photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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Le pickleball, aussi appelé «tennis léger» en français, suscite un engouement sans précédent au Québec depuis quelques années. Des municipalités un peu partout investissent d’importantes sommes pour implanter des espaces de jeux pour leurs citoyennes et citoyens. Qu’est-ce qui explique cette popularité pour un sport qui, il n’y a pas si longtemps, était encore peu connu dans la province?

Plus de 1,1M$ investis dans le Val

Dans le Val-Saint-François, en Estrie, les municipalités ont commencé à aménager des terrains pour répondre aux demandes grandissantes de la part de leurs citoyennes et citoyens. Sur les 18 municipalités que compte la région, 9 ont répondu au Val-Ouest* qu’elles possédaient des installations dédiées au pickleball sur leur territoire. Des investissements totaux de plus de 1,1 M$ réalisés au cours des deux dernières années.

tableau investissements pickleball Val 2026
Tableau présentant les investissements municipaux dans le Val-Saint-François.  (source : Le Val-Ouest)

«Il y a beaucoup de popularité pour ce sport»

Saint-Denis-de-Brompton fait partie de ces municipalités. Elle a inauguré en grandes pompes ses nouvelles installations au début juillet au coût de 900 000 $.

Terrains de tennis et de pickleball à Saint-Denis-de-Brompton.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Nos installations de pickleball répondent à un besoin de nos citoyennes et citoyens. Il y a beaucoup de popularité pour ce sport!», s’est exclamé le maire, Daniel Veilleux, en marge de l’ouverture officielle.

De fait, lors de la visite du Val-Ouest sur les lieux, tous les terrains étaient occupés et des joueurs attendaient patiemment de disputer à leur tour une partie.

Inauguration terrains de pickleball à Saint-Denis-de-Brompton - juillet 2026
Inauguration des terrains de pickleball à Saint-Denis-de-Brompton le 8 juillet dernier.  (photo : Municipalité de Saint-Denis-de-Brompton)

Le coût d’un terrain peut varier entre 25 000 $ et 60 000 $ selon les matériaux, la main-d’œuvre et les options choisies. Aussi, la majorité des municipalités décident de plutôt transformer une patinoire extérieure en espace pour jouer.

Une solution économique et intéressante, mais avec des bémols, fait savoir Nadine Boutin directrice générale de la Fédération québécoise de pickleball. «C’est une surface très dure, qui a un impact sur les genoux. Le rebond de la balle n’est pas nécessairement le meilleur. Mais ça n’empêche pas qu’on peut s’amuser quand même sur une patinoire transformée.»

Nadine Boutin - DG Pickleball Québec
Nadine Boutin, directrice générale de la Fédération québécoise de pickleball.  (photo : Pickleball Québec)

D’autres municipalités choisissent, elles, de reconvertir des terrains de tennis. Ce qui permet, là encore, d’utiliser une partie des infrastructures existantes.

Le secteur privé s’intéresse aussi à cette ferveur. Comme le Camping Melbourne qui a inauguré un terrain début juillet. Ou encore Tandem Pickleball, qui a ouvert à Sherbrooke, à l’automne 2025, des installations de 25 000 pieds carrés comprenant 10 terrains intérieurs.

Terrain de pickleball aménagé au début juillet au Camping Melbourne, en Estrie.  (photo : Camping Melbourne)

37 % d’augmentation en un an

Cet intérêt dépasse largement les frontières du Val-Saint-François, indique Nadine Boutin.

«Il y a de l’intérêt partout au Québec. De l’Estrie à la Côte-Nord, en passant par la Gaspésie et les Laurentides. C’est vraiment une folie.»

Certains comparent d’ailleurs le développement actuel du pickleball à celui du tennis dans les années 1970 et 1980. Lié à la démocratisation du sport et à l’émergence de nombreuses infrastructures.

