation pour mieux faire connaitre les fonctions de DG.

« On pense que ça ne parait pas mais… Pouvoir profiter des parcs, des camps de jour, des infrastructures. Savoir que la gestion de l’eau, des déchets, des routes se fait adéquatement. Sentir qu’on bonifie le présent en pensant à l’avenir. Se sentir en sécurité. Être bien informé. Bref, être bien chez nous… Ça parait! », entend-on dans la vidéo.

L’ADMQ a lancé une campagne d’information et de sensibilisation pour mieux faire connaitre les fonctions de DG auprès de la population et des élus. (image : ADMQ)

La formation : un enjeu

À cela s’ajoute le fait qu’il n’y a pas d’études qui mènent directement à ce type d’emploi. Il y a bien des programmes, comme la maîtrise en administration publique – gestion municipale, offerte par l’École nationale d’administration publique (ENAP). Ou encore la maîtrise en management public et développement local de l’Université de Sherbrooke. Mais bien peu de DG, en région, les ont suivies.

L’ADMQ offre de son côté une série de webinaires sur différents sujets, dont la rédaction conforme de procès-verbaux, la gestion de l’eau ou l’entretien stratégique des routes.

Sa formation la plus populaire, « ABC du DG », offerte en collaboration avec le ministère des Affaires municipales, a été suivie par 600 personnes depuis novembre 2019. « C’est une formation qui fonctionne très bien. Elle est complètement gratuite, sur trois jours. Ça permet de s’assurer qu’une personne qui commence cet emploi ait les outils nécessaires pour bien accomplir ses fonctions par la suite. »

Marc-André Pâlin souhaite d’ailleurs que cette formation devienne éventuellement obligatoire pour les gestionnaires municipaux qui occupent plus d’une fonction. Mais ce n’est pas une stratégie retenue par le ministère, se désole-t-il.

Comment soutenir les DG?

Quelles sont les solutions pour soutenir les DG? Le rapport de l’ADMQ en cible 20. Comme celle d’assujettir l’ensemble des municipalités à une seule loi, de renforcer les connaissances au niveau des obligations législatives et réglementaires ou encore de rendre obligatoire une formation pour les nouveaux DG et greffiers-trésoriers.

Une piste : des ententes intermunicipales

Il y a aussi des pistes du côté de la coopération entre des municipalités. Par exemple par le biais d’ententes ou de régies intermunicipales. « C’est un exemple qu’on voit dans le Bas-Saint-Laurent. D’avoir un DG ou un greffier pour deux villes. Le ministère offre des programmes incitatifs pour le faire.»

«Nous en sommes rendus à un moment où il faut réfléchir au modèle administratif minimum que l’on souhaite dans une municipalité. Et, à partir de là, prendre des décisions », croit Marc-André Pâlin.

À venir en juin : un tableau de bord en gestion

Autre façon de soutenir les DG : leur offrir des outils de travail. L’ADMQ lancera, plus tard en juin, un tableau de bord de la gestion municipale. C’est-à-dire un outil pour recenser l’ensemble des obligations légales et règlementaires. Toutes positionnées dans un calendrier. « Les gens pourront cliquer sur une date et voir quelle est l’obligation, les références légales et réglementaires, les étapes pour faire le travail ainsi que des modèles procéduriers pour accomplir cette obligation », explique Marc-André Pâlin.

Un projet qui a nécessité des investissements de près d’un demi-million de dollars. « Nous pensons que cet outil va aider énormément les DG, greffiers et trésoriers. Ainsi que leur donner des repères quand ils entrent en poste. Dans ce monde énormément encadré dans lequel il n’est pas simple de se retrouver », ajoute-t-il.

« Est-ce que c’est important et urgent? »

Au-delà des formations et outils de travail, le premier soutien provient d’abord de l’équipe et des élus. Le maire de Bonsecours, Jacques David, en est bien conscient.

« Je fais de mon mieux pour soutenir. Je suis au bout du téléphone à tous les jours. Il faut faire attention à nos ressources. C’est bien facile de leur en mettre sur le dos. En tant qu’élus, il faut se demander : « Est-ce important et urgent? ». Si ce n’est pas le cas, on peut retarder un peu nos demandes. »

Le maire de Bonsecours, Jacques David.  (crédit photo : Le Val-Ouest)

 

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