Le Val-Ouest

Un prix remis à la prof de français Anick Larouche de l’Odyssée

L’enseignante de français Anick Larouche, de l’école secondaire l’Odyssée à Valcourt, remporte le Prix pédagogique, un des Prix de reconnaissance en lecture remis par le ministère de l’Éducation. Ceux-ci soulignent le travail d’enseignants passionnés. Ils valorisent aussi des projets issus du milieu scolaire qui inspirent la passion pour la lecture et favorisent l’utilisation de ressources variées. C’est la seconde année consécutive que cette enseignante se voit remettre un de ces prix. Et la troisième fois en carrière.

La cérémonie de remise des prix avait lieu le 27 mai dernier au Cabaret Lion d’or à Montréal. Le comédien et dramaturge Simon Boulerice agissait à titre de maître de cérémonie.

Projet d’apprentissage sur plusieurs mois

Anick Larouche a remporté ce prix pour son projet d’apprentissage « Et si… » auquel participent tous les élèves de quatrième secondaire depuis janvier dernier.

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« On fait de tout avec les arbres, même des livres. Les bibliothèques sont encore des forêts. Ouvrir un livre, c’est de se retrouver au-dehors (de soi, du monde qui nous entoure) en même temps qu’au plus près des êtres et de ses propres secrets, par le prodigue de cet autre monde inventé ou sauvé du temps. »

Cet extrait du livre « Les ombres blanches », de Dominique Fortier, évoque pour Anick Larouche ce qu’elle souhaite transmettre à ses étudiants. « Ce passage exprime avec beauté et exactitude le pouvoir des mots. Il évoque, avec richesse et poésie, l’expérience d’immersion totale que je souhaite à tous mes élèves lorsqu’ils ouvrent un livre », exprime-t-elle.

Objectif : faire découvrir le plaisir de lire

L’objectif du projet primé : faire découvrir le plaisir de lire, d’explorer le huis clos et de se questionner sur soi. Tout en permettant aux élèves de s’engager, de créer, de s’investir et de prendre position lors d’une démarche citoyenne.

Organisation du premier Salon du livre de l’Odyssée

L’enseignante a commencé par l’organisation, en début d’année, de la première édition du Salon du livre de l’Odyssée. Une activité qui était combinée à la visite de l’école secondaire par les élèves de 6e année.

Lors de ce salon, une vingtaine d’adultes, membres du personnel et de la communauté, ont présenté aux élèves leurs coups de cœur en lecture. «Nous avions une panoplie de gens qui étaient en contact direct avec les élèves. Comme la Maison des jeunes, la bibliothèque ou encore l’intervenant communautaire Michel Benoit. Ça a donné l’occasion d’avoir de beaux échanges littéraires », fait savoir Anick Larouche.

Elle a eu le souci d’inviter, dans la mesure du possible, autant d’hommes que de femmes pour cette activité. « Les garçons ont beaucoup plus de difficultés à avoir des modèles masculins positifs de lecteurs », fait-elle remarquer.

« Quelle belle initiative! »

Michelle Nadeau, technicienne en documentation à la bibliothèque Yvonne-L. Bombardier, était l’une des personnes présentes à ce premier salon du livre. «Ce fut un travail ardu que de sélectionner seulement une trentaine de livres : des bandes dessinées, des mangas, des romans, des documentaires, des livres de poésie, des romans graphiques, etc. Nous avons choisi les plus populaires auprès des adolescents ou qui ont gagné des prix. Il y en avait pour tous les goûts. C’était pour nous essentiel d’être présent et de promouvoir la lecture auprès des adolescents. Quelle belle initiative!», souligne-t-elle.

« C’était pour nous essentiel d’être présent au Salon du livre de l’Odyssée et de promouvoir la lecture auprès des adolescents. Quelle belle initiative!», souligne Michelle Nadeau, technicienne en documentation à la bibliothèque Yvonne-L. Bombardier.  (photo : école secondaire de l’Odyssée)

Visite de l’écrivain Christian Guay-Poliquin

Autre activité du projet d’apprentissage : la lecture et l’étude du roman « Le poids de la neige » de l’écrivain Christian Guay-Poliquin.

L’auteur est venu en classe non seulement pour parler de son roman, mais aussi, pour discuter avec eux du processus de création et de la fiction.

« Les professeurs avaient remarquablement bien préparés leurs élèves. Ils avaient déjà lu et discuté de mon roman. Cela a grandement facilité une plongée dans une réflexion plus profonde. Les élèves avaient aussi beaucoup de questions, ce qui était très stimulant », témoigne l’auteur.

