La production d'huîtres de la Ferme ostréicole Manowin sur le récif est antérieure à la mise en place de la réserve de la biodiversité, mais un projet d'une nature similaire, à l'impact minimal, aurait de bonnes chances d'obtenir son laissez-passer. Émélie Bernier, Initiative de journalisme local
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Condition sine qua non préalable à l’obtention du statut de site du patrimoine mondial de l’UNESCO, la réserve de biodiversité d’Anticosti a été créée pour protéger l’ensemble du bien visé par la nomination. Ce faisant, ce territoire est entièrement (et à perpétuité) soustrait à l’exploitation minière, forestière, mais surtout pétrolière, une épée de Damoclès qui s’est approchée très, très près de la tête des Anticostiens au milieu des années 2010.

La réserve de biodiversité, qui comprend notamment au minimum un kilomètre de bande littorale sur tout le pourtour de l’île et le bassin versant (100 km carrés) de la rivière Jupiter, couvre près du tiers de l’île.

La protection des falaises d’Anticosti et des fossiles qu’elles recèlent, est la raison première de la mise en place de la réserve de biodiversité de l’île.

La protection des falaises d’Anticosti et des fossiles qu’elles recèlent, est la raison première de la mise en place de la réserve de biodiversité de l’île.

D’autres statuts de protection sont en vigueur, soit un parc national et deux réserves écologiques. Une aire protégée d’utilisation durable, à l’étape du projet pilote, pourrait venir compléter le tableau (voir plus bas).

Le plan de conservation officiel de la réserve de biodiversité a été rendu public plut tôt cette année.

« C’est une exigence pour l’inscription UNESCO. Pour qu’un site soit inscrit protégé à perpétuité, il doit y avoir un statut comme celui-là. Ici, le choix s’est porté sur une réserve de biodiversité, moins contraignante qu’une réserve écologique, pour la très grande majorité du bien », indique le coordonnateur des aires protégées au ministère de l’Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), Dominic Boisjoly.

Son collègue Jérémie Fuller est le biologiste responsable de la réserve de biodiversité d’Anticosti.

« À la différence de mes collègues dans les autres réserves de biodiversité, je suis attitré à ce site uniquement. Je pense que le choix témoigne de son importance. Il faut lui donner toute l’attention qu’elle mérite », souligne M. Fuller.

La réserve de biodiversité d’Anticosti est l’une de deux seules aires protégées au Québec classées dans la catégorie 3 de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).

« La plupart sont classées catégorie 2, comme les parcs nationaux, c’est-à-dire qu’ils visent la conservation de la nature, mais aussi la récréation. La catégorie 3 a comme particularité de préserver des monuments naturels ou des éléments de géologie particuliers, comme ici, à Anticosti. Les orientations de gestion sont déterminées par ce statut », explique Dominic Boisjoly.

Le choix de réserve de biodiversité a été longuement réfléchi et est le fruit d’un important effort de concertation.

« Il y a eu beaucoup de discussions en amont pour le choix du statut. Ce statut ne vient pas interdire la chasse, par exemple, comparativement à un parc national. C’est pour ça qu’on l’a choisi », ajoute M. Boisjoly.

Structure de gestion novatrice

L’organigramme de la réserve de biodiversité s’appuie sur un comité scientifique et un comité communautaire. Ce sont eux qui émettent des avis au conseil de gestion qui, ultimement, fera ses recommandations au comité de coordination qui regroupe la Société du Patrimoine mondial d’Anticosti (Société PMA), le gouvernement du Québec et la Sépaq.

« Ce sont les trois cogestionnaires : les décisions finales reviennent à ce trio. À ce jour, ça se passe bien, c’est la phase lune de miel, mais tout est encore à faire », indique M. Boisjoly, avec un sourire confiant.

Les écueils sont connus.

« Tout le monde est en accord avec l’inscription à l’UNESCO. Ce qu’on voit comme enjeux ne relève pas de la gestion du site du patrimoine mondial, mais de tout ce que ça met en lumière pour le milieu insulaire dans une perspective de milieu d’accueil : le fait que ce soit un milieu difficilement accessible, l’hébergement qui est limitant, l’eau potable, les eaux usées… », estime-t-il.

Statuts de protection à Anticosti: Pas un « no go » pour le développement
Anticosti était, et demeurera, un point central pour la recherche.

« Il y en a toujours eu, mais on commence un nouveau cycle et ça peut venir avec certaines retombées, surtout avec une société comme la Société PMA pour encadrer, soutenir et mettre en valeur ces recherches », avance Jérémy Fuller, biologiste responsable de la réserve de biodiversité d’Anticosti.

Ce dernier estime que de nouveaux projets pourraient voir le jour.

