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L’imaginaire populaire a été marqué par l’histoire de Willy, l’orque du film hautement lacrymogène Mon ami Willy. Mais saviez-vous que des animaux de la même espèce fréquentent les eaux du Saint-Laurent ?

« Je trouve les épaulards complètement fascinants ! », lance d’emblée la biologiste marine Lyne G. Morissette. « Quand on parle de cette espèce, on pense généralement à la population de Colombie-Britannique où ils ont jeté les bases de la recherche. On ne sait pas qu’il y en a dans le nord de l’Atlantique, le long des côtes de Terre-Neuve et qu’ils rentrent dans les eaux du Saint-Laurent ! »

Des observations récentes ont eu lieu dans le secteur de Blanc-Sablon. Par le passé, on a observé des spécimens jusqu’en Haute-Côte-Nord.

La mauvaise réputation

Mangeuse d’hommes, tueuse en série, féroce, sanguinaire : la réputation qui colle à la peau de ces mammifères à dents est peu enviable et la spécialiste explique pourquoi.

« Les pauvres orques n’ont pas la cote. Leur nom latin y fait référence. En latin, le nom Orcinus orca signifie à peu près “dieu des ténèbres”… En anglais, on dit killer whales, mais c’est une erreur de traduction ! Les pêcheurs basques voyaient ces animaux-là attaquer des baleines et ils les appelaient whale killers. Avec le temps, il y a eu une distorsion. Ce ne sont pas des baleines tueuses, mais elles peuvent attaquer les baleines. »

C’est d’ailleurs le cas pour la population qui fréquente les eaux du golfe Saint-Laurent et éventuellement de l’estuaire.

Une présence séculaire

La présence des épaulards dans le golfe du Saint-Laurent est de mieux en mieux documentée. Cela ne signifie pas, toutefois, que les animaux sont plus nombreux, insiste Lyne G. Morissette.

« On a juste plus de technologies pour bien les détecter, mais quand on regarde avec les Premières Nations, il y a eu des observations de longue date, c’est connu! »

Il reste beaucoup à faire pour comprendre les habitudes des épaulards qui fréquentent le Golfe.

« C’est une population qui passait beaucoup sous le radar, mais qu’on commence à connaître. On en est à l’étape de compiler les observations », indique Mme Morissette.

Chaque animal porte des taches distinctives qui permettent de les identifier.

« On a plein de photos et on est en train de démêler tout ça. On commence à avoir des informations sur leur distribution. Saint-Pierre-et-Miquelon a beaucoup de données et on a une belle collaboration avec les Français pour combiner ces connaissances-là », salue la scientifique.

Les orques, rappelle-t-elle, sont des animaux très intelligents.

« Chaque bande a ses habitudes, elles n’ont pas la même écologie. Les épaulards du Golfe sont une des rares populations dans le monde qui ne mangent pas ou très peu de saumon, de phoque ni de requin, mais plutôt des grands cétacés : des baleines à bosse, des baleines bleues… »

Leur méthode de chasse en bande, rappelant celle des loups, est d’ailleurs un de leurs traits distinctifs.

À ceux qui s’inquiéteraient des impacts de cette prédation sur les précieuses baleines du Saint-Laurent, Lyne G. Morissette rappelle que ces interactions, bien que parfois létales, répondent aux lois de la nature.

« C’est l’équilibre normal de la nature. Pour protéger les grandes baleines, il faut plutôt travailler à arrêter l’impact des activités humaines… »

Photo de Lyne G. Morissette
Lyne G. Morissette

L’école de l’Ouest

Dans l’Ouest canadien, les orques font depuis belle lurette l’objet de recherches poussées, notamment en raison des périls qui les menacent.

Comme les autres espèces, les épaulards se déplaceront au gré des fluctuations de leur garde-manger. Dans l’ouest, l’orcinus orca a dû considérablement modifier ses habitudes alimentaires, en raison de la surpêche du saumon.

