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Je ne sais pas quelle mouche m’a piqué. Le besoin de me changer les idées ? De passer à autre chose ? De sortir ? Une publicité parue dans le Val-Ouest a attiré mon attention. Deux minutes plus tard, ma douce était convaincue et nous réservions deux billets pour le concert du pianiste Jean-Philippe Sylvestre à la salle Gilles-Lefebvre du Centre Orford musique. C’était le vendredi 22 mars. Un pur bonheur.

La performance de Jean-Philippe Sylvestre était époustouflante. Véritable virtuose, il a su faire ressortir sous un jour nouveau des œuvres pourtant connues et maintes fois interprétées dont la Rhapsodie Hongroise de Liszt, la sonate Clair de lune de Beethoven ou, plus près de nous, le Concerto de Québec d’André Mathieu.

Le grand mérite de Sylvestre aura été de partager avec la salle son plaisir et les raisons qu’il a de s’autoriser à sortir des interprétations les plus convenues. Il dit chercher à retrouver l’esprit dans lequel le compositeur pouvait avoir conçu son œuvre. Cela se sent, tout comme le plaisir qu’il semble prendre à cet exercice. Certes, je voudrai encore retrouver les interprétations qui m’ont fait apprécier ces œuvres, mais je dois reconnaître que j’ai été agréablement surpris par les libertés qu’il s’autorisait à prendre. Son énergie et son plaisir étaient palpables et contagieux.

J’ai toujours aimé la musique classique, sans être un mélomane pour autant. J’ai beaucoup écouté tant du classique que du populaire, des chansonniers aussi bien que des chanteurs westerns, à la Stephen Faulkner, « Cassonade », pour les initiés. Dans cette vie antérieure, j’affectionnais un peu tous les styles de musique. Parfois au désespoir de ma sœur qui ne comprenait pas que je puisse écouter aussi bien du classique que du western, elle qui n’appréciait ni l’un ni l’autre. Mais avec le temps, toutes musiques confondues, je me suis mis à cultiver beaucoup plus le silence. Trop peut-être ?

Âgé d’à peine quarante ans, Jean-Philippe Sylvestre est visiblement passionné de musique. Il choisit de voir dans la musique classique une matière première plutôt qu’un produit fini. Sacrilège pour les uns, signe d’imagination pour les autres. Son spectacle m’aura rappelé que la vie est un éternel recommencement et qu’il ne faut surtout pas désespérer devant les soubresauts qui marquent son évolution.

Un autre événement imprévu a aussi contribué à me sortir de ma lassitude. Ma douce et moi avons reçu une demande pour une mini conférence à donner en guise d’ouverture d’une journée d’échanges organisée par le ministère de la Santé et des Services sociaux. « Journée nationale de consultation : Maladie d’Alzheimer et autres troubles neurocognitifs majeurs » en était le titre. Thème peu réjouissant de prime abord. Nous en sommes pourtant sortis énergisés. Cette consultation, qui sera répétée avec d’autres personnes, doit servir à valider les orientations d’une politique à venir que compte adopter le gouvernement. Cette politique veut favoriser la promotion de la santé cognitive et sa prévention, le vivre dans la dignité jusqu’en fin de vie et l’accompagnement structuré et personnalisé des personnes dans le besoin.

Le défi est énorme et il y a encore loin de la coupe aux lèvres, mais c’est réconfortant de constater que dans le climat politique mondial qui prévaut, il se trouve encore des pays et des gouvernements préoccupés par le bien-être des citoyens et notamment des personnes vieillissantes. Ce l’est d’autant plus que la soixantaine de personnes invitées avaient une connaissance du sujet, une sensibilité et une humanité manifeste. Tout ce beau monde était appelé à valider les politiques et mesures que le ministère s’apprête à mettre en place pour faire face à un vieillissement de la population qui s’accélère. Il y a de quoi espérer.

En voulant comprendre l’attrait soudain du concert et l’espoir suscité par la journée de consultation, j’ai réalisé que la pandémie, les bouleversements politiques et guerriers, le réchauffement de la planète et les changements climatiques avaient eu raison petit à petit de ma soif et de mon bonheur de vivre. Y a mieux, mon ami, prends la bêche en main, Aide-moi à planter mes choux a chanté Félix Leclerc1.

Étais-je en train de perdre mes repères ? La crise mondiale que nous connaissons y est sans doute pour beaucoup, mais le passage du temps, dont le tempo semble s’accélérer avec les années, compte vraisemblablement aussi pour quelque chose. L’âge aidant, plus les années passent, plus elles semblent raccourcir. Et s’alourdir ! Je me console un peu en constatant que ce n’est pas qu’une question d’âge. Dans les périodes de grande inquiétude, la jeunesse est aussi profondément affectée. Mais elle s’en sortira !

Pendant que je pioche sur mon clavier, un soleil insolent inonde la prairie fraichement enneigée. Éblouissant spectacle d’un hiver que l’on dit pourtant en perte de mémoire sur sa raison d’être. Tout n’est pas perdu…

1 Tirelou; Félix Leclerc

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