« Les professeurs avaient remarquablement bien préparés leurs élèves. Ils avaient déjà lu et discuté de mon roman. Les élèves avaient aussi beaucoup de questions, ce qui était très stimulant », témoigne l’écrivain Christian Guay-Poliquin, après sa visite à l’école secondaire de l’Odyssée.  (photo : école secondaire de l’Odyssée)

Parmi les activités liées à la lecture de ce roman, les élèves ont fait une étude comparative entre le livre de Christian Guay-Poliquin et le mythe de Dédale et Icare.

Les échanges autour de la littérature : un terreau fertile

Selon lui, les échanges autour de la littérature « forment un terreau particulièrement fertile pour l’émerveillement. » « Il est possible de réfléchir collectivement à des thématiques très concrètes qui nous concernent tous : l’importance des relations de confiance, les conflits, les beautés de la nature, les changements climatiques, etc. », ajoute-t-il.

Christian Guay-Poliquin confie avoir beaucoup apprécié le temps passé avec les élèves. « Je serais prêt à refaire cette activité chaque année! », commente-t-il.

Anick Larouche et l’écrivain Christian Guay-Poliquin lors de la visite de ce dernier à Valcourt.  (photo : école secondaire de l’Odyssée)

La littérature québécoise mise de l’avant

Anick Larouche fait le choix délibéré de mieux faire connaître la littérature québécoise à ses élèves. « Ils ont tendance à être beaucoup plus sur les écrans, à voir du contenu américain. C’est d’une grande tristesse », se désole-t-elle.

Une position qui plait énormément à Christian Guay-Poliquin.

« Faire lire aux jeunes de la littérature québécoise n’est pas un geste anodin. D’un part, cela fait vivre notre culture et ses artisans. Et, d’autre part, cela forme la nouvelle génération à une réflexion critique. Tout en nourrissant son appétit pour des œuvres vivantes, denses et stimulantes. »

Imaginer un monde post-apocalytique

À la suite de cette visite, les élèves ont poursuivi leur démarche. Cette fois avec leur professeur de sciences, Nicolas Busque. « Ils ont choisi une région du Québec et ont analysé ce qui pourrait y arriver s’il y avait une catastrophe. Un peu comme dans l’oeuvre de Christian Guay-Poliquin », explique Anick Larouche.

De retour en classe de français, les élèves imaginaient, en équipe, un monde post-apocalyptique. Du matériel créatif qui servait à l’écriture du synopsis d’une pièce de théâtre. Qu’ils devaient ensuite présenter en classe.

Lettre à Justin Trudeau

Dans la foulée de cette réflexion environnementale, les élèves montaient un dossier de presse sur les changements climatiques. « Je leur demandais de prendre position en répondant à la question : trouvez-vous que les mesures environnementales du gouvernement canadien sont efficaces? », expose l’enseignante.

Les jeunes de secondaire 4 ont par la suite écrit une lettre au premier ministre Justin Trudeau afin de lui faire part de leur point de vue. « Ils ont appris à écrire un texte argumentatif, à composer une lettre, à adresser une enveloppe et même à poser un timbre dessus. Certains ne savaient même pas où le mettre! », signale-t-elle avec un sourire.

Contacté par Le Val-Ouest, le Cabinet du premier ministre ne pouvait confirmer qu’il avait reçu les lettres envoyées plus tôt en mai. « Nous recevons beaucoup de courrier. Nous ne les avons donc pas encore vues. Mais nous sommes toujours contents d’entendre le point de vue des jeunes », fait savoir Mohammad Hussain, attaché de presse principal de Justin Trudeau.

Lettres envoyées par les élèves de l’Odyssée au premier ministre canadien Justin Trudeau, il y a quelques semaines. « Ils ont appris à écrire un texte argumentatif, à composer une lettre, à adresser une enveloppe et même à poser un timbre dessus », signale Anick Larouche.  (photo : école secondaire de l’Odyssée)

La lecture : «aussi importante que l’activité physique»

Les habitudes de lecture des élèves sont au centre des préoccupations d’Anick Larouche.

