Quand j’étais enfant, jusque vers l’âge de 12 ans, je suis demeuré dans ma famille. Puis je suis allé au collège jusqu’à vingt ans, pour ne revenir chez nous que pendant les vacances. J’ai donc eu très peu de temps pour me familiariser avec mon milieu d’origine.
J’ai donc remarqué que dans mon milieu, et peut-être aussi partout dans le domaine rural au Québec, à peu près tout le monde avait un surnom, dans la population et à l’intérieur des familles.
Pendant cette période, il n’y avait pas d’automobile. Nous voyagions donc en voiture à cheval. Donc, pendant les voyages, nous avions le temps de bien voir notre environnement, de reconnaître les maisons et leurs habitants. Je connaissais les noms de tous les habitants le long de tous les chemins que nous fréquentions. Et leurs surnoms. Certainement une forme de reconnaissance mais souvent aussi une taquinerie pertinente, parfois un peu méchante. La pertinence n’était pas souvent utilisée en présence des gens concernés. Elle contenait la plupart du temps une forte dose d’humour. Si tu n’avais pas de surnom, c’est comme si tu passais inaperçu.
En commençant par les localités, les gens de L’Isle-Verte s’appelaient « les barlettes ». Les gens de Saint-Paul-de-la-Croix, « les sauceux » et les gens de Saint-Éloi, ma paroisse, «les pipes de plâtre». C’était ainsi. «Maudite pipe de plâtre», qu’on se disait pour se saluer.
Je me souviens de la plupart des surnoms qui vont suivre et que j’ai retenus depuis l’âge de 20 ans. Pour les autres, j’ai eu l’aide de mes sœurs.
| Belle Éplure | Rigodon | Le Lune |
| Mon oncle Asti | La Bilou | Le huilier |
| Asticalette (sa femme) | Le Sec | La sucrée |
| Le Noir | Ti-Beu | La prune |
| Le Bleu (son jumeau) | Pénule | La laize |
| Le Dinde | Le Gus | Le boss |
| Le Blanc | Le Blanc du grand Jos | La gracieuse |
| Ti-coune | Ti-Anne | Le sourd |
| Oxydol | Les Borlutons | Les Cannoire |
| Rinso (son frère) | Le jaune | Ti-mé à tigêne |
| Les câlines | Pit à banâsse | Le pet |
| Garcette | La vieille toast | Ti-gros noir |
| Ti morveux | Bébé toast (sa fille) | Pistalet |
| Sourire éternel (sa femme) | Coil spring | Tino rossi |
| Gobelet | Beetle | Blob |
| Le suisse | Le neg à parent | Ti balotte fleuri |
| Ma tante la pie | Ti balotte fleuri | Guigueza |
| Ti pou | Les yeux rouges | Le lent |
| Niflet | Ti vent du nord | La patue |
| La chousse de pin | Le grand Jos | Coyote |
| Le ness-à banâsse | Ti-li | Minoune |
| Adelede (il bégayait) | Poulet | Tâlail |
| Farfadet | L’gros Charles | Ternieu |
| La Grosse Thérèse | Ti-jos à francais | Titi courbron |
Les gens se connaissaient bien. Ils s’entraidaient. Ils se rencontraient tous les dimanches après la messe. Au magasin général. À la forge, les journées de pluie. Ce n’était pas une société idéale, mais ils se reconnaissaient dépendants les uns des autres. Ils acceptaient de se donner des rituels communs. Et ils acceptaient de se donner des surnoms.
Mon étincelle : Les riches ont assez d’argent pour nous persuader que ce qui est bon pour les riches est bon pour nous.
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