Je vais vous faire rire un peu! Mon grand-père cultivait beaucoup de patates. Sa terre était très sablonneuse, donc il n’y avait pas de roches dans la terre et la machine à arracher les patates jetait derrière elle un beau rang de patates bien nettes. Cette terre avait besoin de beaucoup d’engrais chimique pour que la production soit rentable. C’était le contraire de la nôtre, du 4e rang, qui poussait beaucoup mieux, mais dont il fallait séparer les roches. Pendant la « période des patates », très tôt le matin, mon père et moi, nous attelions le cheval pour descendre chez mon grand-père pour ramasser les patates. Je n’allais pas à l’école cette journée-là, ou plutôt cette semaine-là, et je retrouvais plusieurs hommes et femmes de ma famille. Pour ramasser des patates. Nous allions diner et, dans le temps, la série mondiale de baseball se jouait à midi, pendant la récolte des patates. Croyez-le ou non, nous écoutions toute la partie de baseball, à la radio. C’était une passion. Je me souviens que, pendant la partie, ma grand-mère nous faisait des « beurrées» de beurre de «peanuts» et de caramel. Les meilleures «beurrées» de ma vie.
Car le baseball était une passion. Toutes les paroisses avaient leur équipe : Cabano, Trois-Pistoles, Biencourt, Squatec, etc. Notre paroisse, Saint-Éloi, avait aussi son équipe. Avec son terrain de balle, ses estrades. Notre équipe jouait tous les dimanches après-midi. Elle pratiquait plusieurs soirs par semaine. Une équipe très compétitive. Avec une assistance très nombreuse, et enthousiaste.
Je me souviens que nous commencions à nous pratiquer à lancer la balle très tôt le printemps, aussitôt que la neige nous laissait des plaques de terre. Je me souviens que les hommes de mon rang jouaient dans un champ de vache avec une balle de crosse. Quand nous allions à la chasse entre frères et neveux, nous apportions notre équipement de balle et dénichions toujours un terrain quelconque pour nous en servir quelque part. Souvent dans un camp de bucherons abandonné.
Nous n’étions vraiment pas riches, mais croyez-moi quand même. Nous n’avions pas de gants, pas de balle. Nous avions autour de dix ans. Mon frère et moi, nous nous sommes cousu des gants en cuir de vache avec de la babiche et nous allions chercher de belles patates rondes dans la cave pour nous pratiquer à lancer et à attraper la balle. Quand je lançais mal ou que mon frère ne l’attrapait pas, la patate frappait le fournil et se brisait. Nous appelions les poules qui nettoyaient la place. Nous avions toujours du choix dans la cave pour les patates. Et des poules.
Un événement important : la visite d’un cousin américain qui était venu lancer dans mon village un dimanche après-midi. Mon oncle Roger. Après la messe, près de l’église, il est venu nous donner une démonstration de lancers. Je l’ai observé religieusement et j’ai eu la surprise de ma vie :
- Sa balle allait très vite;
- Elle arrivait en plein dans la mitaine du receveur avec un bruit sec;
- Elle faisait des croches avant d’arriver dans la mitaine.
Pendant une dizaine d’années, j’ai abandonné les patates et les poules et j’ai essayé d’apprendre la recette de mon lointain cousin Roger. J’ai réussi. Puisqu’à 19 ans, je lançais au baseball avec succès pour mon village de Saint-Éloi.
Mais je suis entré chez les Pères dominicains à 20 ans et, par la suite, je me suis contenté de jouer au «softball», à la balle molle, et à la « fast-ball », puis à la balle donnée. Pour l’équipe de Racine, jusqu’à cinquante-cinq ans.
Gaston Michaud
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