Crédit photo : Markus Spiske
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Quand j’étais enfant, jusque vers l’âge de 12 ans, je suis demeuré dans ma famille. Puis je suis allé au collège jusqu’à vingt ans, pour ne revenir chez nous que pendant les vacances. J’ai donc eu très peu de temps pour me familiariser avec mon milieu d’origine.

J’ai donc remarqué que dans mon milieu, et peut-être aussi partout dans le domaine rural au Québec, à peu près tout le monde avait un surnom, dans la population et à l’intérieur des familles.
Pendant cette période, il n’y avait pas d’automobile. Nous voyagions donc en voiture à cheval. Donc, pendant les voyages, nous avions le temps de bien voir notre environnement, de reconnaître les maisons et leurs habitants. Je connaissais les noms de tous les habitants le long de tous les chemins que nous fréquentions. Et leurs surnoms. Certainement une forme de reconnaissance mais souvent aussi une taquinerie pertinente, parfois un peu méchante. La pertinence n’était pas souvent utilisée en présence des gens concernés. Elle contenait la plupart du temps une forte dose d’humour. Si tu n’avais pas de surnom, c’est comme si tu passais inaperçu.

En commençant par les localités, les gens de L’Isle-Verte s’appelaient « les barlettes ». Les gens de Saint-Paul-de-la-Croix, « les sauceux » et les gens de Saint-Éloi, ma paroisse, «les pipes de plâtre». C’était ainsi. «Maudite pipe de plâtre», qu’on se disait pour se saluer.

Je me souviens de la plupart des surnoms qui vont suivre et que j’ai retenus depuis l’âge de 20 ans. Pour les autres, j’ai eu l’aide de mes sœurs.

Belle ÉplureRigodonLe Lune
Mon oncle AstiLa BilouLe huilier
Asticalette (sa femme)Le SecLa sucrée
Le NoirTi-BeuLa prune
Le Bleu (son jumeau)PénuleLa laize
Le DindeLe GusLe boss
Le BlancLe Blanc du grand JosLa gracieuse
Ti-couneTi-AnneLe sourd
OxydolLes BorlutonsLes Cannoire
Rinso (son frère)Le jauneTi-mé à tigêne
Les câlinesPit à banâsseLe pet
GarcetteLa vieille toastTi-gros noir
Ti morveuxBébé toast (sa fille)Pistalet
Sourire éternel (sa femme)Coil springTino rossi
GobeletBeetleBlob
Le suisseLe neg à parentTi balotte fleuri
Ma tante la pieTi balotte fleuriGuigueza
Ti pouLes yeux rougesLe lent
NifletTi vent du nordLa patue
La chousse de pinLe grand JosCoyote
Le ness-à banâsseTi-liMinoune
Adelede (il bégayait)PouletTâlail
FarfadetL’gros CharlesTernieu
La Grosse ThérèseTi-jos à francaisTiti courbron

Les gens se connaissaient bien. Ils s’entraidaient. Ils se rencontraient tous les dimanches après la messe. Au magasin général. À la forge, les journées de pluie. Ce n’était pas une société idéale, mais ils se reconnaissaient dépendants les uns des autres. Ils acceptaient de se donner des rituels communs. Et ils acceptaient de se donner des surnoms.

Mon étincelle : Les riches ont assez d’argent pour nous persuader que ce qui est bon pour les riches est bon pour nous.

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