Matins de jeunesse est mon premier écrit sous forme poétique. Daté de quelque part vers 1960. Alors que j’étais étudiant chez les pères dominicains. Dans les premières années où j’ai dû quitter ma famille pour huit ans. Vous comprendrez que j’ai eu un peu le temps de m’ennuyer.
Là-bas, au-delà des rouleaux de brume
Qui encombrent les vallées
Les appels d’une cloche
Au timbre champêtre
Au rythme capricieux
Je courais d’un pas agile
Guidé par l’aube aux paupières endormie
Tous les cailloux du chemin me connaissaient
J’aimais leur fidélité
À m’attendre chaque matin
Au détour des sentiers sinueux
J’étais seul
Seul dans les champs
Seul dans les bois
Seul avec personne d’autre
Que les oiseaux qui s’empressaient
De remplacer les étoiles
Que les écureuils qui s’empressaient
De remplacer les étoiles
Que les écureuils qui m’accompagnaient
En galopant sur les pieux
Soudain, l’appel d’une cloche
Au timbre champêtre
Au rythme capricieux
Je m’enfonçais sous les saules feuillus
La cloche entamait une cadence nouvelle
La cadence du pas lourd des bêtes
Où sont-ils
Les matins merveilleux de ma jeunesse
Les matins où je courais,
Le visage dans le vent
Ferait-il donc si vieux dans mon âme
Que je les aie oubliés.