« C’est important de comprendre comment ça marche, cette bibitte-là, et on a la chance de pouvoir compter sur le fruit des recherches en Colombie-Britannique. Même si les espèces sont différentes, il y a des points communs », indique Lyne G. Morissette.

Toutes les connaissances seront utiles.

« De comprendre leur régime alimentaire, leur comportement, comment ils se déplacent, qui sont les individus, combien sont-ils, tout ça est vraiment important. Est-ce que c’est une population de l’Arctique qui se déplace vers le sud ? À ce jour, on ne le sait pas, mais il n’y en a pas beaucoup, de ces épaulards, et la population est listée comme incertaine par rapport aux espèces en péril », ajoute la biologiste.

Mieux comprendre leur écologie sera utile.

« Ça va permettre de comprendre leur vulnérabilité par rapport aux activités humaines : est-ce qu’ils sont susceptibles aux empêtrements dans les filets de pêche ? Sont-ils sensibles aux bruits des activités maritimes ? Qu’est-ce qui a un impact sur leur alimentation ? Tout ça dans le but de les protéger. »

Nouvelle star des croisières ?

Si la présence des épaulards est encore rare chez nous, qui sait ce que l’avenir réserve. Pourraient-ils devenir la nouvelle star de l’industrie des croisières aux baleines ? Si tel est le cas, il faudra veiller à ne point perturber les animaux, insiste Mme Morisette.

La Colombie-Britannique a mis en place un guide des bonnes pratiques pour minimiser les impacts des activités humaines sur l’espèce dont un des troupeaux ne compte plus que 73 individus.

« On pourrait s’en inspirer. Quand c’est bien fait, les excursions aux baleines permettent de générer cette connexion avec les animaux et les océans, de vivre des moments wow… Il y a une portion éducation/sensibilisation qui fait qu’après, on veut protéger ce qui a suscité ces moments, parce que c’est juste trop beau ! »

Doit-on craindre la baleine tueuse ?

Certes, avec un petit nom comme « killer whale », l’épaulard suscite des craintes, mais sont-elles légitimes ? Qu’on se promène en zodiac ou en kayak, les risques associés à une rencontre avec une orque demeurent toutefois très minces, rassure Lyne G. Morissette.

Il suffit de respecter quelques règles de base.

« D’abord, il faut garder une distance d’au moins 400 mètres. Il ne faut pas, volontairement, tenter de croiser la route de l’animal. Si l’animal s’approche, on reste aux aguets, on ne panique pas. Une rencontre avec une orque n’est pas dangereuse en soi, parce qu’elles ne s’attaquent pas aux humains. On est pas mal insignifiants et pas menaçants pour elles… », rigole Mme Morissette.

Les épaulards du Saint-Laurent peuvent se nourrir de grands cétacés.

Si vous croisez un de ces majestueux mammifères, elle vous conseille surtout de « profiter du moment et documenter le mieux possible votre observation. »

Le tout sera utile au Labo Morissette, projet de la biologiste marine, qui s’intéresse de près au cas des épaulards de l’Atlantique Nord. Les citoyens sont invités à y contribuer en faisant part de leurs observations de ces cétacés via le site web epaulards.org.

« Chaque photo ou observation transmise nous rapproche d’une meilleure compréhension — et donc d’une meilleure cohabitation avec ces géants marins », précise-t-on.

Si vous apercevez une baleine échouée, vivante ou morte, veuillez contacter illico le 1-877-722-5346, soit le numéro du Réseau québécois d’urgence pour les mammifères marins.

Fascinantes « bibittes » !

  • Les épaulards ont des dialectes vocaux différents selon les groupes.
  • Les femelles mènent généralement la famille.
  • Ils peuvent vivre plus de 80 ans.
  • Ils possèdent des cultures de chasse uniques selon les régions.
  • Leur souffle est audible à plus de 300 mètres.
  • Ils peuvent filer à 56 km/h.

*Informations tirées du site www.lynemorissette.com/orca

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