photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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L’automne dernier, l’Institut Fraser a rendu public, dans le Journal de Montréal, son palmarès de toutes les écoles secondaires du Québec. À première vue, les trois établissements que compte le Val-Saint-François semblent obtenir des résultats peu reluisants. Quel est est ce palmarès, et surtout : ces «scores» traduisent-ils véritablement la réalité de ces écoles?

La région compte deux écoles secondaires publiques francophones et une école publique anglophone : l’Odyssée (Valcourt), le Tournesol (Windsor) et Richmond Regional High School (Richmond).

Richmond Regional High School obtient une note globale de 4,9 sur 10 et se classe au 348e rang, sur les 470 écoles du palmarès.

Le Tournesol a une note de 4,9 sur 10, et se classe lui aussi au 348e rang.

Quant à l’Odyssée, l’Institut Fraser lui donne 5,2 sur 10 et la classe au 310e rang.

Au premier coup d’oeil, les résultats des trois écoles du Val semblent peu reluisants. Mais ces chiffres occultent les pratiques pédagogiques mises de l’avant dans chacun de ces établissements.  (source : Journal de Montréal)

D’où vient ce palmarès?

L’Institut Fraser, un groupe de réflexion («think tank») canadien conservateur et de droite, publie ce «bulletin» des écoles secondaires du Québec depuis environ deux décennies. On le retrouvait d’abord dans le magazine L’Actualité jusqu’en 2008. Depuis, c’est le Journal de Montréal qui fait connaître les résultats.

«J’y accorde moins de valeur»

Emmanuelle Doré est professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke. Celle-ci confirme que la méthodologie derrière le palmarès semble rigoureuse. Mais que des nuances doivent être apportées.

«Pour ma part, j’y accorde moins de valeur. Ce que je vois dans les milieux scolaires est assez différent des résultats. Ce n’est pas parce qu’une école n’est pas dans les premiers rangs du palmarès que l’équipe-école n’est pas engagée envers la réussite. Il y a une grande mobilisation ainsi que des pratiques pédagogiques qui se développent. Mais on ne voit pas nécessairement ça dans le palmarès. Une école pourrait enseigner de manière très traditionnelle, comme il y a 50 ans, et se retrouver dans les premiers rangs.»

Le problème, selon elle, c’est que le palmarès compare entre eux des milieux qui sont très différents. Sans s’intéresser à certaines variables comme les conditions socioéconomiques ou sociodémographiques.

«Les écoles privées sélectionnent les élèves. Selon leur profil ou leur projet éducatif. Alors que les écoles publiques reçoivent la majorité des élèves. Un établissement privé peut décider de résilier le contrat d’un élève en difficulté. Pour éviter que ses résultats scolaires soient comptabilisés.»

Emmanuelle Doré, professeure à  l’Université de Sherbrooke, constate que ce palmarès compare entre eux des milieux qui sont très différents. Sans s’intéresser à certaines variables importantes. (crédit photo : Jacques Frenette (Longueuil Photo))

«Ça a un effet démobilisant»

Emmanuelle Doré constate que ce genre de comparaison entre les écoles affecte les milieux scolaires.

«Dernièrement, j’ai eu l’occasion d’aller dans un certain nombre d’écoles. Le palmarès a un effet démobilisant pour le personnel. Les gens travaillent très fort et développent toutes sortes d’approches de collaboration interprofessionnelle. Quand ils lisent ça dans le journal, ils ne voient pas les résultats de leurs efforts.»

Selon elle, de mettre ainsi les écoles en concurrence irait «à l’encontre des valeurs fondamentales du système éducatif du Québec.»

La compétition entre les écoles donne peu de résultats

Au-delà du palmarès, elle constate que ce paradigme de «compétition» s’est insinué au sein du système scolaire québécois depuis une vingtaine d’années.

«Les centres de services scolaire se sont intéressées à l’idée de mettre les écoles publiques en concurrence. Pour éviter que les élèves aillent vers le secteur privé. C’est là qu’on a vu apparaître une multitude de programmes particuliers : des écoles avec une orientation scientifique, artistique, etc. C’était dans l’air du temps, au début des années 2000, et c’est devenu une nouvelle orientation.»

Les résultats, 25 ans plus tard, ne sont pas au rendez-vous, constate-t-elle. «On a malheureusement divisé les élèves selon des caractéristiques. Comme la réussite scolaire, le rendement ou le comportement. Ça a créé, dans le système scolaire, des inégalités entre les élèves. Tous les élèves sont admis à l’école. Mais à l’intérieur de l’école, on les divise.»

Les programmes particuliers : «une fausse bonne idée»

Dans cette optique, la professeure croit que les programmes particuliers ne sont pas nécessairement bénéfiques pour les élèves. «Les jeunes sont à un âge où ils apprennent à se découvrir. Pour ce faire, ils doivent faire des expériences multiples et avoir des occasions d’essayer différentes disciplines. Au contraire, on leur dit de se positionner et de se placer dans une filière à onze, douze ans. En espérant que ce soit une passion.»

Cette façon de faire serait une «fausse bonne idée», qui a un effet sur la réussite en général. Ce qu’elle et ses collègues observent lorsqu’ils comparent ce qui se fait au Québec et ailleurs.

Elle donne l’exemple de la province voisine.

«En Ontario, il y a peu d’écoles privées. Là-bas, ils ont conservé l’école commune, c’est-à-dire tous les élèves ensemble en classe. Résultat : le taux de réussite est plus élevé en Ontario qu’au Québec.»

Les écoles du Val, au-delà des chiffres

Aucune des écoles secondaires contactées par le Val-Ouest n’a voulu commenter son classement dans le palmarès. Par contre, toutes les écoles ont généreusement accepté de discuter des initiatives qu’elles mettent en œuvre pour assurer la réussite de leurs élèves.

Au cours des prochains jours, le Val-Ouest publiera ainsi des portraits des trois établissements que compte la région du Val-Saint-François :

 À Richmond, une école qui vise les meilleures pratiques au monde (2 de 4)

 À Windsor, une école où on s’investit pour la réussite des élèves (3 de 4)

À Valcourt, une communauté «intensément mobilisée» pour le bien-être des élèves (4 de 4)

 

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