Quand nous étions petits, nous n’avons gardé que très peu d’histoires attachantes de nos animaux, petits et grands. Je me souviens très bien du vieux chien sourd de mon grand-père, Michaud. Son chien Miraud avait une peur panique du tonnerre et allait se blottir sous les lits quand le tonnerre grondait. Je me demande si le grand-père n’avait pas aussi peur que lui. Pour nous, seuls les chevaux manifestaient une quelconque personnalité. Une personnalité digne qu’on lui attribue un nom. Un nom qui rappelait souvent sa provenance ‘familiale’. Nous avions assez de frères et de sœurs, d’oncles et de tantes, pour nous fournir des références.
Mais, sur le tard, sans que je n’y sois pour quoi que ce soit, ni la parenté, ni les événements, je me suis vraiment attaché qu’à deux animaux, un chien et un chat.
J’ai travaillé pendant plusieurs années à l’organisation d’un camp de vacances pour les enfants d’abord, puis pour les familles démunies de mon quartier à Montréal. De vieux réflexes de mes vacances comme moniteur dans un camp de vacances pendant que j’étais étudiant chez les pères dominicains. C’est d’ailleurs comme fondateur et responsable de ce camp de vacances que j’ai fini par aboutir à Racine.
Parlons d’abord du chien : Pernod. Des moniteurs de ce camp racinois étaient venus travailler en compagnie de leur chien. Ils l’ont abandonné en retournant chez eux. Comme j’étais responsable du camp, je suis par le fait même devenu responsable aussi du chien. Pendant quelques années. Un chien magnifique qui s’était vu rassembler beaucoup de responsabilités. Surveillance des enfants pour les entrées et sorties des pièces, surveillances des baignades, surveillance des poules, du jardin. Responsable des consignes diverses que je lui attribuais avec les campeurs et respect des règlements. Responsables des lieux à fréquenter ou à ne pas fréquenter, etc. Je devais laisser le camp souvent et, de jour comme de nuit, il m’attendait de loin devant la porte, comme un bon gardien. Sans japper, pour ne pas réveiller les campeurs. Je l’aimais, tout le monde aimait cette responsabilité. Accompagnée d’un jappement sans réplique. Car notre camp était d’abord une ferme et une grange avec quelques animaux et quelques cultures actives.
Et ensuite, notre chat Éloi. Éloi parce que je l’avais remonté de Saint-Éloi, mon village natal. Éloi, un beau gros matou bien vigoureux, bien griffé pour nous débarrasser de la vermine, des mulots et des rats qui envahissaient certaines parties moins bien protégées du camp. Le premier contact de Pernod et d’Éloi fut très orageux. Beaucoup de bruit et de poil. Je ne connaissais pas beaucoup Éloi mais bien mieux Pernod. Pour calmer le jeu, je suis intervenu et de la voix et du geste avec Pernod. Avec succès.
Le lendemain matin, nous nous réveillons sous une bonne bordée de neige. Enterré sous la neige. Éloi était endormi paisiblement entre les pattes de Pernod. Par la suite, ce sera souvent le lit préféré d’Éloi. Un compagnonnage surprenant. Et qui deviendra habituel. Nous nous y sommes habitués.
Après plusieurs années de cette responsabilité, j’ai dû moi-même laisser le camp. Et abandonner Pernod et Éloi par la même occasion. Au cours d’une des années qui ont suivi, je me suis retrouvé par hasard dans les parages du camp, stationné à environ un kilomètre de distance, dans une cabane à sucre. Quand je viens pour quitter l’endroit, je retrouve mon chien, par surprise, bien couché au sol en avant de mon camion. J’ouvre la porte et le chien bondit à l’intérieur. Auparavant, il n’avait jamais voulu monter dans ma voiture. Le message du chien était fort et je l’ai accepté. J’ai accepté de l’amener chez moi. Puis il est venu avec moi au travail. Par la suite, il gardait ma maison pendant que j’allais au travail et gardait mon lieu de travail pendant la nuit. Un chien de garde parfait.
Ces deux exemples de fidélités animales sont pour moi un souvenir très profond. Pernod et Éloi : je suis incapable de les oublier.
Mon étincelle : Créer une coopérative, c’est donner une structure légale à l’entraide.
Gaston Michaud.












