Après quelques élections par acclamation, le siège du premier magistrat de Lawrenceville fait cette fois l’objet d’une course à la mairie. Entre le maire sortant, Derek Grilli, et le conseiller sortant Éric Bossé. Le tout, avec en trame de fond un déficit municipal.
«Il y a des projets dont je veux voir la finalité»
Policier de Montréal à la retraite, Derek Grilli a déménagé à Lawrenceville au début des années 2000. Il a siégé six ans comme conseiller municipal avant d’occuper le poste de maire ces huit dernières années.
«Quand je suis devenu maire la première fois, c’était presque forcé. La chaise était libre et il n’y avait personne qui voulait se présenter. Malgré mon peu d’expérience, j’ai décidé d’essayer. Et jusqu’à maintenant, du moins de mon opinion, ça a bien fonctionné. »
Derek Grilli a par la suite été réélu par acclamation lors des élections de 2021.
Il affirme que si les électrices et les électeurs lui font de nouveau confiance, ce sera pour son dernier mandat.
«Il y a des projets dont je veux voir la finalité. Une fois que ce sera complété, compte tenu de mon âge, je pense que je vais laisser la place à quelqu’un d’un peu plus jeune.»

«Je veux amener du sang neuf»
Derek Grilli devra faire face à un adversaire inattendu : Éric Bossé. Celui-ci croit qu’après 16 ans à siéger comme conseiller municipal, il a acquis l’expérience nécessaire pour occuper le poste de maire.
L’ex-conseiller ne cache pas qu’il a décidé de se lancer dans la course à la suite des deux dernières années qui ont été, selon lui, «plutôt mouvementées». De telle sorte que la municipalité a accumulé un déficit assez important.
D’emblée, il tient toutefois à faire savoir qu’il ne souhaite pas pointer du doigt le maire sortant, avec lequel il collabore depuis plusieurs années.
«Je veux regarder en avant et amener du sang neuf, des compétences et une vision différente.»
Éric Bossé est président du comité des relations de travail chez BRP depuis 11 ans. Il croit que ses compétences professionnelles sont complémentaires à celle d’un élu municipal. «Dans les relations de travail, tu représentes les employés. Ça ressemble un peu à la politique où tu représentes les citoyens.»

Dossier prioritaire : le motel industriel
Tant Derek Grilli qu’Éric Bossé mentionnent l’importance du motel industriel. Un bâtiment, au sein du village, que la municipalité loue à des entreprises. Le lieu a aussi abrité, pendant quelques années, l’Usine à spectacles, un lieu de diffusion culturelle qui pouvait accueillir une cinquantaine de spectateurs.
L’espace était jusqu’à tout récemment loué à Awassos, spécialisée dans les débusqueuses forestières. Selon Derek Grilli, l’entreprise aurait fait faillite et quitté sans avoir payé deux ans de loyer.

Cette perte de revenu a une telle importance pour le budget de cette municipalité de 614 habitants que celle-ci s’est retrouvée déficitaire ces deux dernières années.
«Nous avions calculé ces sommes, jamais reçues, dans notre budget. Cela nous a mis dans l’embarras», relate le maire sortant.
Tant et si bien que la municipalité a dû augmenter les taxes. Une situation qui a vivement fait réagir. Derek Grilli se dit d’ailleurs bien conscient que cela a été un dur coup pour ses concitoyennes et concitoyens.
Un nouveau locataire : BRP
Éric Bossé dit s’être impliqué dans le dossier du motel industriel pour trouver un «locataire qui a les reins solides». Résultat : BRP a décidé de louer le lieu comme espace d’entreposage pendant cinq ans.
«Ce bail nous assure un équilibre budgétaire pour les prochaines années. Ça permettra de rembourser la dette et de faire en sorte que les citoyens aient à payer le moins possible. Cette année, après six mois de location, nous devrions être capables d’obtenir un équilibre budgétaire, sans avoir une hausse de taxe marquée», croit-il.
Une situation qui réjouit aussi Derek Grilli. «Ça nous donne un gros avantage de sécurité qu’on n’avait pas avant. Et il y a des rumeurs qui courent que ce serait peut-être prolongé», confie-t-il.
Garder les dépenses au minimum
S’il est réélu, Derek Grilli promet de garder les dépenses municipales au minimum pour les deux prochaines années.
«On va diminuer les dépenses et conserver seulement les travaux d’entretien essentiels. Je veux laisser le temps à la municipalité de récupérer. Après ces deux ans, si nous avons été en mesure de rééquilibrer notre budget, nous pourrons aller de l’avant avec d’autres projets.»
Le maire sortant croit que les citoyennes et citoyens ne sont pas toujours conscients de tout ce qu’il y a derrière la gestion d’une municipalité.
«Les gens mettent beaucoup d’importance sur le taux de taxation. On dirait que la réussite d’un maire est basée là-dessus. Si le taux est favorable, c’est un bon maire. Si le taux est défavorable, on va choisir quelqu’un d’autre. Je ne suis pas d’accord avec cette perception. Il y a tellement de facteurs qui ont un effet sur le budget annuel municipal, pour arriver à un déficit ou à un surplus. Par exemple, il peut arriver un bris d’équipement, des fuites dans le réseau d’égout ou d’aqueduc, etc. La population n’est pas consciente de tout ça.»
Centre communautaire et réfection de rues
Parmi les éléments positifs de son bilan, Derek Grilli mentionne la transformation de l’église en centre communautaire. Un projet, débuté en 2019, qui a coûté près d’un million de dollars et réalisé en partie grâce à des subventions. La cérémonie d’ouverture de la salle aura lieu le 24 octobre prochain, marquant la fin de la première phase. «Il y a eu bien des obstacles sur notre chemin avant de réaliser ce projet, mais nous avons réussi à passer par-dessus», souligne-t-il.
Il se dit très fier des travaux de voirie accomplis ces dernières années. «Quand je suis arrivé en poste, les rues Dandenault et Beauregard étaient complètement démolies. L’an passé, on a aussi refait la rue de l’Église. Ce sont trois gros projets qui ont coûté assez cher à la municipalité.»
Derek Grilli s’ennorgueillit aussi de la rénovation du parc. «On a refait le terrain de balle, ajouté un terrain de volleyball ainsi que des jeux pour les aînés. Nous avons aussi un nouveau terrain de pétanque et des jeux pour les jeunes enfants.»

