Derrière la porte des Ateliers Vilbrekin/D’Amours se cache une véritable promesse de divertissement infini où un simple morceau de bois prend des allures d’histoire inventée.
C’est en décembre 2020 que Paul Pelletier, ébéniste et patenteux depuis le plus loin qu’il se souvienne, a entrepris de fabriquer des boules de Noël en bois. Trouvant qu’il manquait un petit quelque chose à ses créations, sa nouvelle production sous le bras, l’artisan s’est présenté chez Andrée D’Amours pour lui demander de l’accompagner dans sa folie.
«Il m’a proposé de les décorer, mais je ne trouvais pas que ça ressemblait à une boule de Noël… alors on a inventé les Pinotins», s’est exclamée Andrée. C’est ainsi que les Ateliers Vilbrekin/D’Amours ont vu le jour.
Les Pinotins, ce sont de petites figurines de bois d’environ 10 cm de haut, qui tirent leur nom du célèbre personnage du conte de Carlo Collodi, Pinocchio.
Andrée a personnalisé chaque figurine, qui sera tantôt habillée d’un fragment de dentelle vintage, tantôt recouverte de retailles de Prions en église, selon ce qui lui est tombé sous la main.
Avec un style un tantinet enfantin, la créatrice s’est inspirée de petits riens pour donner vie à une panoplie de pantins comme Oscar, Éloïse, Confettis et Houdini l’écureuil, qui sauront égayer le sapin.
L’ÉTAPE DÉCISIVE
Dans un coin de l’atelier, un amas de bûches se dresse devant l’artisan qui inspecte chaque morceau, avant de prendre une décision sur l’avenir du fragment de pin, d’érable ou de frêne qu’il tient dans ses mains. Car si l’inspiration ne vient pas, «il prendra la direction du poêle», a confirmé Paul.
Bien avant la première neige, sur l’établi de l’atelier Vilbrekin, un tour attendra la prochaine retaille pour se mettre à tournoyer. À travers un ballet d’écorces et de copeaux, l’ébéniste peaufine ses miniatures en manipulant minutieusement son ciseau.
C’est ainsi qu’en se débarrassant des volutes de sciures de bois qui recouvrent ses vêtements, il pense à ajouter sous l’aile du merle d’Amérique qu’il vient de terminer, une cachette servant à déposer une pensée. Une idée fantaisiste qui transforme la simple branche en une véritable fabrique à souvenirs.
UN PROTOTYPE INSPIRANT
Continuant sur leur lancée, les deux créateurs ont décidé de donner une personnalité à chaque statuette de bois qu’ils façonnent en écrivant leur histoire et en leur donnant un nom. «La première figurine s’est appelée Proto, pour prototype», a ajouté Andrée avec un large sourire aux lèvres.
Faits pour résister à de nombreuses années de manipulations, les jouets réalisés avec patience, minutie et un brin de folie par Paul et Andrée sont sortis de leur cachette pour festoyer, le temps d’une visite à quelques marchés de Noël de la région. «On n’est pas vraiment tristes lorsqu’une pièce est vendue, car si quelqu’un l’achète, c’est que la personne la trouve belle», a dit Andrée avec sagesse. «Mais il y en a que l’on garde», a ajouté Paul.
LE BOIS DANS LE SANG
Une fois la neige fondue, les jouets du temps des Fêtes cèderont leur place aux chaises, buffets, guitares et autres meubles et instruments de musique que Paul confectionnera de toutes pièces, suivant un savoir-faire appris de son père. «Je travaille le bois depuis l’âge de 15 ans», a-t-il souligné. «La création, c’est inné chez lui», s’est dépêchée d’ajouter Andrée.
De son côté, dès l’arrivée du beau temps, Andrée troquera les tubes de peinture acrylique pour la douceur de l’aquarelle. Inspirée par les nombreux lacs et rivières qui dessinent le territoire de Saint-Cyprien, elle réalisera des scènes bucoliques aux couleurs de l’endroit.
UN ÉLAN DE NOSTALGIE
Patenteux inventif, curieux qui voit tout, besogneux assidu, mais aussi photographe qui touche à l’écriture et écrivain qui s’intéresse à l’image, essayer de décrire Paul Pelletier devient presque une aventure. Andrée D’Amours, de son côté, revêt plutôt des allures de fée des neiges. Toujours émerveillée par ce qu’elle voit, sa créativité sans limite transforme la moindre bagatelle en véritable trésor.
En regardant les jouets étalés sur la table devant elle, Andrée se souvient des nombreux Noëls : où, toutes petites, sa sœur et elles passaient de longues minutes allongées sur le sol, émerveillées par le scintillement des lumières et les voltiges des guirlandes qui décoraient le sapin familial. «C’était féérique», s’est exclamée celle qui manie le pinceau à la manière d’une baguette magique.
Malgré cet élan de nostalgie, les deux créateurs ne s’avouent jamais tristes à l’idée qu’un de leurs jouets devra éventuellement quitter l’atelier. Ils sont confiants que la locomotive qui s’active, le lapin coquin ou la poulette aux œufs gris sauront rendre heureux bien des petits curieux et serviront à fabriquer de nombreux moments inoubliables.
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