C’est le 12 décembre 2019 que j’ai été embauché comme intervenant pour les aînés vulnérables. Cette journée a complètement changé ma vie et surtout, à différents niveaux, celle de plusieurs personnes aînées aussi. C’était avant la pandémie. C’était avant l’inflation galopante. C’était avant l’arrivée de l’intelligence artificielle. C’était avant l’interminable crise du logement. C’était avant bien de nouvelles réalités difficiles à comprendre et maîtriser.
Depuis six ans, j’accueille régulièrement dans mon bureau au Centre d’action bénévole de Valcourt et Région, des artistes qui ne savent pas qu’ils sont artistes, des gens colorés qui n’ont pas reçu le sceau d’approbation parentale ou sociale, des gens qui sont nés avec deux prises, des rebelles au cœur tendre qui ne savent même plus qu’ils ont un cœur, des personnes qui n’ont pas été entendues et crues, etc. Je les apprécie profondément. Ces aînés sont de véritables vainqueurs. Des gens qui, malgré toutes leurs difficultés vécues, sont toujours là. Bien vivant. Bien décidés à poursuivre avec succès le prochain chapitre de leur vie.
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la vie est « tough ». Elle n’épargne personne. Tout le monde est frappé un jour ou l’autre par la maladie, un deuil, des imprévus, des difficultés financières, ressentir la faim, etc. Cependant, il arrive que la vie ait été davantage difficile pour certaines personnes. On pensera peut-être que c’est bancal, mais toute cette âpreté de la vie non quémandée s’arrête avec moi, dans mon bureau. L’écoute est mon outil. La douceur est mon arme.
Bon, l’écoute et la douceur, ce n’est pas ça qui fait lever un party, mais, dans le cadre de mon travail, ça marche ! Ça fait six ans que j’y crois. Ça fait six ans que l’écoute et la douceur m’aident à établir une confiance durable entre moi et les aînés. Ça fait six ans que je dis aux 50+ ans qu’on va se battre ensemble.
Se battre ensemble contre le propriétaire qui a mis à la porte sa locataire dans le but de monter son loyer du double après avoir installé un nouveau comptoir de cuisine en imitation de quartz cheap sans envergure.
Se battre ensemble pour obtenir un sac de carottes, des petits gâteaux Vachon et un steak congelé périmé au dépannage alimentaire.
Se battre ensemble lorsque les problèmes cognitifs s’invitent sournoisement dans la vie d’une aînée et qu’ils ne sont pas encore trop prenants pour alerter les professionnels de la santé.
Se battre contre une insupportable dette d’une compagnie d’assurances connue qui te suit comme une mouche à chevreuil infatigable.
Se battre contre le CLSC, qui dit à l’homme de 91 ans d’aller sur le site Clic Santé pour prendre son rendez-vous.
Se battre ensemble au téléphone contre l’employée de l’Agence du revenu Canada qui, terrorisée par les vols d’identité, pose 37 questions impossibles à répondre au monsieur de 86 ans, et ce, dans le but de qu’il s’identifie correctement dans le calme, le respect et la courtoisie exigés.
Des exemples comme ça, il y en a à la tonne. C’est comme ça depuis six ans. Rien ne changera rapidement. Ce n’est pas grave, la vie est belle quand même.
C’est pas mal ça l’envers du métier d’intervenant auprès des aînés vulnérables, on finit par brosser un bon portrait de que ce sont les humains. On finit par se connaître soi-même également. On finit par décoder sa société. Et surtout, on finit par découvrir le fil invisible qui relie tous les humains, riches ou pauvres.
Pour moi, ce fil m’est apparu en privilégiant l’écoute et la douceur. Et quand on y a accès, on ne revient jamais en arrière. Chaque humain a une chance sur 400 trillions d’exister sur cette Terre. Utilisons-la à bon escient.
« Chaque personne que vous rencontrez est en train de mener un combat dont vous ne savez rien. Soyez gentil. Toujours. » -Robin Williams
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On peut rejoindre Sébastien Champagne au Centre d’action bénévole de Valcourt et Région au 450-532-2255 poste 3














1 commentaire
Renelle Jeanson
Merci Sébastien.
Ton travail est très précieux et tellement nécessaire.
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