Selon Pickleball Canada, on serait passé 315 000 à 432 000 joueurs au Québec entre 2025 et 2026, soit une augmentation de 37 %. La Fédération québécoise compte elle-même 20 000 membres, et ce chiffre est en constante augmentation. «Cette effervescence est vraiment incroyable», exprime la directrice générale.

joueurs de pickleball à Saint-Denis-de-Brompton en Estrie, juillet 2026
Partie de pickleball.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Le pickleball sous la loupe

Christophe Maïano est professeur du département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Campus de Saint-Jérôme. L’un de ses domaines de spécialisation est l’activité physique. Il coordonne actuellement une étude sur le pickleball avec des collègues de l’UQO, de l’UQAM et de l’Université Concordia.

Leur objectif : tracer un portrait plus clair de la passion des Québécoises et Québécois pour ce sport afin de mieux la comprendre. Les personnes qui pratiquent le pickleball peuvent répondre à un questionnaire en ligne sur le sujet. On vise recruter 700 personnes pour participer à cette étude, d’ici la fin août.

«La passion, c’est quelque chose qui favorise l’engagement d’une personne dans une activité sportive et qui peut expliquer son maintien. Une personne passionnée aime son sport et y consacre beaucoup de temps. Elle va jusqu’à s’identifier à celui-ci et il fait alors partie de son identité. À titre d’exemple, une personne ne va pas dire qu’elle «fait du vélo», mais plutôt qu’elle est une «cycliste»», explique-t-il.

«On va regarder dans quelle mesure cette passion permet à la personne de continuer à pratiquer le pickleball dans le temps ou si, au contraire, il y a certains éléments qui vont faire que la personne va arrêter», ajoute le chercheur.

Christophe Maïano - Université du Québec en Outaouais
Christophe Maïano, professeur du département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais, Campus de Saint-Jérôme.  (photo : Olivier Charbonneau – Karma photo / Université du Québec en Outaouais)

Jusqu’à maintenant, peu de recherches universitaires se sont intéressées à ce sport. «Les connaissances sont assez récentes», pointe-t-il.

Le chercheur avoue s’adonner lui-même au pickleball pendant son temps libre.

«Je rencontre des gens qui avaient arrêté de pratiquer une activité physique ou qui n’en faisaient plus. Puis qui se sont mis à en refaire grâce au pickleball.»

joueurs de pickleball - St-Denis-de-Brompton - juillet 2026
Une partie qui se termine dans la bonne humeur.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Pourquoi est-ce si populaire?

Le nombre grandissant de personnes qui pratiquent ce sport s’explique, selon le chercheur, par une combinaison de facteurs.

«C’est un sport facilement accessible, avec une courbe d’apprentissage rapide. La balle est plus lente, le terrain est plus petit et les déplacements sont moins exigeants. Le service est aussi moins compliqué que dans d’autres sports de raquettes, comme le tennis. Après quelques minutes de pratique, on arrive à soutenir des échanges et à jouer avec d’autres personnes. C’est un élément important qui permet aux gens d’avoir un sentiment de réussite et de compétence plus rapidement. Ce qui favorise l’adhésion et la rétention.»

Nadine Boutin est de cet avis.

«J’aime dire que ça prend à peu près 20 minutes pour apprendre à jouer au pickleball. Après 20 minutes, tu as du plaisir, c’est sûr. C’est un loisir qui est hyperfacile à apprendre et on peut s’amuser toute la vie. Ça peut rester un loisir ou devenir un sport compétitif et ultra rapide. Et là, attache ta tuque parce que la balle revient vite!»

employés et membres du CA de Pickleball Québec
Employés et membres du conseil d’administration de Pickleball Québec.  (photo : Pickleball Québec)

Christophe Maïano expose également qu’il s’agit d’une activité intergénérationnelle et sociale qui permet aux gens de différents âges de jouer ensemble. «Les joueurs changent de partenaires et d’adversaires et rencontrent ainsi de nouvelles personnes.»

