Élu maire d’Asbestos (aujourd’hui Val-des-Sources) en 1986 à l’âge de 24 ans, André Bachand est une véritable bête politique. Il est l’un des rares politiciens canadiens — sinon le seul — à avoir été élu à tous les paliers de gouvernement : municipal, provincial et fédéral, en plus d’avoir été ambassadeur à Paris. Retour sur 40 ans d’un parcours bien rempli.
«Je ne disparaitrai pas du portrait»
Le député de Richmond, en Estrie, a révélé en février dernier qu’il ne serait pas à nouveau candidat de la CAQ aux élections. Il expose ne pas savoir encore quelle sera la prochaine étape pour lui. Tout en ajoutant du même souffle qu’il ne restera certainement pas les bras croisés.
«Je ne prends pas une retraite, ça c’est clair. Je n’arrêterai pas mon implication et je n’arrêterai pas non plus de travailler. Qui sait ce qui s’en vient? Présentement, je commence à semer et je regarderai les possibilités qui seront sur la table. Mais je ne disparaitrai pas du portrait», promet-il.
Il porte un regard serein pour la suite.
«Ça me donne la chance de prendre une pause pour regarder autre chose. Ça fait presque 40 ans que j’ai un horaire sept jours sur sept. C’est terminé, j’ai donné.»
Maire à seulement 24 ans
D’aussi loin qu’André Bachand se rappelle, la politique a toujours été présente dans sa vie. Son père, le Dr Lucien Bachand, a été maire d’Asbestos de 1974 à 1978 et près de certaines formations politiques. «Dans ma jeunesse, les implications politiques de mon père m’ont entre autres fait rencontrer Daniel Johnson [premier ministre Libéral], Réal Caouette [Crédit social] et Camil Samson [Rassemblement créditiste].»
Bien que les quatre fils du Dr Bachand aient tous baigné dans cette atmosphère politique, seuls André et son frère Jean-Philippe ont fait carrière dans le domaine. Tous deux à titre de maire d’Asbestos. Toutefois, c’est véritablement André qui a mené cette carrière plus loin.
Étudiant à l’Université d’Ottawa, il décide, en 1986, d’arrêter ses études pour se présenter en politique. Un pari qu’il gagne en remportant la mairie contre le maire sortant, Roch Fréchette.
«Le soir de ma victoire, l’hôtel de ville était pleine avec 400 personnes. J’ai alors annoncé aux gens que je leur avais menti. J’avais 24 ans non 25, comme je le disais pendant la campagne électorale.».
Il devient ainsi le plus jeune maire du Québec.

Le politicien affirme que, déjà à cette époque, il visait occuper un jour un siège à l’Assemblée nationale à Québec.
«J’avais dans l’idée que le poste de maire pouvait être une première étape. Je voulais vivre la vie parlementaire. J’aurais même été prêt à livrer du café aux députés pour y arriver!»
L’année suivante, l’ensemble des maires de sa région lui font confiance en le nommant préfet. «Je crois que ça donnait espoir aux élus plus âgés qu’un jeune se présente en politique. Ils se sont dits : s’il veut s’impliquer dans la communauté, on va lui donner sa chance.»
«Il a le charisme d’une table à pique-nique»
En 1997, après trois mandats come maire, il décide de se joindre à l’équipe de Jean Charest, qui est à ce moment chef du Parti progressiste-conservateur du Canada.
«J’aurais fait plus d’argent depuis 10 ans à livrer des pizzas qu’à occuper le poste de maire d’Asbestos», déclare-t-il avec un brin d’humour lors d’une entrevue accordée au quotidien La Tribune.
Après le départ de Jean Charest, il devient l’un des lieutenants du nouveau chef, Joe Clark. À l’élection de 2000, il est le seul député québécois à remporter un siège pour les Conservateurs. Et en 2003, après de départ de Joe Clark, il tente, sans succès, de prendre la direction du parti.

Tout bascule pour lui lorsque les progressistes-conservateurs décident de se rapprocher du Parti réformateur, un parti populiste de droite ancré dans l’Ouest canadien. De sa perception, les valeurs véhiculées ne correspondent plus du tout aux siennes. Il va jusqu’à dire, lors d’une mêlée de presse :
«Vous savez, Stephen Harper n’a pas de grandes chances d’être élu. Il a autant de charisme qu’une table à pique-nique.»
L’histoire lui donnera finalement tort. Stephen Harper est bel et bien élu premier ministre du Canda en 2006. Ce qui ne l’empêchera pas d’être bon joueur et de nommer André Bachand ambasseur du Canada à l’UNESCO à Paris en 2009. «Lorsque j’ai rencontré monsieur Harper, nous avons eu une super conversation. Il avait quand même un sens de l’humour.»
À son retour de France, en 2011, Stephen Harper le prend dans sa garde rapprochée en tant que conseiller pour le Québec.