« Il y a différentes formes d’activités touristiques qui peuvent être développées sur l’île et qui pourraient convenir dans une réserve de biodiversité. Anticosti, c’est un bijou pour ses paysages, le plein air… »

Dominic Boisjoly, coordonnateur des aires protégées au MELCCFP et Jérémie Fuller, biologiste responsable de la réserve de biodiversité d’Anticosti.

Dominic Boisjoly, coordonnateur des aires protégées au MELCCFP et Jérémie Fuller, biologiste responsable de la réserve de biodiversité d’Anticosti.

Le statut de réserve de biodiversité ne ferme pas la porte, car si les activités de type industriel y sont strictement interdites, des initiatives d’écotourisme, de mariculture ou autre pourraient y voir le jour. Elles devront cadrer avec les règlements en vigueur.

« Le principal moteur économique, ici, c’est la chasse et ce n’est pas appelé à changer, mais ce serait assurément bienvenu d’ajouter des offres. Il y a de la place pour soumettre des projets, qui seront évalués, selon leurs impacts. Si le territoire de la réserve est dans la mire, le projet devra passer à travers le filtre de la règlementation qui y est associée », indique Jérémy Fuller.

Selon lui, « le statut UNESCO traduit la volonté de tout le monde de créer ce site-là. C’est un projet ambitieux. Mais les différents usages – protection du patrimoine, recherche, villégiature, chasse -, tout est compatible ! On a mis un enfant au monde, il faut s’en occuper ! »

Ile unique

Tous s’entendent sur l’unicité du « bien », nom technique donné au territoire protégé et choisi par l’UNESCO entre des centaines de propositions.

« La réserve de biodiversité d’Anticosti, c’est vraiment un bon exemple à quel point le socle du vivant vient influencer la biodiversité. Ici, on a une plateforme littorale unique qui est une halte migratoire pour les limicoles, ces oiseaux de rivages qui viennent par milliers ! C’est un garde-manger pour plein d’espèces ! Les falaises sont des refuges pour le broutement du cerf et servent de lieu de nidification pour des colonies d’oiseaux marins… Les mammifères marins trouvent aussi un habitat propice », décrit Dominic Boisjoly, coordonnateur des aires protégées au ministère de l’Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).

Jérémy Fuller, qui a découvert l’île alors qu’il avait fait des cerfs anticostiens son sujet de maîtrise, est toujours subjugué par la beauté des paysages.

« Je suis toujours impressionné par l’intérêt que les Québécois ont à venir ici. Chaque fois que j’en parle, les yeux s’allument ! »

Statuts en place

Réserve écologique :

Une réserve écologique, qualifiée également de « musée naturel », présente des caractéristiques écologiques distinctives. Il s’agit d’un territoire conservé à l’état naturel où à peu près toutes les activités (hormis la recherche sous certaines conditions) sont interdites. L’île d’Anticosti compte deux réserves écologiques, soit la Réserve écologique de la Pointe-Heath (1 869 hectares) et celle du Grand-Lac-Salé (2 339 hectares).

Parc national :

L’objectif prioritaire d’un parc national est d’assurer la conservation et la protection permanente de territoires représentatifs des régions naturelles du Québec ou de sites naturels à caractère exceptionnel, notamment en raison de leur diversité biologique, tout en les rendant accessibles au public pour des fins d’éducation et de récréation extensive. Sur Anticosti, le parc national couvre une superficie de 572 km². Il est géré par la SÉPAQ. Les activités y sont encadrées et un droit d’accès est en vigueur.

Réserve de biodiversité :

Les réserves de biodiversité visent à protéger un échantillon représentatif des divers milieux naturels québécois. Les activités récréatives (chasse, pêche, villégiature) n’y sont en général pas interdites. On y circule librement. Cependant, toute activité industrielle (foresterie, exploration et exploitation minières, pétrolières et gazières…), y est interdite. Anticosti compte une réserve de biodiversité de 1 651,5 km².

Statut en développement

Aire protégée d’utilisation durable (APUD) :

En juin 2021, Québec annonçait deux projets pilotes dont un sur l’île d’Anticosti pour élaborer les lignes directrices du nouveau statut et expérimenter cette nouvelle formule d’aire protégée au Québec. Moins restrictive qu’une réserve de la biodiversité, qu’un parc national ou qu’une réserve écologique, l’APUD d’Anticosti vise à « protéger la quasi-totalité de l’île tout en y permettant l’utilisation durable des ressources », selon le MELCCFP.

Sont notamment incompatibles au sein d’une APUD les activités gazières, pétrolières et minières et les activités d’utilisation des ressources naturelles renouvelables non biologiques (ex. barrages hydroélectriques, parcs éoliens, lignes de transport d’énergie).

La majorité des usages, tels que les activités de chasse, de piégeage, de pêche et les activités récréatives et touristiques seront permises.

(Source : MELCCFP, Sépaq)

 

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