photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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La nouvelle année qui débute annonce la fin d’une entreprise familiale bien connue dans la région de Valcourt : la quincaillerie Choquette-Scott, affiliée à Home Hardware. Celle-ci fermera ses portes sous peu.

Tout a débuté en 2004, alors que la défunte Ferronnerie Rodrigue cessait ses activités. Hélène Rodrigue, propriétaire de ce commerce qui avait pignon sur rue à Valcourt depuis 66 ans, souhaitait prendre sa retraite.

François Scott et Martine Choquette, qui résidaient à cette époque à Maricourt, ont une idée.

«Depuis que François et moi on se connaît, on s’est toujours dit qu’on aimerait travailler ensemble un jour. C’est là qu’on s’est demandé pourquoi on n’achèterait pas la quincaillerie à Valcourt, qui était sur le point de fermer», rapporte Martine Choquette.

Bien qu’ils n’aient jamais géré d’entreprise ensemble, tous deux avaient déjà de l’expérience et la fibre entrepreneuriale. Après une carrière comme chef acheteur pour Agropur, François Scott travaillait à ce moment pour Matériaux Laverdure. Quant à Martine Choquette, elle gérait son entreprise de confection de costumes. Elle qui avait vu, dans sa jeunesse, son père tenir une épicerie.

«Le conférencier et motivateur Jean-Marc Chaput utilisait souvent l’expression : «Vis ton rêve». Eh bien, c’est ce qu’on a fait!», exprime François Scott.

Déménagement dans le Canton de Valcourt

Le couple opère temporairement dans les anciens locaux de la Ferronerie Rodrigue. Mais la bâtisse avait été vendue à un autre acheteur : le centre de conditionnement physique Palestrie, devenu par la suite le Centre mieux-être (CME). Tous deux cherchent donc activement un autre endroit où rapidement installer leur nouvelle entreprise.

Leur choix s’arrête sur une bâtisse dans le Canton de Valcourt, qui abritait l’ancienne usine de vêtements Confection Duvalin. En février 2005, c’est le déménagement et, peu après, l’ouverture officielle de la quincaillerie.

Un emplacement qui, au départ, est remis en question par une partie de la clientèle.

«Les gens ont été vraiment déboussolés. Ils nous demandaient pourquoi on avait déménagé, parce qu’ils n’aimaient pas que la quincaillerie soit plus loin du village. Certains allaient même jusqu’à nous chicaner. Alors qu’au fond, nous n’étions pas si loin de l’autre emplacement. Nous leur disions qu’ils avaient maintenant accès à un magasin plus grand, sur le même plancher, avec davantage de stationnements. Ça n’a pas été facile pendant quelques mois. Il a fallu se remonter le moral, parce qu’on trouvait ça plus dur. Mais finalement, tout le monde s’est adapté», rapporte Martine Choquette.

Article de La Tribune du 30 novembre 2004 annonçant la fermeture de la Ferronnerie Rodrigue et la reprise par de nouveaux propriétaires.  (source : BAnQ : Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Travailler en quincaillerie tout en étant «coquette»

Les premières années, Martine Choquette sent qu’elle n’est pas toujours perçue comme l’égale de son époux vis-à-vis de certains fournisseurs ou clients.

«J’arrivais à la quincaillerie maquillée, avec un collier et des boucles d’oreilles. C’est mon petit côté coquette. J’ai toujours été comme ça. Certaines personnes n’étaient pas habituées à voir ça. Il y avait comme cette idée qu’il y a un look qui vient avec la quincaillerie. Aurait-il fallu que je sois moins féminine? Je ne sais pas. Je suis restée moi-même et les gens ont vu que je n’étais pas snob. Aujourd’hui, on trouve ça bien drôle.»

Martine Choquette confie que sa coquetterie féminine, qu’elle souhaitait conserver dans le cadre de son travail à la quincaillerie, a tranquillement pu être accepté des fournisseurs et de la clientèle.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Rona puis Home Hardware

Le commerce est rattaché pendant neuf ans à Rona. Puis le couple d’entrepreneurs décide, pour différentes raisons, de changer de bannière. S’amorce alors un «magasinage». «Nous sommes allés voir tous les marchands autour, dans un rayon d’environ 100 kilomètres. Nous allions rencontrer les propriétaires et nous leur demandions comment ça fonctionnait avec leur bannière», explique François Scott.

