Le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE), en collaboration avec la Fondation Massawippi et la Fiducie de conservation de Massawippi, a tenu hier une conférence de presse au parc Scowen, à North Hatley, pour souligner la présence croissante de l’épine-vinette du Japon, une plante exotique envahissante émergente en région. Ce fut l’occasion de présenter un nouveau projet régional de sensibilisation, de prévention et de mobilisation, financé par le Programme d’aménagement durable des forêts du gouvernement du Québec.
Une invasion silencieuse aux multiples impacts
Introduite au Québec à des fins horticoles, l’épine-vinette du Japon est un arbuste pouvant atteindre deux mètres de haut, reconnaissable à ses épines, ses feuilles disposées en bouquet, ses fleurs en parapluie et ses fruits rouges. Sa capacité à tolérer l’ombre lui permet de s’installer même sous une canopée en santé, contrairement à d’autres espèces envahissantes comme la renouée ou le nerprun. Se reproduisant à la fois par semences, par rhizomes et par tiges, elle est particulièrement difficile à contrôler.
Sur le plan écologique, l’espèce prend la place des plantes indigènes et transforme les sous-bois. Non consommée par le cerf de Virginie, elle est même favorisée par ce dernier, qui broute les espèces indigènes voisines. Mais l’enjeu dépasse la seule biodiversité : les buissons épineux offrent un habitat de choix à la souris à pattes blanches, qui se retrouve à l’abri des prédateurs, elle-même hôte de la tique à pattes noires, vectrice de la maladie de Lyme.
« Il n’y a pas de cas confirmé au parc Scowen. Ce lien, on l’établit à partir de la littérature scientifique et de ce qu’on observe ailleurs. Le parc est ici un exemple de ce qui peut se produire partout en Estrie, et même au Québec. Le véritable enjeu, c’est l’utilisation de cette plante dans nos municipalités et nos jardins », précise David O’Connor, biologiste et chargé de projets en environnement au CREE.
Un parc emblématique sous pression
Le parc Scowen, appartenant à la Fiducie de conservation de Massawippi depuis une décennie grâce à un don de la famille Scowen, accueille chaque année des centaines d’élèves et de nombreux visiteurs, séduits par sa proximité avec le village de North Hatley. Les premières détections d’épine-vinette y remontent à 2022, et l’invasion ne cesse de prendre de l’ampleur depuis.
« Maintenant que la menace est identifiée, nous allons travailler à l’élaboration d’un plan de gestion de cette espèce sur cette aire protégée, afin d’être prêts à agir d’ici quelques mois. Entre-temps, nous trouvions essentiel d’amorcer la sensibilisation à cette espèce envahissante avec le CREE. Nous invitons d’ailleurs tous les utilisateurs de nos sentiers à se renseigner sur les gestes qu’ils peuvent poser pour ne pas contribuer à leur dispersion lors de leurs balades en forêt », indique Mélanie Lelièvre, directrice générale de la Fondation Massawippi et de la Fiducie de conservation de Massawippi.
Un nouveau règlement, mais pas une solution miracle
Le nouveau règlement québécois sur les espèces floristiques exotiques envahissantes interdira la vente de l’épine-vinette à compter du 4 juin 2027, mais uniquement pour les cultivars verts « Jade Carousel » et « Emerald Carousel ». D’autres variétés ornementales resteront donc disponibles, ce qui rend la vigilance des citoyens d’autant plus importante.
Quatre gestes simples pour agir
Le CREE invite la population à poser des gestes concrets :
- Ne pas acheter ni planter d’épine-vinette, et consulter le site Je te remplace de Québec Vert pour découvrir des plantes indigènes de rechange. Plus la demande d’alternatives sera forte auprès des centres de jardinage, plus elles seront offertes.
- Brosser ses bottes avant d’entrer dans un espace naturel comme en repartant, afin d’éviter de transporter des semences d’un endroit à l’autre.
- Signaler la plante via l’application Sentinelle du gouvernement du Québec ou iNaturalist.
- Consulter la fiche informative du ministère de l’Environnement pour apprendre à reconnaître l’espèce et adopter les bonnes méthodes de contrôle.
Attention au compost! Pour ceux et celles qui doivent retirer l’épine-vinette de leur terrain, une règle d’or s’impose : les résidus doivent être placés dans un sac à ordures solide, hermétique et opaque, puis laissés à pourrir au soleil pendant environ trois mois avant d’être disposés aux vidanges. Jamais au compost, sous peine de propager l’espèce.















