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Le froid prépare ses atours. Comme l’archet qui vient se frotter aux cordes de nos heures les plus sombres. Vient s’étendre auprès du feu de nos sublimes après-midi de torpeur. On ne verra plus passer les heures.

« J’agui l’hiver, maudit hiver! » Ma mère me chantait ça en étirant le jaaaaaaaguit. Ça faisait plus vrai. Bousculés par des horaires de fou, il fallait déblayer les autos avec des petits balais à neige déjà maganés par l’hiver d’avant. Et, comme la charrue était passée durant la nuit, il fallait pelleter aussi. Mon père, avec ses souliers et ses claques par-dessus, n’était pas toujours bien équipé pour faire ça. Ça travaillait l’abnégation. Moi, j’enfilais ma sute et des mitaines de laine tricotée que j’allais sûrement perdre ou bien donner à quelqu’un de mon école. J’entourais mon long foulard deux trois tours puis je sortais dehors avec mes nouvelles bottes Sorel comme celles de Nathalie Martin.

Entrer au cœur du cœur. Refermer la porte sans y laisser entrer la peur. S’acclimater à la noirceur. S’habituer à voir à la chandelle. Consentir à la solitude des tournants de la vie. Et y consentir aussi. Laisser vibrer les cordes plus sombres de nos états intérieurs. Comme le grand lac qui laisse aller ses dernières parcelles de chaleur en rubans blancs et qui embrument les matins de novembre. Comme la neige qui recouvre déjà, d’une chape, tout ce qui dépassait. Et puis refermer les craquelures. Alourdir les arbres qui avaient oublié les dernières feuilles, surprises par un hiver pressé. Forcer le dépouillement. Puis, consentir à l’hiver.

Quand tous les Boxing Days et Vendredis fous de décembre nous assaillent; quand les annonceurs beaucoup trop exaltés nous hurlent de venir économiser. Quand nos cases à cocher se remplissent pour ne rien oublier jusqu’au paroxysme. Et puis faire le sapin. L’entourer des guirlandes du passé. Transgresser les règles de la laïcité. Border le petit Jésus comme quand j’étais petite. Défaire les boîtes de cartons du Big Amazone boxing day. Et se dire qu’on pourrait bien y aller cette année donner de la soupe à ceux qui dorment dans la rue.

Baisser les armes et détendre le visage de nos vies trop pressées… pressées de vivre, de dire, pressées d’avancer; de compter. Accepter d’attendre et déposer ce qui encombre. Ne pas chercher à combler les minutes qui dégouttent et ruissellent jusqu’à nos lèvres. S’engourdir de l’attente et puis, consentir à l’hiver.

Entendre le bruit de nos maisons. Chuchotement du chauffage. Crépitement du foyer. Une soupe qui mijote sur le feu. Des cris étouffés qui passent par les fenêtres fermées. Cris d’enfants excités par leur nouveau terrain de jeu. Le grattement sourd d’une charrue qui passe dans la rue d’en arrière. Fond sonore d’un quotidien qui suit son cours et qui rassure. Et pour peu qu’on les laisse jouer leurs mélodies discordantes, on pourra peu à peu cesser de les entendre. Au mieux, elles s’harmoniseront à nos chants intérieurs.

Ensuite. Laisser les portes closes, les lits défaits et les listes vides. Repousser l’instant d’allumer les lumières pour se laisser couler dans la pénombre. Entrer en soi comme on entre au musée. S’observer et entendre le bruit de son cœur. L’entendre battre comme un ami qui chuchote. Se prendre par la main et se retrouver enfin. Danser au rythme de nos propres pas. Et pour vrai, consentir à l’hiver.

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