«On est parti de presque rien»
Quelques années plus tard, le politicien décide de revenir au Québec et de faire confiance à François Legault. En 2018, il se présente aux élections pour la Coalition Avenir Québec. «Dans le comté, on est parti de presque rien. On manquait de financement et il a fallu monter notre organisation. Mais Monsieur Legault a fait une campagne exceptionnelle.»

André Bachand ne pensait pas que ce deuxième mandat serait son dernier. Mais le redécoupage de la carte électorale par la Commission électorale, il y a quelques mois, a signé son chant du cygne.
«À la fin de 2025, nous étions prêts à faire la campagne électorale [de l’automne 2026]. On réfléchissait où mettre les pancartes. Mais quand la nouvelle carte électorale a été connue, tout a complètement changé. J’ai pris le temps de réfléchir pendant le temps des Fêtes et j’ai ensuite pris ma décision : c’était fini pour moi. Depuis que je suis jeune, mon point d’attache c’est la région de Val-des-Sources. Tout part de là. Ce sont les gens de cette région qui m’ont donné des victoires avec des majorités confortables. Avec les changement de la carte, je perdais mes points de repère.»
Lors de l’annonce de son retrait de la vie politique, en février 2026, André Bachand n’a pu retenir ses larmes. «Ça contenait toutes les émotions liées à mes 40 ans de carrière.»

Jamais nommé ministre
Avec un tel parcours, comment se fait-il qu’André Bachand n’ait jamais été nommé ministre?
«Après les élections de 2018, quand François Legault ne m’a pas nommé ministre, je savais que ce serait la même chose pour le reste des mandats. Je n’ai jamais eu d’expectatives par la suite. C’est sûr que j’ai été déçu, mais je n’ai pas été fâché. J’ai tout de même été maire, préfet, député, chef de poste, ambassadeur… C’est quand même pas pire!»
Il confie que si son vœu avait été exaucé, il aurait aimé être ministre responsable des municipalités ou encore du développement économique régional.
Un conservateur de centre droit
Malgré ses différents changements de postes au fil des décennies, André Bachand affirme que son positionnement politique est toujours resté le même : celui d’un conservateur de centre droit.
«Au centre pour les gens et à droite pour l’aspect financier et la responsabilité budgétaire. C’était déjà là pour moi lorsque j’étais maire.»
Malgré cet ancrage à droite, le politicien a refusé certains parcours. Comme lorsqu’on l’a approché, en 1987, pour qu’il se joigne au défunt parti de l’Union nationale. «À ce moment-là, c’était des relents du passé», exprime-t-il à propos du parti mené par Maurice Duplessis de 1935 à 1959.
Il percevait néanmoins dans ces efforts de formations politiques mineures les germes de ce qui adviendra des années plus tard.
«Il y a toujours eu un mouvement, au Québec, pour proposer une troisième voie [plutôt que seulement le Parti Libéral et le Parti Québécois]. La CAQ n’a pas inventé grand-chose, mais on a réussi [à se hisser à la tête du gouvernement].»

«Je ne me choque pas»
Malgré les hauts et les bas d’une carrière comme la sienne, André Bachand affirme qu’il a toujours conservé son sang-froid.
«Je ne me choque pas, dans la vie. Ça prend trop d’énergie. Quand il arrive une situation difficile, je prends le temps de réfléchir et je reste calme.»
Il affirme ne s’être emporté que deux fois, sans vouloir donner davantage de détails sur ces épisodes orageux. Sinon d’ajouter : «Je sais qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Quelqu’un peut me dire en pleine face qu’il n’est pas d’accord et je n’ai pas de problème avec ça. Mais je n’aime pas les gens qui me jouent dans le dos. Ça m’insulte.»
«Faire de la politique, ça prête flanc à la critique»
Le politicien soutient qu’il s’est forgé une carapace, au fil du temps.
«Faire de la politique, ça prête flanc à la critique. C’est sûr que c’est mieux d’avoir une tape dans le dos que dans le derrière. Je suis un être humain et j’ai un coeur. Si tu n’as pas d’émotion et que ça ne te touche pas, tu as un problème. Mais en même temps, il ne faut pas que tu le prennes personnel. J’ai toujours davantage de craintes par rapport à mon personnel de bureau.»
Selon lui, l’adversité est la meilleure des écoles. «Un enfant qui apprend à marcher va avoir des bleus sur les jambes et les bras. Mais après, il va apprendre à courir et éventuellement à devenir un vrai bon coureur. C’est la même chose dans la vie politique.»