Leur choix se porte finalement sur Home Hardware. Qui, de leur point de vue, correspondait à leurs valeurs. «On a découvert que Home Hardware était une entreprise conviviale et familiale, 100 % canadienne et qui appartenait à tous les marchands. Le président de Home Harware à ce moment-là, Walter Hachborn [décédé en 2016] visitait les marchands avec sa femme. Il y avait aussi dans ce réseau d’autres couples propriétaires. Comme nous sommes une famille qui gère un commerce, ça nous a parlé.»

En 2013, la Quincaillerie Choquette-Scott décide de s’affilier à la bannière Home Hardware.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Doubler son chiffre d’affaires en trois ans

La transformation de l’entreprise a porté fruit.

«Nous avions désormais accès à une gamme de produits beaucoup plus vaste. Ce qui fait en sorte qu’au bout de trois ans, nous avions doublé notre chiffre d’affaires. Home Hardware nous a dit que nous étions presque rendus au maximum de chiffre de vente possible pour le nombre de pieds carrés que nous avions», signale avec fierté François Scott.

L’homme d’affaires affirme que la gestion d’une quincaillerie se base, en partie, sur le «pif». Un instinct qui été très profitable. «Notre idée, c’était vraiment de développer et d’optimiser nos stocks pour que ça corresponde à ce que la clientèle avait besoin. Tant et si bien que notre représentant nous a dit que nous faisions partie des dix meilleurs roulements d’inventaire au Québec. J’ai toujours mis beaucoup de temps à faire la gestion d’inventaire. Alors c’était une petite récompense de se faire dire ça.»

Dans ce contexte, les deux copropriétaires ont-ils envisagé de grossir leur commerce? François Scott répond d’emblée que non, parce qu’ils se disent conscients des limites d’un marché comme celui de la région de Valcourt.

François Scott se dit bien fier que son commerce soit reconnu comme l’un des dix meilleurs roulements d’inventaire au Québec chez Home Hardware.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Complémentarité plutôt que compétition

François Scott apprécie d’ailleurs le fait que d’autres quincailleries fassent partie du paysage de la région immédiate de Valcourt : Matériaux Laverdure (Rona) à Maricourt et Matériaux Lawrenceville (BMR) à Lawrenceville.

«C’est correct et sain qu’il y ait de la diversité. Ça permet à la clientèle d’avoir du choix et d’aller où ils veulent. Nous ne les avons jamais vus comme des compétiteurs. Ils sont davantage spécialisés dans les matériaux. Alors que nous ne sommes pas embarqués là-dedans. Nous faisions du dépannage pour la clientèle qui avait besoin de quelques matériaux. Et on n’hésitait pas à leur dire d’aller voir ailleurs.»

Une pluralité de choix qui sera évidemment moins présente avec la fermeture imminente de leur entreprise.

Une famille qui gère une quincaillerie

La particularité de ce commerce valcourtois est le fait qu’il soit la copropriété d’un couple qui, dès le départ, y a impliqué sa famille.

«Sarah, Vincent et Mathieu ont grandi avec nous dans la quincaillerie. Nos deux autres enfants, Martin et Julie, étaient déjà partis au cégep et à l’université. Les trois plus jeunes étaient là la fin de semaine. On ne voulait pas les faire garder. Ça courait dans le magasin avec le chien. Ils s’amusaient. Et ils nous aidaient aussi à placer du stock», se rappelle Martine Choquette.

De façon naturelle, ajoute François Scott, les enfants ont commencé à s’intégrer à l’entreprise. «Nous leur avons toujours dit : si vous voulez travailler ici, c’est votre décision. On ne vous force pas. Si vous voulez quitter, c’est correct aussi.»

C’est ainsi que Mathieu a quitté pour poursuivre ses études, sans revenir au sein de l’entreprise. Ce qui ne fut pas le cas de Vincent et Sarah, qui ont décidé de faire leur place dans le commerce.

