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Tu ne sauras jamais, une histoire d’amour sur fond de pandémie

Un film pensé et écrit en pleine pandémie, tourné à Sherbrooke en 2022, à l’ancien couvent des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, Tu ne sauras jamais reflète la réalité de la solitude des personnes aînées, surtout lors des confinements liés à la pandémie de COVID-19.

Robin Aubert et Julie Roy coscénarisent le long-métrage qui sortira en salle le 15 mars prochain. Conjoints dans la vie, ils coscénarisent leur premier film même s’ils collaborent souvent sur les projets de l’un ou l’autre. «Julie était d’ailleurs scripte-éditrice sur Les Affamés», lance d’emblée Robin Aubert, un film qu’il a réalisé, sorti en 2017.

Paul Vincent, joué par Martin Naud, un comédien non professionnel de 88 ans, est en confinement dans sa chambre de CHSLD en temps de pandémie. Il désire revoir son amoureuse pour lui dire qu’il l’aime une dernière fois, dans ce tourbillon d’incertitudes et d’isolement. Pensif, malgré le confinement et les consignes dictées, il met tout en œuvre pour réussir sa mission personnelle.

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« J’avais envie d’imager un vieillard seul, dans sa chambre, de filmer tout ce qu’il faisait comme en temps réel, explique Robin Aubert. Je trouvais que ç’avait un aspect presque expérimental comme genèse, puis c’est arrivé assez vite. »

Robin Aubert, comédien, réalisateur, scénariste et poète, a imaginé l’histoire du long-métrage lors de la pandémie, en pensant à ces aînés qui vivaient des moments difficiles.

Comme une façon de se trouver un projet commun pendant cette «pause» qu’offrait la pandémie, les amoureux ont décidé de plonger dans cette histoire, sans pression.

«On était isolés, on voyait les chiffres passer dans les médias avec les personnes âgées qui tombaient dans les foyers. On avait une certaine impuissance face à ça et on se disait que, comme artistes, ce qu’on savait faire avec ce sentiment d’impuissance là, c’était un film. Comme une façon de se guérir de ça et de faire un geste concret», ajoute Julie Roy. Un scénario de film était né.

Exprimer la solitude

Le but n’est cependant pas de critiquer ou de dénoncer le système de santé au Québec. Il s’agit plutôt d’un désir d’élaborer sur l’amour d’un vieil homme qui prend les choses en main pour revoir sa moitié en défiant les règles, même si, en filigrane, on peut y déceler quelques pans de la réalité dans les CHSLD.

«C’est plutôt un geste héroïque, lance Julie Roy. C’est sûr que la pandémie a fait ressortir un problème déjà existant et décrié qui n’était pas pris en charge et on le voit un peu dans le film, mais on montre aussi beaucoup la solitude.»

La fin de vie et cet isolement créent un sentiment d’urgence chez le personnage. D’ailleurs, tourner avec Martin Naud a été touchant, relatent les deux scénaristes. «Il est extrêmement touchant, ç’a été une rencontre révélatrice à mes yeux, on a connecté dès le départ», admet Robin Aubert, ajoutant que le vécu de M. Naud l’a profondément touché.

Comme il s’agit d’un long-métrage relatant ce qu’ont réellement vécu certaines personnes durant cette période plus sombre, avoir un comédien non professionnel peut être vu comme un point fort du tournage.

Une certaine lenteur s’installe dès le début pour illustrer le temps qui passe, le temps incertain d’une journée d’un aîné, enfermé. C’est ce qui crée et accentue la solitude. C’était important, pour l’équipe, que le public ait l’impression de regarder le film pendant 24 h alors que c’est un film d’une heure et demie. «Montrer ce que c’est, une personne qui mange seule. On ne pouvait pas juste le filmer pendant 30 secondes pour sentir le sentiment qu’on a voulu créer.»

Une certaine lenteur sur des plans ou des actions effectuées par Paul Vincent était nécessaire, selon les deux scénaristes, afin de démontrer le temps qui passe et les sentiments ressentis par le personnage principal.

Un retour dans le passé?

Julie Roy mentionne que les gens qui n’ont pas vu le film craignent, en entendant l’histoire, de se replonger dans une période qu’ils n’ont pas appréciée, soit la pandémie et tout ce qu’elle a engendré, notamment autour des CHSLD. «À l’inverse, dit-elle, les gens qui ont vu le film ressortent de là avec un sentiment de catharsis d’avoir vécu quelque chose de significatif qui met un peu un baume sur le laid de la pandémie. Ils sont touchés.»

Le film a d’ailleurs été présenté dans le cadre du Festival de films francophones Cinémania à Montréal, en novembre dernier. Plusieurs amateurs de cinéma ont pu se projeter, grâce à Tu ne sauras jamais, dans leur propre vie avec leurs parents ou leurs grands-parents, des amis ou encore eux-mêmes.

Le film Tu ne sauras jamais sera en salle, partout au Québec, dès le 15 mars prochain.

«Les gens nous confirment qu’ils sont ébranlés du film, mais pour le mieux.»

Le long-métrage constitue une fierté pour les deux artistes qui ont pris des risques. «Je suis fier de l’équipe et je suis fier que le film se soit imposé d’emblée alors que je ne pensais pas faire ça un jour comme film», expose Robin Aubert.

«On est allés dans des zones où les gens ne veulent pas nécessairement aller normalement. J’aime ça puisqu’on y est allés de façon lumineuse. On a adressé ça d’une façon humaine et artistique, je crois», renchérit Julie Roy.

Le film sera en salle partout au Québec dès le 15 mars prochain.

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