Le Val-Ouest est heureux de vous proposer des nouvelles littéraires composées par des élèves de 4e secondaire de l’Odyssée, à Valcourt. Aujourd’hui, nous publions Une question de perception par Emery Dagenais.
Chaque texte fictionnel est inspiré du vécu d’un auteur québécois.
Ce projet vise à amener les élèves à explorer différentes voix narratives, à expérimenter divers procédés d’écriture et à réfléchir au lien entre expérience vécue et création littéraire.
Les nouvelles littéraires de l’ensemble des élèves seront éventuellement transformées en balados, afin de leur donner une seconde vie et de rejoindre un public plus large.
Ce texte d’Emery Dagenais est inspiré de l’auteur Boucar Diouf.
***
Pour certains, avoir vécu l’aventure qui suit pourrait être désagréable, mais pas pour Boucar. Au contraire, ce souvenir était l’une des sources de son amour pour la nature, la preuve qu’elle pouvait être à la fois terrifiante et magnifique en même temps.
Cette journée-là, ils allaient mettre en pratique des théories récemment vues en cours. Pour Boucar, c’était l’une des premières fois. Il allait, en compagnie de quelques camarades, faire une évaluation de la présence d’espèces envahissantes dans le fleuve Saint-Laurent.
En cette matinée automnale, le vent était glacial et agressif. De plus, les vagues s’échouant sur la berge frappaient violemment le bateau pneumatique prêt à partir. Cette météo désagréable incommodait Boucar, mais il avait tout de même hâte de partir.
Une fois sur l’eau, la cohorte se dirigea vers le milieu du fleuve. Lorsqu’ils furent arrivés à une distance satisfaisante des rives, ils commencèrent à installer l’équipement d’échantillonnage.
Toutefois, les rafales de vent chargées d’humidité se firent de plus en plus fortes, au même titre que les vagues qui déferlaient plus brutalement sur la coque gonflée.
Boucar trouvait cela très pénible et il était loin d’être le seul. Tout le monde s’accrochait au bord du Zodiac en restant accroupi et se protégeait le visage de leur capuchon ou de leurs mains. Le responsable du groupe abandonna alors le projet et suggéra de faire demi-tour en criant presque pour se faire entendre.
Soudain, une vague plus puissante que les autres heurta de plein fouet l’embarcation vulnérable à la colère des éléments, faisant perdre l’équilibre à tout le monde. La plupart tombèrent sur la planche de contreplaqué au fond de la barque, mais Boucar fut davantage malchanceux.
En effet, il bascula sur la rambarde et plongea dans l’eau glaciale. Paniqué, il tenta de se raccrocher au bord du bateau pneumatique, mais ses mains mouillées glissaient. Ses coéquipiers tentèrent de le rattraper, en vain.
Boucar fut à maintes reprises submergé par les flots déchaînés du fleuve. Il toussait, se débattait, grelottait… Voir que ses partenaires avaient de la difficulté à contrer les vagues pour venir le chercher le terrorisait encore plus. Il se voyait mal survivre à cela. Bientôt, il se noierait, vidé de ses forces par le froid et la fatigue.
Interrompant ses pensées macabres, une violente vague l’engloutit plus profondément que précédemment. Un peu sonné, il ouvrit ses paupières afin de mieux se repérer dans l’eau. Un mouvement sous lui attira cependant son attention. Il fallut quelques secondes à Boucar pour comprendre ce qu’il voyait, car il n’en croyait pas ses yeux. À quelques dizaines de mètres de ses pieds nageait lentement un rorqual bleu avec son petit dans la paix réconfortante des profondeurs sous-marines. Cette vue changea sa perception de la situation, lui faisant oublier le froid, la peur et la fatigue. Ressourcé d’une nouvelle énergie, il nagea avec vigueur vers la surface.
Après avoir émergé de l’eau, une bouée lui fut lancée et il l’attrapa. Boucar fut ensuite ramené dans la barque. Malgré tout ce qui lui était arrivé, il trouvait encore la force de sourire. Lui qui n’était même pas encore habitué au froid du Québec.
Emery Dagenais
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