Le Val-Ouest est heureux de vous proposer des nouvelles littéraires composées par des élèves de 4e secondaire de l’Odyssée, à Valcourt. Aujourd’hui, nous publions le texte de Mateo Tessier : Monomanie.
Chaque texte fictionnel est inspiré du vécu d’un auteur québécois.
Ce projet vise à amener les élèves à explorer différentes voix narratives, à expérimenter divers procédés d’écriture et à réfléchir au lien entre expérience vécue et création littéraire.
Les nouvelles littéraires de l’ensemble des élèves seront éventuellement transformées en balados, afin de leur donner une seconde vie et de rejoindre un public plus large.
Ce texte de Mateo Tessier est inspiré de l’auteur Patrick Senécal.
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Arthur Tessier, quarante-huit ans, professeur de littérature frustré, soupirait devant son roman. Il avait réussi l’étape de l’enseignement, mais l’objectif ultime était d’écrire le livre qui lui échappait.
Souvent dans sa vie, il avait tenté d’écrire de l’horreur puissante et de publier un texte, mais, sans histoire concluante. Les maisons d’édition se sont moquées de lui en disant qu’il n’était tout simplement pas assez violent pour le public d’aujourd’hui. Son œuvre, Le sang de loup, était fade. Il lui manquait l’âme noire que seul Patrick Senécal possédait. Arthur n’était qu’une copie obsessionnelle de lui. Son bureau de travail était rempli des couvertures de : 5150 rue des Ormes, Le passager et de plusieurs autres romans du roi de l’horreur.
« Je ne suis pas assez violent », murmura-t- il, en regardant le portrait de l’auteur. Il lui fallait l’expérience et la sensation de la cruauté. La seule issue logique pour le professeur, qui ne vivait que par des livres, lui frappa l’esprit. Pour que le livre soit bon, il fallait que la violence soit réelle. Il devait écrire non pas ce qu’il imaginait, mais ce qu’il avait accompli.
La semaine suivante, le roman prit vie. Les descriptions des membres déchiquetés, de la peur dans les yeux de ses victimes, n’étaient plus des exercices d’écriture. Il sentait désormais le sang des morts sur son clavier et le goût métallique de la terreur au fond de sa gorge.
Le premier chapitre était désormais un chef-d’œuvre de noirceur. C’était vrai, c’était cruel, c’était Arthur. Il relit sa dernière phrase avec un sourire noir qui démontrait le monstre que le professeur était devenu. L’œuvre était finie, mais devait-il la publier ? Non, le roman était trop vrai pour être officiel. Il se dirigea vers son sous-sol… Le professeur comprit que son obsession n’avait jamais été d’écrire comme Senécal. Son objectif ultime, sa monomanie, était d’être le personnage, le texte lui-même.
Pour Arthur, son objectif était clair, Arthur Tessier voulait que Senécal écrive le roman de sa vie, l’histoire du professeur qui avait si violemment voulu être lu. Il resta devant son bureau pour installer une caméra.
Dans l’angle parfait, il posa la caméra prête, il plaça l’exemplaire taché de son roman Le sang de loup à côté d’un couteau de cuisine. En activant la caméra, il leva le couteau prêt à s’ouvrir la gorge devant l’objectif.
Ce moment, capté par la caméra, serait la vraie conclusion, la scène d’ouverture du prochain roman de Senécal : l’auteur qui découvrirait l’histoire d’un professeur prêt à tout pour être lu.
Arthur avait atteint son objectif.
Mateo Tessier