La famille Choquette-Scott au début des années 2000. Portant des costumes conçus par Martine Choquette.  (photo : gracieuseté)

Un lien, «au-delà de juste faire payer les gens»

Lorsqu’elle est tombée enceinte, il y a deux ans, Sarah Choquette-Scott a choisi elle aussi de s’en aller. Elle travaille désormais à temps partiel au Café du Couvent à Richmond, tout en poursuivant la vente de ses créations artistiques sur son site sarahchoquette.com. Quant à Vincent, il a choisi de rester aux côtés de ses parents jusqu’à la fin.

«Ce que j’ai aimé le plus, ce sont les contacts réguliers avec les clients. Ceux qui revenaient de semaine en semaine sont devenus des connaissances. On prenait de leurs nouvelles et ils prenaient des nôtres. Les gens m’ont connu dès l’enfance. Il y a un lien qui se crée, au-delà de juste faire payer les gens. Cette convivialité, c’est vraiment propre aux petits commerces dans les villages», confie Sarah Choquette-Scott.

Elle croit que cette expérience lui sera utile toute sa vie. «D’apprendre à communiquer avec les gens m’a vraiment permis de me dégêner. Travailler dans une quincaillerie exige aussi d’apprendre de multiples connaissances. Au fil des années, j’en ai tellement appris. Autant sur le jardinage que la plomberie. Ou encore sur la peinture, l’électricité, les outils, les voitures, etc. Ça m’a amené à acquérir des compétences que je ne serais pas allée chercher par moi-même parce que je n’y aurais pas pensé ou parce que ce n’était pas un intérêt, au départ.»

Sarah Choquette-Scott a apprécié toutes ces années à travailler pour l’entreprise familiale. «C’était un peu ma deuxième maison», exprime-t-elle. (photo : gracieuseté)

«Ç’a été naturel de travailler ici»

Vincent Choquette-Scott raconte que, de son côté, il a trouvé sa place au sein d’une entreprise qui correspondait à ses intérêts.

«J’ai toujours été manuel. Quand j’étais jeune, j’allais tout le temps aider mon père à bricoler. Pour moi, ç’a donc été naturel de travailler ici.»

Touche-à-tout, il tient, en parallèle, un petit atelier de réparation de moustiquaires et de travail du bois dans un local loué à Sherbrooke. Il a aussi travaillé comme cuisinier pour la brasserie Les Enfants Terribles à Magog.

De même, depuis trois ans, il opère, pendant les nuits d’hiver, une dameuse au centre de ski Mont-Orford. «Quand je travaille à la quincaillerie, ça bouge tout le temps. Là, je suis tout seul. C’est plus tranquille. Et il y a la satisfaction du travail accompli et immédiat : tracer une belle piste dans la neige. Pour moi, ce n’est pas un emploi. C’est vraiment du plaisir.»

Pas de reprise de l’entreprise par les enfants

Le couple confie que l’idée de vendre la quincaillerie a germé il y a environ quatre ans. Tous deux disent avoir apprécié tenir ce commerce, mais se disent désormais fatigués.

«Je ne veux pas m’épuiser à l’ouvrage et ne pas profiter de la vie. Il ne faut pas attendre qu’on soit malade et se dire alors qu’il aurait été le temps de vendre. Notre décision est mûrement réfléchie et nous sommes rendus là», indique Martine Choquette.

Martine et François confient que la possibilité que le commerce soit repris par un membre de la famille a été discutée, mais exclue. «Ce n’est pas facile, parce que nous ne voulons pas privilégier un de nos enfants par rapport aux quatre autres. Il y a aussi le fait que notre fond de pension est ici. Nous ne pouvons donc pas avancer de l’argent si nous voulons prendre notre retraite et ne pas être obligés de retourner travailler par la suite, s’il arrivait quelque chose.»

Vincent Choquette-Scott confirme qu’il aurait aimé reprendre la quincaillerie de ses parents, mais n’avait pas les reins assez solides.

«J’ai trouvé ça difficile, au début. Parce que je voyais beaucoup de potentiel ici. C’est sûr qu’il y a un deuil à faire. Mais aujourd’hui, je suis vraiment serein avec tout ça. La vente de la quincaillerie a fait en sorte que je me suis posé des questions. Pour choisir la suite à partir de qui je suis, et non pour ce que les autres veulent que je devienne. Bref, d’apprendre à me choisir. Dans la vie, on n’est pas juste notre travail.»