« Lire est tout aussi important que de faire de l’activité physique. De façon globale, les études démontrent que lire permet de vivre plus vieux, de garder le cerveau actif, de réduire le stress, d’améliorer nos relations avec les autres et d’augmenter la créativité. »

« Nous sommes toujours en action »

L’approche pédagogique de cette enseignante passe par des projets d’apprentissage très concrets. « Je n’ai pas de cahier d’exercices. Nous sommes toujours en action. À toutes mes périodes, mes élèves lisent et écrivent. »

Elle ajoute : « Je ne fais pas un projet pour faire un projet. C’est toujours en lien direct avec le programme de formation. De même, lorsqu’un élève doit écrire ou produire quelque chose, il y a un réel destinataire. On écrit un texte à une personne qui va réellement le lire ou qui va assister à une présentation. Je trouve que c’est une bonne façon de mobiliser le jeune et de le motiver à écrire et à se corriger. »

Sortir du cadre et déstabiliser les élèves

Comment fait-elle pour intéresser ses élèves, dans un contexte où les écrans sont devenus omniprésents? « Je propose aux élèves des projets qui les sortent de leurs habitudes à l’école. Ils sont un peu déstabilisés au début. Mais ils apprennent à nager. Et ils deviennent très bons. »

La technologie lui sert d’ailleurs d’outil pédagogique pour les accrocher. Par exemple, lorsqu’elle leur propose de créer des balados (« podcasts »). « Je considère qu’ils construisent beaucoup plus leurs habilités en français que si j’avais un cahier d’exercices. »

Des apprentissages concrets et significatifs

Une façon de faire qui reçoit l’appui de la direction de l’école. «Anick est une ultra passionnée. Si aujourd’hui, ils apprennent le verbe « avoir », ce sera pour une raison bien précise. Qui va mener à quelque chose. Les élèves ne font pas d’apprentissages dans le vent. Ils font des apprentissages concrets et significatifs », signale Ludovick St-Laurent, directeur de l’Odyssée.

« Les élèves sont très bien servis »

Le directeur n’a d’ailleurs que de bons mots pour cette enseignante. « Ce que Anick fait dans sa classe, c’est exceptionnel. Un prix de reconnaissance en lecture comme celui-là est comme une consécration. Mais qu’il y ait un prix ou non, nos élèves sont, au quotidien, très bien servis par son enseignement. »

Même son de cloche de la part de Christian Guay-Poliquin qui a tenu à souligner son dynamisme et l’ « enthousiasme contagieux » avec lequel Anick Larouche enseigne.

Michelle Nadeau dénote quant à elle la collaboration régulière de la bibliothèque avec cette enseignante et sa grande implication.

« Je ne suis pas surprise de cette nomination encore cette année, étant donné tout ce qu’elle fait. Elle va toujours plus loin, prend des engagements et sollicite les gens autour d’elle. Elle est rassembleuse et va chercher les forces de tout le monde pour monter ses projets. Je sens que, pour elle, tout le monde est un acteur dans la vie des jeunes. C’est tellement un plaisir et une chance d’avoir une enseignante aussi impliquée et présente dans la communauté et auprès des enfants de nos municipalités. Félicitations pour son implication, son engagement, ses idées et son parcours en tant qu’enseignante. C’est un plaisir de collaborer avec elle! »

« Je crois à notre école publique locale »

Bien humblement, Anick Larouche souligne de son côté que « la démarche des élèves est plus importante que de remporter un prix. » Pour elle, l’important est d’abord que ce prix fasse rayonner l’établissement. « Je crois beaucoup à notre école publique locale. J’y envoie d’ailleurs nos propres enfants et je m’y investis beaucoup », confie-t-elle.

Anick Larouche lors de l’obtention d’un prix en 2023. « La démarche des élèves est plus importante que de remporter un prix. L’important est d’abord que ce prix fasse rayonner l’établissement », souligne-t-elle.  (photo : école secondaire de l’Odyssée)

Un parcours hors des sentiers battus

Après l’obtention de son brevet d’enseignement, en 2004, Anick Larouche a œuvré jusqu’en 2008 au sein de la Maison familiale rurale de Lac-Mégantic. Une école alternative inspirée d’un modèle français.

De 2008 à 2020, elle s’est consacrée à l’éducation de ses quatre enfants. « La lecture, l’écriture et la culture ont fait partie du temps de qualité que j’ai partagé avec eux. » Tant et si bien qu’ils sont aujourd’hui des lecteurs passionnés, indique-t-elle.

En 2021, elle réintègre le milieu de l’enseignement afin, dit-elle, de «contribuer à résorber l’importante pénurie d’enseignants au sein des écoles publiques locales. »

Membre du jury des Prix littéraires

Que fera Anick Larouche cet été? Elle lira entre autres des livres pour les évaluer. Parce que l’Association québécoise des professeur.e.s de français l’a récemment sélectionnée pour faire partie du jury des Prix littéraires des enseignant.e.s de français, dans la catégorie «Roman 13 ans et plus».

 

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