C’était en 1943. Il y a bien mille ans de cela. Mais peut-être aussi que c’était hier! La vie passe tellement vite. Une nuit de novembre, une automobile était venue chercher papa Nérée et maman Irène. Nous ne savions pas pourquoi une des deux seules automobiles de Saint-Éloi s’était présentée chez nous cette nuit-là.
Marien et moi nous sommes levés pour faire le train et traire les vaches comme d’habitude pendant que Lorraine et Éliette s’occupaient des petits. Ensuite, comme c’était la première neige, nous avons sorti nos traineaux et avons commencé à glisser dans le coteau en face de la grange.
Puis nos parents ont débarqué et mon père nous a dit que la grand-mère était morte. Je suis allé la voir une fois après sa mort. Elle était couchée dans son lit et ensevelie dans la chaux.
Le souvenir que j’ai d’elle : une vieille dame en robe sombre à pois blancs avec un éternel tablier. Je ne me rappelle pas de sa voix. Dans mes yeux, elle porte toujours un immense plateau de nourriture qu’elle distribue avec un petit sourire et que son monde vide avec appétit avant qu’elle en apporte un autre.
Et dans la famille, les plats généreux et savoureux continuent à circuler. Avec, en plus, une épice bien précieuse : la voix de nos campagnes.
Gaston à Irène
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