Compte tenu de son bagage professionnel, d’autres commerces ont commencé à l’approcher pour bosser avec eux. «Je suis en train de voir si je souhaite continuer là-dedans. C’est sûr que j’ai la flamme. Mais travailler ailleurs, ce ne sera jamais pareil que de travailler chez nous.»

Vincent Choquette-Scott poursuivra son travail comme opérateur de dameuse au Mont-Orford après la fermeture de l’entreprise. Pour le reste, bien des possibilités s’offrent à lui. Il dit vouloir réfléchir avant de choisir. (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Une nouvelle entreprise, mais pas une quincaillerie

Le terrain et la bâtisse ont été vendus à un entrepreneur, qui a décidé de ne pas poursuivre avec la quincaillerie. Le nouveau propriétaire souhaite, pour le moment, garder confidentiel son projet d’affaires.

«On trouvait ça dommage pour les gens de Valcourt que la quincaillerie ferme. Mais ils ont très bien compris que nous avions besoin de prendre notre retraite. Ils nous souhaitent d’avoir une belle retraite et d’être capable de faire ce que nous aimons. Certains nous disent qu’on va leur manquer. Et à nous aussi, parce que nous sommes habitués de leur jaser. J’apprécie ces gestes et je les remercie», fait savoir Martine Choquette.

«Une page se tourne, toujours dans le même livre»

François Scott croit que, d’une certaine façon, ils ont permis d’étirer le temps de la quincaillerie du village, plutôt que de la voir fermer définitivement en 2004.

«Nous n’étions pas là juste pour faire des ventes et avoir de l’argent. Nous avons été conviviaux pendant toutes ces années. On rencontrait les gens et on prenait le temps de jaser. Chaque fois qu’on a pu aider quelqu’un à résoudre un problème, c’était notre gagne-pain. Cette partie-là est gratifiante. Sinon, ça aurait été très long, de travailler ici pendant 21 ans. Nous voulions aussi être capables de sourire et d’avoir du plaisir à travailler», dit-il.

«C’est important d’aimer ce que l’on fait. C’est la base pour être heureux», philosophe sa conjointe.

La première chose qu’ils vont faire une fois la clé dans la porte? «On va commencer par se reposer», répond tout de go François Scott. Ils mentionnent aussi des projets d’horticulture, de couture, de temps avec la famille, etc.

«Ça va faire drôle que ça change. C’était un peu ma deuxième maison. Je suis vraiment contente de toutes ces années-là. J’en retire vraiment de très beaux souvenirs. C’était une belle expérience», exprime Sarah Choquette-Scott.

«Une page se tourne, mais nous restons toujours dans le même livre. La suite est à venir», conclut Martine Choquette.

Fermeture imminente

L’acte de vente sera signé vers la mi-janvier. Les copropriétaires indiquent que la fermeture devrait avoir lieu peu de temps après. D’ici là, ils s’efforceront d’écouler l’ensemble de leur marchandise à rabais.

 

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3 commentaires

  • Merci pour toutes ces années. Vous allez nous manquer mais il faut savoir s’arrêter pour profiter de la vie. Bonne retraite à vous deux!

  • Richard Berthelette

    Merci pour toute ces années passées avec votre commerce. C’est un endroit que je fréquentais régulièrement quand j’avais besoin d’un article en quincaillerie. Ce fut très apprécié et en même temps un peu malheureux que ça disparaisse.
    Merci beaucoup à vous deux et votre famille. Je vous souhaite de belles années de retraite.

  • Merci pour ce beau reportage, de raconter l’histoire de cette belle entreprise familiale. Ça fait un pincement au coeur de voir ce chapitre se terminer. Ça sera un changement d ‘habitudes pour nous qui aimions ce commerce de proximité. C’est un endroit où l’on a toujours été bien accueilli et bien servi; des gens à l’écoute de leurs clients. On s’ennuiera de la serre et des fleurs au printemps…

    Merci à vous, la famille Choquette-Scott. Vous souhaitant de belles années dans vos projets futurs.

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