Marie Eve Lacas met ses fonctions de cheffe d’antenne chez Radio-Canada Estrie sur pause pour un an. Son projet? Plonger dans la spontanéité afin de ressentir le monde autrement et de redonner à sa communauté.
Le 24 décembre dernier, Marie Eve Lacas signait son dernier bulletin de nouvelles pour un an. Elle était débordante d’énergie, lorsqu’elle s’est livrée en entrevue pour La Tribune, au début janvier. «Je pars prendre un pas de recul pour mieux plonger. Je ne pars pas au bord de l’épuisement, au contraire. Je vais me ressourcer.»
Véritable passionnée de son métier, elle part en quête d’ouverture. «Le journalisme est en métamorphose. Est-ce que ça va me donner de nouvelles idées, de nouvelles perspectives quand je vais recommencer?»
Marie Eve Lacas a observé les effets des temps d’arrêt chez ses consœurs. «Pratiquement toutes les femmes vont prendre un moment de recul pour bâtir leur famille. En revenant, ton quotidien a changé, tu as une nouvelle perspective. Là, c’est mon année. Je n’ai pas pu avoir d’enfant. J’ai de l’endométriose très développée.»
La maladie l’a forcée à passer de longs chapitres de vie en douleurs. «Le temps de recul, je le prends aussi pour redonner à mon corps», dit-elle.
Une place pour la créativité
Marie Eve Lacas possède deux BD reportages à son actif, l’une sur la tragédie de Lac-Mégantic et l’autre sur le prisonnier d’opinion Raif Badawi. Elle caresse le projet d’en produire de nouvelles.
«J’aimerais esquisser de petites histoires. Vulgariser l’information pour faire découvrir des personnages. Je veux me laisser inspirer par les gens. Si on s’intéressait au parcours de chacun, on comprendrait qu’il y a un fil qui nous lie. On serait plus dans l’empathie. Ce sont des rencontres comme celles-là que je veux provoquer.»
Photographe à ses heures, elle possède également un passé en design de mode. Plonger dans son atelier et laisser aller sa créativité sans interruption lui sourit… «Je vais pouvoir prendre le temps de terminer ce que je commence!» La journaliste dit vouloir équilibrer son côté très «affaires publiques» et sa créativité.
«Je suis une travailleuse, une besogneuse. Je ne vais pas me mettre à pelleter des nuages, je veux être utile et que ma voix soit porteuse.» Et donner une place à sa créativité va l’aider dans sa mission, elle en est certaine.
Spontanéité
Spécialiste des listes de tâches, Marie Eve Lacas apprend à délaisser le calepin depuis quelques années, afin de se concentrer sur l’essentiel, mais également pour se permettre davantage de spontanéité. Et cette année, elle souhaite pousser le concept un peu plus loin.
«Le luxe du temps, je ne le connais pas. Est-ce que je peux carburer sans deadline?»
«Mon passeport est prêt. Je veux me rendre à l’aéroport après avoir choisi un continent, pour prévoir un visa. Je vais regarder le tableau et je vais prendre le départ dans l’heure qui suit. J’aime voyager seule. Je lead des troupes, mais seule, ça permet de belles rencontres.»
Du 1er au 24 décembre, elle a déposé dans un pot une idée de projet par jour, pour son année. Elle s’en inspirera au gré des jours.
Entre réapprendre une chorégraphie de danse swing jive ou aller faire du patin à roulettes ou de la photographie, elle souhaite vivre une expédition en canot et faire du bénévolat.
Marie Eve Lacas souhaite également passer un mois en couple à Terre-Neuve, avec ses chiens, en camping, afin d’avoir le temps d’y faire des rencontres.
«Je veux de la connexion en étant déconnectée de mon téléphone. Je veux m’asseoir à ne rien faire devant le fleuve. Être une humaine. Me donner le droit à l’erreur.»
Et la suite?
Un an d’arrêt, «ça va passer en un clin d’œil», reconnaît celle qui cumule 20 ans de journalisme à Radio-Canada et cinq comme cheffe d’antenne.
Toujours aussi passionnée par son métier, elle souhaite reprendre ses fonctions à son retour, le regard élargi par le dépaysement.
Loin de Radio-Canada ne veut pas dire loin du métier pendant un an, si l’on se fie à ses nombreux projets de rencontres.
«J’espère revenir ré-énergisée», dit-elle, avant de repartir faire le plein d’idées, pour mieux revenir.














