La Banque Nationale annonce la fermeture des guichets automatiques à Valcourt (5 mai), Acton Vale (14 août) et Richmond (date inconnue). Des annonces qui font réagir la clientèle.
La succursale de Valcourt de la Banque Nationale a fermé à l’automne 2022 pour être fusionnée avec celle du boulevard Portland de Sherbrooke. Après la vente, la Banque y avait conservé son guichet automatique.
L’institution financière prend maintenant de nouvelles orientations.
«La Banque Nationale revoit régulièrement les besoins au sein de son réseau physique. Dans un contexte où les clients se tournent de plus en plus vers le numérique pour les transactions du quotidien», indique Alexandre Guay, conseiller principal Affaires publiques de la Banque Nationale.
Du côté d’Acton Vale, la Banque indique que la succursale sera fusionnée le 14 août 2026 avec celle de Drummondville. Le guichet automatique sera retiré à ce moment.
Le guichet automatique situé à Richmond subira le même sort, sans que la date de fermeture n’ait encore été annoncée.

Un choc pour la clientèle âgée
Il n’a pas été possible pour le Val-Ouest de connaître le nombre de clientes et clients de la région de Valcourt impactés par la décision de la Banque Nationale.
La situation inquiète toutefois grandement des clientes et clients âgés de Valcourt et des environs. Qui ont sollicité le soutien de Sébastien Champagne, intervenant auprès des aînés vulnérables de la région du Val-Saint-François.
«J’ai écrit à la Banque pour leur faire savoir que plusieurs aînés de la région sont touchés par cette situation. Pour certains, il y a des enjeux de déplacement. On leur propose de faire un virage numérique. Mais il y en a qui ne savent pas comment utiliser l’ordinateur ou qui ont peur d’aller sur Internet», explique Sébastien Champagne.

«L’argent ne sortira pas du téléphone»
Du côté de la Banque Nationale, on dit tenir compte de cette réalité.
«Nous avons mis en place différentes mesures pour mieux accompagner la clientèle aînée, dont une ligne téléphonique dédiée. Et de l’accompagnement offert par nos employés dans l’adhésion et l’utilisation des services numériques. La Banque Nationale s’engage à assurer l’accessibilité de ses produits et services et à offrir un soutien additionnel aux personnes qui en ressentent le besoin», fait savoir Alexandre Guay.
Des réponses qui ne rassurent pas un groupe d’aînées et d’aînés. Ceux-ci se sont récemment réunis au Centre d’action bénévole de Valcourt et région (CABVER) pour discuter ensemble de la situation.
«On peut toujours appeler la Banque pour avoir des informations sur notre compte. Mais du téléphone, il ne sortira pas un 40 «piastres», si j’en ai besoin», ironise la septuagénaire Francine Dupuis.
Pour avoir accès à un guichet, des dizaines de kilomètres en voiture
Laurent Perreault, 82 ans, dit avoir téléphoné à la banque pour connaître les raisons de cette fermeture. «Ils m’ont dit qu’il fallait la fermer parce qu’il n’y a pas assez de transactions dans un mois.»
Depuis l’annonce, celui-ci a évalué ses options. S’il veut utiliser un guichet, il devra se rendre à Richmond (52 kilomètres aller-retour) ou Acton Vale (70 kilomètres). Mais ces deux guichets fermeront sous peu.
L’autre guichet se situe à Windsor (68 kilomètres). Et pour utiliser d’autres services de la banque, Laurent Perreault devra se tourner vers les succursales de Sherbrooke (80 kilomètres), Granby (92 kilomètres) ou Drummondville (116 kilomètres).
«Je n’ai pas le choix, je vais devoir me déplacer. Mais je n’irai pas tous les jours. Je suis chanceux parce que j’ai une voiture. Mais ce n’est pas nécessairement le cas de tout le monde», se désole-t-il.
Il ajoute que ces impacts ne se feront pas seulement sentir auprès de la clientèle âgée, mais aussi de jeunes qui n’ont pas d’auto.

«On ne peut pas tous déménager dans les grands centres»
Agente de pastorale à la paroisse Saint-Famille de Valcourt, Lyne Moreau tenait à être présente à la rencontre au CABVER. Parce que, partage-t-elle, il s’agit d’une occasion de «pastorale sociale».
«Les personnes qui prennent ces décisions de façon centralisée n’ont aucune idée des conséquences. Ça ne touche pas seulement les gens de Valcourt, mais ceux aussi des communautés alentours : Racine, Maricourt, Lawrenceville, Sainte-Anne-de-la-Rochelle, etc. C’est sûr que ça ne regroupe pas une énorme population. Je comprends leur logique. Mais on ne peut pas non plus tous déménager dans les grands centres.»
«J’avais confiance en eux»
Pierre Blanchard, 77 ans, déplore quant à lui cette décision d’affaires. «La banque n’est pas dans le trou. Ils valent des milliards [73,8 milliards en février 2026]. Ça fait 60 ans que je suis client à la Banque Nationale. J’avais confiance en eux et j’aimais la banque. Mais là, ils coupent des services.»
Le Valcourtois Jacques Lavoie, lui aussi âgé de 77 ans, abonde dans le même sens.
«J’ai travaillé 47 ans chez Bombardier [aujourd’hui BRP]. Lorsque je recevais mon chèque de paie, c’était marqué Banque Nationale dessus. Ils ont amené le monde à être client de la banque. Ils avaient une belle bâtisse. Et là on ferme la banque puis le guichet. Pourquoi? C’est choquant parce qu’ils font des profits énormes!»
Jacques Lavoie, comme les autres aînés présents lors de la rencontre, préfèrent l’utilisation des services «en personne» plutôt que les transactions en ligne ou au téléphone. «Je me suis déjà fait arnaquer par téléphone par quelqu’un qui s’était fait passer pour un employé de la Banque Nationale. C’était même écrit «Banque Nationale» sur mon afficheur. Je n’ai pas davantage confiance aux transactions en ligne.»

Vandalisme au guichet
Bien qu’ils et elles souhaitent tous le maintien du guichet, les aînés se plaignent de l’état actuel des lieux.
«De temps à autre, des jeunes flânent sur place et s’assoient même sur le dessus du guichet, malgré les caméras de surveillance. L’autre jour, lorsque j’y suis allé, c’était en désordre et tout sale. Il y avait de la nourriture sur les murs. J’ai appelé la police deux fois parce qu’il y avait eu du vandalisme», dénonce Laurent Perreault.

Virage numérique dans toutes les institutions
Ces fermetures ne sont pas propres à la Banque Nationale. Elles s’inscrivent dans un contexte plus large, où les banques et caisses ferment de nombreux centres de services et guichets, pour favoriser le virage numérique.
Une situation semblable avait ainsi touché la communauté de Racine, non loin de Valcourt. En juin 2016, la Caisse Desjardins du Val-Saint-François avait décidé de fermer sa succursale. Ce qui avait suscité une vive mobilisation citoyenne dans ce village, sans que Desjardins ne change d’avis. La caisse a par la suite retiré le guichet en 2019.
Afin de baliser ce type de situations, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC), qui relève du gouvernement canadien, a établi, en 2024, une Ligne directrice sur le processus de consultation pour les fermetures de succursales. Que les institutions financières doivent respecter.
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