La moyenne d’âge des joueurs est d’ailleurs moins élevée qu’auparavant.

«Auparavant, on associait ce sport aux personnes retraitées. Ce n’est plus le cas. Il y a une tranche d’âge de 18 à 44 ans qui pratique maintenant davantage cette activité», dit-il.

jeunes joueurs de pickleball
Jeunes joueurs de pickleball.  (photo : Pickleball Québec)

Un sport «tendance» qui existe depuis… 60 ans

Bien que le pickleball fasse partie des tendances du moment, il n’en est pas à ses débuts. Au contraire. Il a fait son apparition en 1965 dans l’État de Washington, aux États-Unis.

Les créateurs, Joel Pritchard, Barney McCallum et Bill Bell, ont improvisé la création de leur nouveau sport avec les moyens du bord. Ils ont utilisé des raquettes de ping-pong en bois, un vieux filet de badminton et une balle en plastique perforée. Joan Pritchard, l’épouse de l’un des co-inventeurs, a trouvé que ce sport était un mélange hétéroclite d’éléments empruntés à gauche et à droite. Cela lui a fait penser au «pickle boat» en aviron, formé par des rameurs qui n’ont pas été sélectionnés par les équipes principales. C’est ce clin d’œil qui aurait inspiré le terme «pickleball». Contrairement à une légende, encore persistante sur le web, qui l’associe à tort au nom d’un chien.

On doit l’arrivée du pickleball au Québec à Marcel Lemieux (décédé en 2021) et à sa conjointe, Louise Barrette. Marcel Lemieux s’est impliqué dans l’organisation de programmes en Colombie-Britannique et en Ontario. Avant de faire connaître ce sport dans sa province natale vers 2008. Il a créé la Fédération québécoise de pickleball en juin 2011 où il est demeuré à la barre jusqu’en 2020.

Marcel Lemieux et Louise Barrette de passage à Baie-Comeau en 2018 - en compagnie de Yves Cyr, responsable local de pickleball
Marcel Lemieux et son épouse Louise Barrette ont fait connaître le pickleball au Québec. On les voit ici en compagnie de Yves Cyr, un responsable local, lors d’une visite à Baie-Comeau en 2018.  (photo : Le Manic)

D’autres champs d’exploration

Les résultats de l’étude de Christophe Maïano et de son équipe devraient être connus en 2027. Le chercheur pense toutefois déjà à ses futures pistes de recherche.

«On voudrait comprendre la pratique. Combien de fois les gens jouent-ils au pickleball? Dans quel contexte? Ça nous permettrait d’avoir davantage de connaissances sur la pratique et les pratiquants de ce sport. Ou encore les bénéfices pour la santé physique et mentale. Ce sont des champs d’investigation très intéressants à explorer.»

Alors que le pickleball commence à compter de plus en plus d’adeptes en Amérique du Nord, un autre sport pourrait possiblement susciter lui aussi de l’engouement, selon lui. Le padel, un mélange de squash et de tennis, qui est principalement populaire en Europe et en Amérique du Sud, bien qu’il existe des centres à Montréal. Il comptait 17 millions de joueurs dans le monde en 2017 et plus de 30 millions en 2025. Et le nombre pourrait atteindre entre 50 et 60 millions d’ici 2030.

Campo de Padel no Centro Desportivo da Madeira
Après le pickleball, le padel sera-t-il le prochain sport prisé par les adeptes de la raquette?  (photo : Wikipedia)

Les adeptes de sports de raquette ne devraient donc pas arrêter de sitôt d’imposer leur rythme à une balle.

 

* Il est à noter que cinq municipalités sur les dix-huit que compte le Val-Saint-François n’ont pas répondu à la demande du Val-Ouest.

 

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Saint-Denis-de-Brompton : nouveaux terrains de pickleball et cure de jouvence du parc Desjardins (juillet 2026)

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