Le Val-Ouest

Chronique de Michel Carbonneau – Octobre 2020

Moulin Express 2020
Ce texte est d’abord paru dans la plus récente édition du Moulin Express de Lawrenceville

Au fil de mes automnes

Enfant

Enfant, je préférais l’été. Parce que c’était les vacances. Parce que nous quittions la ville sitôt la Saint-Jean Baptiste passée et que j’allais retrouver mes cousins cousines à la campagne, au bord du lac. Je voyais à peine passer l’été tellement j’étais occupé à jouer, explorer, découvrir, entrainé par les plus vieux. Nous étions plus d’une quinzaine dispersés entre l’enfance et l’adolescence. C’était l’endroit de tous les plaisirs, de toutes les initiations, de tous les défis, des plus stimulants aux plus frustrants.

Puis, venait le mois d’août. Les nuits se faisaient plus hâtives et plus fraiches. Pour ses vacances, mon père se réservait les trois dernières semaines d’août. Le message de sa venue était double. Bien sûr, l’été tirait à sa fin, mais j’allais pouvoir profiter de sa présence, affectueuse et apaisante.

Faire une attisée était l’une de ses activités préférées. Tôt le matin, à peine réveillé, je l’entendais ouvrir les ronds du poêle et partir le feu. Nous aurions droit aux « toasts repassées » pour déjeuner. Je crois que c’est à cause de son arrivée tardive dans les étés de mon enfance que j’ai apprivoisé l’automne. Je faisais mal la distinction entre le passage des saisons autrement que pour associer le déclin de l’été au bonheur d’un père retrouvé aux portes de l’automne.

Adolescent

Si le contact avec les cousins cousines continuait de me nourrir, adolescent je prenais de plus en plus plaisir à observer les reflets changeants du soleil sur l’eau passant de l’éclat aveuglant d’une myriade de miroirs éclatés aux scintillements doux de la brunante. Je me laissais envahir par les innombrables parfums émanant de la berge et de ses marécages, par la diversité des arômes de la forêt, l’odeur des feuilles fraîchement tombées, la senteur de foin séché dont celle du foin d’odeur qu’affectionnait particulièrement ma mère. Et pensif, je pouvais passer des heures à me laisser chauffer par le soleil, étendu au haut d’un monticule ou accroupi sur un cap de roc dont le pied plongeait au creux du lac. Je contemplais la dérive des gros nuages blancs qui semblaient flotter sur l’onde bleue particulièrement foncée des ciels d’automne.

Adulte

Le sort en était jeté. Adulte, ma saison préférée allait être l’automne. Un peu beaucoup pour les raisons qui me l’avaient tant fait apprécier à l’adolescence, mais aussi parce qu’elle impose un nouveau rapport au monde extérieur. C’est le moment de ranger les vêtements d’été et de dépoussiérer les tenues d’hiver, de mettre à l’abri table et chaises de jardin, de vidanger les conduites d’eau extérieures, de protéger les plantes fragiles, de ramasser les feuilles, de sortir pelles et grattes à neige, de rentrer le bois de chauffage, de ramoner la cheminée, d’installer les pneus à neige bref, de se préparer à tenir le fort pour les longs mois d’hiver.

Je me souviens de l’époque où les vitres thermos n’existaient pas encore. Chaque automne il nous fallait installer les châssis doubles. Lourde corvée à laquelle je m’adonnais volontiers parce qu’elle était porteuse d’intériorisation. Nous allions, au propre et au figuré, nous enfermer, nous encabaner. La maison allait devenir un nid douillet, chaud et silencieux, propice à la réflexion et au repli sur soi. L’automne initiait ce processus en douceur. Il y aurait encore de belles journées pour profiter de la nature et s’emplir les yeux et les poumons de souvenirs qui allaient nous habiter tout au long de l’hiver et nous permettre de garder le moral jusqu’au printemps.

 Adulte avancé en âge

Mais voilà que l’automne a perdu de sa séduction. Avancé en âge, si je suis encore ébloui par ses atours, ses coloris, ses étés indiens, son invitation aux voyages intérieurs, je l’associe de plus en plus à la saison qui va suivre. Sans qu’elle soit ma saison préférée, j’ai toujours aimé l’hiver. Pour ses décors à couper le souffle, la blancheur et la frivolité de sa poudreuse, le paradoxe de ses chauds couchers de soleil, l’énergie de ses tempêtes, la beauté sculpturale de ses bancs de neige, le crissement de mes pas sur la neige, la sensation de m’y fondre et d’en jouir dans la pratique de divers sports sans parler du pelletage de la neige.

Avec le passage des années, je comprends mieux les raisons qui motivent les snowbirds à fuir l’hiver. Je n’ai jamais voulu le faire parce que j’aimais trop me mesurer à lui et goûter le plaisir de la victoire sur les éléments. Je n’ai toutefois plus le sentiment de me battre à armes égales. Aussi, je me réjouis plus difficilement de la venue de l’automne parce que l’hiver n’est jamais bien loin. À l’automne de ma vie, je commence à lui préférer le printemps. Curieux paradoxe! Y chercherais-je une fontaine de jouvence?

Michel Carbonneau

2020-09-23

 

 

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