La valorisation de l’achat local prend une dimension nouvelle avec le lancement de l’initiative J’adopte le Québec Tech. Présentée à la fois comme un moyen de faire connaître l’expertise québécoise et d’améliorer la productivité, celle-ci veut servir d’intermédiaire entre les entreprises d’ici et les fournisseurs technologiques locaux.
Lancée par l’organisme du même nom, la campagne souhaite rejoindre une centaine de PME et de grandes entreprises pour les amener à considérer l’utilisation des technologies numériques québécoises.
« Dans les dernières années, on s’est intéressé beaucoup à l’achat local du point de vue du consommateur, à l’épicerie, un peu partout. Nous, ce qu’on essaie d’amener, c’est aussi une prise de conscience au niveau corporatif », illustre Richard Chénier, directeur général de Québec Tech, organisme qui se voue aux jeunes pousses technologiques.
Le projet souhaite non seulement motiver les entreprises à adopter des technologies québécoises, mais surtout offrir un service de maillage pour permettre aux vendeurs et aux acheteurs de se rencontrer.
J’adopte le Québec Tech, qui s’inspire de mouvements semblables en France et en Suède, souhaite ainsi aider à la « découvrabilité de technologies innovantes faites au Québec », par exemple en automatisation, en robotisation ou en intelligence artificielle.
Les entreprises participantes seront accompagnées, lors d’un processus d’environ 40 heures, dans l’analyse de leurs besoins technologiques, puis dirigées vers des boîtes technos susceptibles d’y répondre.
Une forme de « speed dating » à même de créer des partenariats durables, souhaite Richard Chénier. « Tant qu’à aider des entreprises établies à combler leurs déficits technologiques, utilisons des technologies de chez nous. C’est du Québec inc. qui adopte du Québec inc. », résume celui qui siège au Conseil de l’innovation du Québec.
Il donne en exemple eZSign, un logiciel québécois de signature électronique sécurisée récemment adopté par Investissement Québec en remplacement de DocuSign, développé dans la Silicon Valley.
Un Québec trop frileux ?
La campagne J’adopte le Québec Tech a aussi l’ambition d’aider à la productivité des entreprises québécoises, qui, à l’instar de celles du reste du Canada, arrivent souvent en queue de peloton des classements établis par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
« Il y a une culture de gestion du risque assez importante au Canada et au Québec qui fait en sorte que certaines entreprises sont peut-être moins enclines à adopter des technologies innovantes, estime Richard Chénier. Elles voient ça davantage comme un risque que comme une occasion de les aider. Elles attendent que les technologies soient rendues un peu plus avancées, un peu plus mainstream avant de commencer à jouer avec. Mais souvent, il est trop tard, on a manqué des fenêtres d’opportunité. »
Souveraineté numérique
L’adoption de technologies purement québécoises peut aussi être considérée comme un geste en faveur d’une certaine souveraineté numérique, dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis et de méfiance envers les technologies chinoises.
« Il y a énormément de technologies qui sont concentrées dans ces deux grands pays-là. D’un point de vue technologique, ça nous rend très dépendants de géants, rappelle Richard Chénier. C’est le moment de changer. Je pense qu’il va falloir revoir nos chaînes d’approvisionnement et réfléchir aux façons de s’assurer que nos entreprises conserveront un réseau de fournisseurs technologiques résilient. »
Le patron de Québec Tech ne se fait pas d’illusions : les technologies locales ne remplaceront pas l’entièreté des outils des GAFAM. Mais elles peuvent tout de même se bâtir des niches intéressantes, au Québec comme à l’international.
« Il existe beaucoup d’outils spécialisés clés en main développés au Québec. Je pense que l’avenir technologique de nos entreprises est principalement centré sur ce type de profil : des entreprises spécialisées qui connaissent bien une problématique et qui sont capables de développer des technologies très profondes qui répondent à de véritables besoins. »
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.












