Combien de compagnies d’ici peuvent se vanter d’exporter sur quatre continents des produits 100 % conçus et fabriqués au Québec dans un domaine technologique de pointe ? Et ce, depuis 50 ans? Loin des projecteurs, c’est l’exploit dont peut se targuer Rovibec, PME spécialisée dans la fabrication de robots destinés à alimenter les vaches laitières du monde entier.
Au moment de la visite du Devoir, c’est encore un peu la fête dans les bureaux de Rovibec, situés en rase campagne, tout juste à l’extérieur de la municipalité de Nicolet. Ballons et affiches rappellent que, quelques jours plus tôt, l’entreprise de 70 employés a fêté en grand son demi-siècle d’existence.
En 50 ans, l’entreprise est passée de la fabrication de chariots motorisés à la conception de robots capables d’accomplir le travail de plusieurs humains. Par exemple, le Ranger, qui a le look d’un aspirateur robot format géant, a pour mission de repousser vers les vaches le fourrage qu’elles déplacent en mangeant.
« C’est notre vache à lait », résume avec le sourire Alexandra Rousseau, ingénieure et responsable du développement des affaires de l’entreprise.
L’entreprise en fabrique de 8 à 10 par semaine et en vend 400 exemplaires chaque année partout dans le monde. Rovibec produit aussi une version « Nitro », deux fois plus grande, pour d’immenses fermes des États-Unis.
Rovibec conçoit également des distributeurs automatisés qui, installés sur un rail, virevoltent au plafond des étables pour déverser nourriture ou litière dans l’enclos des vaches.
Contrairement à l’image romantique qu’on peut s’en faire, les fermes laitières sont parmi les environnements les plus informatisés et robotisés qui soient. Un phénomène qui s’explique par le croisement entre la pénurie de main-d’œuvre agricole et l’accroissement de la taille moyenne des fermes.
Au Québec, certaines fermes font figure de géantes avec 1000 bêtes, mais on est encore loin des gigantesques exploitations californiennes, qui peuvent atteindre les dizaines de milliers de têtes. Dans de telles installations, la robotisation est en voie de devenir la norme.
Si les clichés bucoliques sur le monde agricole en prennent un coup, le bien-être animal y gagne, affirme Alexandra Rousseau.
« Dans le fond, c’est pour qu’on laisse les vaches en paix. Ce sont des êtres sensibles : plus elles sont relaxes, plus elles produisent. Grâce aux robots, qui sont très routiniers, elles ne se font pas déranger par des tracteurs ou de la machinerie. »
Rovibec affirme que ces produits favorisent l’uniformisation de l’alimentation des animaux, tout en aidant les vaches « timides », qui craignent la machinerie ou leurs consœurs plus dominantes.
De la technologie terre à terre
Japon, Australie, États-Unis, France : le carnet de commandes de Rovibec dépasse les frontières québécoises depuis longtemps. Le Québec ne représente plus que de 40 à 50 % des ventes de l’entreprise.
Une chance, sinon l’entreprise serait dans le fumier jusqu’au cou, selon les dires d’Alexandra Rousseau, petite-fille du fondateur, Victor Rousseau, lui-même producteur laitier à la base.
« En ce moment, la production laitière en Amérique du Nord, ça ne va pas très bien, dit-elle. Le marché laitier est toujours changeant d’année en année et le Québec, ce n’est pas le plus gros investisseur en produits agricoles. Il y a des fermes en vente, d’autres manquent de relève. C’est difficile. »
L’entreprise, qui génère un chiffre d’affaires annuel de 16 millions de dollars, a récemment embauché un premier employé français pour l’aider à investir le marché européen, notamment l’Allemagne.
La compagnie mise également sur la diversification de ses activités pour assurer sa survie à long terme.
À partir du Ranger, elle a développé le Rangerman, un véhicule automatisé destiné au transport de marchandises à l’intérieur d’usines ou d’entrepôts. Une dizaine d’entreprises au Québec emploient déjà la petite bête, qui se contrôle à l’aide d’un cellulaire ou d’une tablette.
Même s’il est plutôt impressionnant de le voir déambuler seul au milieu d’une usine, la technologie derrière le Rangerman est plutôt simple, assure Alexandra Rousseau.
Pas de système de géolocalisation ultrasophistiqué ou d’intelligence artificielle à bord, seulement des composantes mécaniques et électroniques fiables, assez robustes pour résister aux aléas de la vie industrielle.
« On veut faire une gamme de produits accessibles pour les PME, on vise avant tout la fiabilité », explique Alexandra Rousseau.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.












