Questions et mythes à propos du transport collectif en région*
1. Pourquoi développer du transport collectif en région alors que presque tous les ménages ont une voiture?
C’est une question de justice sociale que toute la population, les aîné-es, les jeunes et les moins bien nanti-es bénéficient d’un moyen de transport pour leur emploi, leurs soins médicaux, leurs études, leurs courses, leurs loisirs, etc. Selon l’Institut de la statistique du Québec, le seuil de pauvreté de la MRC est de 7.5%, il faut penser à ces gens qui ne peuvent se déplacer à grands frais.
Pour les ménages qui ont déjà une voiture, ils pourraient sauver la dépense importante d’un deuxième et même troisième véhicule. La voiture d’occasion la plus vendue au Québec, soit la Honda Civic disons un modèle 2020 coûte 4114$/année selon CAA. Un coût de 4 100$/année représenterait environ 10% du revenu disponible moyen par habitant de la MRC de Brome-Missisquoi (41 129$ selon l’Institut de la statistique du Québec).
C’est aussi une façon importante de diminuer nos GES dans la région, alors que le transport représente 40% de nos émissions.
2. À cause de la faible densité de population, c’est irréaliste de développer du transport collectif en région.
Pourtant, le modèle existe dans certaines régions, comme l’Inter des Laurentides, qui combine des taxis collectifs à un réseau d’autobus structurant. Dans cette région, on est passé de 10 000 à 150 000 déplacements par an en vingt ans. Ce système fonctionne aussi en Gaspésie et se développe dans la région de Drummondville.
Dans notre région, un réseau d’autobus public qui relie Granby, Bromont et Cowansville vient d’être créé à l’été 2025. Il reste à le compléter avec une offre de taxis collectifs pour relier les plus petites municipalités au réseau principal.
3. Mais les autobus risquent d’être presque vides!
Il faut prendre le temps de faire connaître le service alors que ça fait des décennies que tout repose sur l’auto solo. Plus les gens l’utiliseront, plus ce système sera efficace, comme le démontre l’historique de l’Inter des Laurentides. Dans ce cas-ci, c’est l’offre qui va susciter la demande. Aussi, les taxis collectifs vont fonctionner à la demande et non selon un horaire fixe.
Finalement, qui s’indigne que plusieurs de nos petites routes entretenues à grands frais pour l’auto solo soient désertes les ¾ du temps?
4. Ce ne sera pas rentable!
Actuellement, l’utilisation de l’auto solo est largement subventionnée à même nos impôts que payent même ceux qui n’ont pas de voiture. Les taxes sur l’essence, les taxes foncières, les frais d’immatriculation ne suffisent pas à payer la construction des routes, leur entretien, les compensations pour la pollution engendrée. Le ministère du transport dépense 70% de son budget pour le transport routier, contre 30% pour le transport collectif, incluant les autobus. (Ces proportions sont directement inversées en Ontario!) Dans la grande région de Québec, une étude a démontré qu’un déplacement d’un kilomètre en auto solo coûte 5$ à l’État et 1$ en transport collectif.
Donc, le transport collectif n’est pas rentable et l’auto solo non plus, loin de là! Il faut le voir comme un service essentiel au développement d’une communauté. De nombreux groupes environnementaux réclament donc une importante augmentation du financement du transport collectif.
5. Le transport interurbain doit rester au privé
Il est reconnu par tous les organismes experts en transport collectif ( Transit, Trajectoire Québec, IRIS) que le modèle de transport collectif interurbain privé n’est plus viable. La recherche de la rentabilité ne mène qu’à des trajets déficitaires, à une diminution du service et à des tarifs prohibitifs. Une offre étendue et abordable de transport collectif en région doit être maintenant envisagée comme un service public essentiel avec un financement adéquat.
6. Ça va coûter trop cher aux petites municipalités
En effet, à court terme, comme le transport collectif est très peu subventionné par l’État, les taxes foncières ne suffiront pas. C’est pourquoi, à court et moyen terme, il faut accepter d’instaurer la taxe sur l’immatriculation pour le transport collectif dans notre région, comme d’autres MRC l’ont fait. Dans l’hypothèse d’une redevance de 30$ par immatriculation de véhicule de promenade, ça rapporterait au moins 1,5 million $ à notre MRC puisqu’il y a environ 50,000 véhicules de cette catégorie dans Brome-Missisquoi.
Il faut rappeler aussi que des études ont démontré que 1$ investi en transport collectif rapporte 3$ à l’économie d’une communauté. On a qu’à penser à l’amélioration de la mobilité de la main-d’œuvre pour les petites municipalités qui peinent à combler des postes dans leurs petites entreprises et dans certains services publics. Elles pourraient recruter plus facilement dans les villes voisines plus importantes.
7. Une autre taxe, tout coûte déjà si cher!
En effet, le coût de la vie a beaucoup augmenté ces dernières années. On évalue à
10 000$ par an les dépenses associées à la possession d’une voiture. Une redevance de 30 à 50$ par immatriculation serait donc une portion minime de ces frais. Ce n’est pas ça qui va compromettre la capacité de se payer une auto. Par contre, contribuer à hauteur de 30$ pour développer un réseau de transport collectif, ça permettrait à bien des ménages d’économiser les frais énormes d’un deuxième véhicule!
8. Pourquoi ce serait aux automobilistes à payer pour le transport collectif?
Comme déjà discutés, actuellement, les contribuables sans voiture payent plus avec leurs impôts et leurs taxes foncières pour l’auto solo que pour le transport collectif. C’est une façon de rééquilibrer en partie le financement des modes de transport en demandant aux automobilistes de compenser cette iniquité. Aussi, cette redevance vient compenser très partiellement les coûts cachés de l’auto solo: trafic, pollution, GES, occupation de l’espace.
*L’organisme Mobilité durable Brome-Missisquoi est l’auteur de ce texte. Il a également été publié par le conseil régional de l’Estrie.