Diversifier les sources de revenus
De son côté, Éric Bossé croit que l’une des avenues pour faire progresser sa municipalité passe par le développement domiciliaire.
«Nous n’avons pas assez de revenus par rapport à nos besoins d’entrée d’argent. Nous sommes trop dépendants des revenus en provenance du motel industriel. Il faut baisser cette dépendance et diversifier nos sources de revenus. Sans nécessairement être obligés d’augmenter les taxes des citoyens. Pour ce faire, il faut répartir le poids fiscal sur un plus grand nombre de payeurs. Et le moyen d’y arriver, ce sont avec de nouveaux arrivants : de nouvelles maisons et de nouveaux blocs appartements.»
Il explique que trois projets domiciliaires sont dans les cartons. Certains à court terme, d’autres à moyen terme.
Dès cet automne, trois bâtisses de six logements seront construits à l’entrée du village.
De même, un promoteur souhaite installer environ 15 à 20 maisons à la sortie du village, près de la rue Dandenault. Un projet présentement à l’étude par le ministère de l’Environnement parce que des milieux humides seraient présents sur ce site.
Et enfin, Éric Bossé aimerait voir l’implantation de minimaisons sur un terrain qui appartient à la municipalité. Ce qui permettrait l’accès à la propriété à des jeunes ou des familles. Le comité consultatif en urbanisme (CCU) étudie présentement cette possibilité.
«Un village sans école est un village mort»
Éric Bossé souhaite aussi miser sur le soutien de la municipalité à son école primaire. Lui qui s’implique depuis quelques années sur le comité d’école.
«Un village sans école est un village mort. Parce qu’il aurait beaucoup moins d’attrait pour les jeunes familles. Le développement serait donc plus difficile à faire. Heureusement, notre école primaire est en santé. Il y a actuellement un boom démographique vis-à-vis du nombre d’enfants. Tout le volet nature de l’école est très important.»

Il aimerait que la nouvelle salle multifonctionnelle, dans l’ancienne église, serve aux besoins de l’école. «Peut-être que leur gymnase pourrait être là», lance-t-il comme idée.
De même, il veut que Lawrenceville continue d’épauler les projets sociaux, culturels et sportifs. «C’est très important pour une communauté. Le budget nous a toujours permis de supporter ces initiatives. Mais cette année, en toute transparence, nous avons dû mettre un stop à tout ça, par rapport à la capacité de payer des citoyens. Mais l’année prochaine, c’est sûr que nous voulons recommencer à aider.»
S’il est élu, Éric Bossé compte aussi poursuivre la réfection des chemins.
Être maire exige beaucoup de disponibilité
Derek Grilli se demande si son adversaire sera en mesure de consacrer beaucoup de temps au poste de maire, compte tenu de son emploi.
«Être maire et avoir un emploi à temps plein, ça complique la vie. Comme maire, j’ai à consacrer un bon nombre d’heures pour arriver à faire un «job» adéquat. C’est très demandant.»
En plus de tâches pour sa municipalité, le maire sortant souligne ses implications au sein de divers comités à la MRC du Val-Saint-François. Ce qui, selon ses calculs, correspond à environ 80 rencontres par année.
Éric Bossé croit pour sa part que son horaire flexible ainsi qu’une entente convenue avec son employeur lui permettront de pleinement jouer son rôle de maire, s’il est élu. C’est d’ailleurs le cas en ce moment, où son employeur lui a accordé un congé sans rémunération parce qu’il se présente comme candidat à une élection municipale. Comme le permet l’article 347 de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipales.
«Il va falloir payer nos représentants municipaux»
Derek Grilli rêve, à l’instar du maire sortant de Saint-François-Xavier-de-Brompton, Adam Rousseau, que les élus municipaux reçoivent éventuellement un salaire reflétant leur véritable travail.
«Quand est-ce que les gouvernements au provincial ou au fédéral vont se réveiller et se dire qu’il va falloir payer nos représentants municipaux? Les petits villages comme Lawrenceville ne sont pas en mesure de le faire. Ça pourrait permettre à quelqu’un de laisser tomber son emploi à temps plein pour devenir maire.»
Deux autres sièges également en jeu
Outre la course à la mairie, les électeurs et électrices de Lawrenceville devront choisir les conseillers pour deux sièges. Le poste 1, pour lequel se présentent Mario Casavant et Alexis Tessier. Ainsi que le poste 6, où le conseiller sortant Réal Delorme fait face à Réjean Ratté.
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