La dernière messe a été célébrée le 9 novembre à l’église Saint-Philémon de Stoke, avant que le bâtiment ne soit désacralisé. La corporation de développement socio-économique de Stoke (CDSE) rêve d’en faire l’acquisition au profit de la communauté.
L’église était pleine à craquer, le 9 novembre, alors que le curé Fernando Ferrera donnait sa dernière messe avant le retrait de la pierre d’autel.
Le bâtiment de l’église Saint-Philémon est en vente. «La restructuration qu’on vit n’est pas étrangère à tout ce qu’on observe dans notre société. Si même les caisses populaires ferment dans les villages, les paroisses n’échappent pas, elles non plus, au mouvement. Après de nombreuses années d’analyses, avec le manque de relève et plusieurs années de déficit financier, il fallait penser à vendre», explique la conseillère aux ressources pastorales à l’archidiocèse de Sherbrooke, Anne-Séverine Guitard.
Sa collègue responsable des communications, Dorothée Perron, confirme que le processus de vente est entamé et que des offres sont sous analyse. Elle précise que des travaux d’arpentage sont nécessaires pour séparer le cimetière du lot avant de vendre le bâtiment.
À Stoke, le bâtiment fait partie de l’identité locale, affirme Liliane Gagnon, présidente de la CDSE. «Les gens l’aiment beaucoup, c’est une belle petite église sur une côte et on la voit de loin.»

Il faut refaire le certificat de localisation afin de séparer l’église du cimetière tout en maintenant un droit de passage.
Projets
Il y a déjà deux ans que Liliane Gagnon prépare le dossier de reprise. «On savait que l’église était appelée à fermer.» Avec l’appui de plus d’une trentaine d’entreprises du milieu, elle a monté un dossier de projet afin de convertir l’ancien lieu de culte en bâtiment multifonctionnel pour la communauté.
Son projet se décline en quatre volets. Le premier est un foyer culturel actif. Tenue d’événements culturels, lieu d’exposition, ateliers, cours de musique, médiation culturelle, salle de spectacles… «Avec une population de plus de 3000 personnes, on a besoin d’un lieu comme ça», indique Liliane Gagnon.
Le second volet en est un de location de salles. «On réserve presque un an à l’avance au centre communautaire, on manque d’espaces pour se réunir.»
Ensuite, Liliane Gagnon mise sur un espace dédié aux aînés. «On veut les sortir de l’isolement. Ateliers, dîners et lieu de rassemblement sont nécessaires, selon un sondage que son organisation a mené dans la communauté. «On n’a pas de café ou de restaurant où on peut déjeuner, les gens veulent se rassembler pour tricoter, faire du métier à tisser, de l’exercice physique. Il faut favoriser les cercles d’entraide, on n’a pas de résidence pour aînés à Stoke», dit-elle.
Finalement, les Chevaliers de Colomb, dont les locaux sont situés au sous-sol, souhaitent demeurer sur place. Liliane Gagnon souligne l’importance de cet organisme pour le bâtiment.
«Ils ont beaucoup investi dans l’entretien. Ils ont refait le toit en 2008», souligne-t-elle.
Si la CDSE met la main sur le bâtiment, Liliane Gagnon assure que des consultations supplémentaires seront menées afin de vérifier si des besoins supplémentaires font surface. Selon elle, l’église pourrait également être utilisée par l’école, qui manque de locaux pour tenir ses spectacles, ses cours de musique ou ses ateliers de théâtre.
Le maire de Stoke Étienne-Alexis Boucher voit d’un bon œil la reprise éventuelle du bâtiment par la CDSE. «On veut appuyer la démarche citoyenne pour les besoins actuels et à venir.»
Patrimoine et communauté
L’église Saint-Philémon est le seul bâtiment cité patrimonial à Stoke, indique Mme Gagnon. Si son organisme parvient à en faire l’acquisition, elle spécifie qu’il faudra préserver l’orgue et les colonnes ainsi que plusieurs aspects architecturaux du bâtiment.
Si rien n’est signé entre la CDSE et l’Archidiocèse pour le rachat du bâtiment pour le moment, Mme Guitard précise que l’appel de projets pour le bâtiment est basé sur des critères de retour à la communauté et non sur un choix financier. «C’est la nature du projet qui va déterminer notre choix, il faut que ce soit profitable pour l’ensemble des citoyens et qu’il leur soit redonné, ainsi qu’à leurs descendants, ce qu’ils ont investi et ce pour quoi ils se sont impliqués», ajoute-t-elle.

Le culte ailleurs
L’archidiocèse ne permettra pas la tenue d’événements de culte religieux ou de cérémonies civiles dans l’église, maintenant qu’elle est désacralisée. «C’est pour éviter toute confusion», dit Anne-Séverine Guitard, en précisant qu’il sera possible de célébrer des messes et des prières ailleurs comme dans le cimetière, dans le centre communautaire ou même dans des maisons.
Les paroissiens qui célébraient à Stoke sont invités à poursuivre leurs activités à l’église Saint-François-d’Assise, sur la rue du 24- juin à Sherbrooke.
Une cérémonie spéciale leur sera dédiée avec le rapatriement de la pierre d’autel et de la statue de Saint-Philémon. «On veut leur montrer qu’ils sont chez eux», indique Anne-Séverine Guitard.