Vouloir devenir prêtre
Fait peu connu : l’idée de devenir prêtre a brièvement passé par la tête du jeune André Bachand. «Mais d’étudier au Séminaire [de Sherbrooke] n’était pas le meilleur endroit pour avoir la vocation. Avec des collèges de filles tout près et des bars à proximité sur la rue Wellington», raconte-t-il, un brin amusé. «Plus sérieusement, ce qui m’a vraiment bloqué, c’est le mariage. Je voulais fonder une famille.»
Ce qu’il a réalisé, en ayant un fils. Ce dernier vit loin des projecteurs et n’a pas embrassé comme lui une passion pour la politique. «Par contre, il a hérité de l’aspect social. C’est un homme très social.»
«Ça a été un poids très lourd sur ma famille»
Lorsqu’on évoque sa vie personnelle, André Bachand devient davantage sensible.
«Je le dis avec beaucoup d’émotion : la politique, surtout au fédéral, ça a été un poids très lourd sur ma famille.»
Expliquant que ses choix de vie lui ont coûté une séparation avec sa conjointe, ce qui a également impacté son fils.
Étonnamment, lorsqu’on lui demande sa plus grande fierté politique, il répond tout de suite que c’est son fils. «Il n’a rien à voir avec tout ça, mais il a aussi tout à voir.»
Il croit fermement à l’importance, pour un homme ou une femme politique, d’obtenir le soutien de ses proches.
«Je ne ferais pas de politique si je n’avais pas l’appui de ma famille : mes frères, mon père aujourd’hui décédé et ma mère. Ainsi que les amis. C’est le milieu familial qui permet de résister aux vents contraires. Tu deviens enraciné et très fort.»
Le député a retenu de ses parents et grands-parents l’importance de s’accorder un temps de repas en famille. Une précieuse occasion d’intimité, au sein d’un agenda qui déborde. «Avec mon père, on parlait de tout à table : de religion, de politique, de sexe, d’entreprenariat, etc. Il n’y avait pas de sujet tabou. Tout était dans la façon de l’aborder. Être avec les siens, ce n’est pas juste une question de quantité, mais aussi de qualité.»
«La politique ne changera jamais»
André Bachand ne croit pas que la politique ait beaucoup changé en 40 ans.
«La politique ne changera jamais parce que l’être humain ne changera pas. La politique, c’est l’interaction entre les êtres humains. Ce qui change, c’est la manière de faire.»
Il tient à rappeler l’importance de la politique.
«On peut faire une différence dans le quotidien des gens. Il y a des personnes qui n’ont pas une vie facile. Et ces petits dossiers-là qu’on règle pour les citoyens, c’est important. On ne fait pas de miracles, mais quand ça fonctionne, c’est valorisant.»
Il apprécie d’ailleurs lorsque les citoyennes et citoyens prennent ensuite le temps de le remercier.

Pratiquer une «politique de proximité»
Ses victoires, il les attribue à ceux et celles qui ont cru en lui.
«Je suis d’abord et avant tout un gars de région. Qui a réussi grâce aux gens. Ça montre toute l’importance de la base. Ce que tu sèmes dans la vie, ça revient toujours. Je ne laisse pas tomber les gens et les gens ne me laissent pas tomber.»

Il dit avoir été inspiré par l’ex-député libéral Yvon Vallières, qui pratiquait une semblable politique de proximité avec l’électorat. «Yvon Vallières était un gars de terrain, qui était très apprécié.»
Il partage avoir également beaucoup de respect pour sa fille, Karine Vallières, qui fut elle aussi députée.
André Bachand assure qu’il a consciemment fait le choix de ne pas se présenter en politique provinciale aux moments où ces membre de la famille Vallières étaient député.e.s. C’est pourquoi il a attendu le départ de Karine Vallières pour se porter candidat.
«Un parti politique, c’est une famille»
Et la fameuse «ligne de parti», qui oblige tous les députés à voter toujours du même bord que leur gouvernement, qu’en pense-t-il?
«Un parti politique, c’est une famille. Tu peux avoir des discussions et même des désaccords. Mais pour réussir la vie familiale, il faut rester uni. C’est la même chose pour un parti politique. On peut dire dans le caucus qu’on n’est pas d’accord. Monsieur Legault était aussi prêt à rencontrer un député ou une députée qui n’était pas content. Mais il faut que la personne présente ses arguments.»
Selon lui, sans ligne de parti, les partis politiques s’effondreraient. «Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Quand un individu devient plus important que le groupe, c’est là que le narcissisme s’installe. Et ça fait en sorte que les votes ne peuvent pas se prendre et ça devient ingouvernable.»
Sa philosophie? «Un député, ça doit entendre, écouter et comprendre. En politique, ça prend les trois.» Tout en conservant le sourire. «Je suis habitué de sourire aux gens. Mais pas un sourire niais. Je souris souvent, mais pas tout le temps. Sinon, ça devient une certaine caricature.»

Il rappelle l’importance qu’un élu «livre la marchandise». «Comme député, on n’est pas capable de tout solutionner. Mais on peut faire avancer des dossiers et en régler certains.»
«Implique-toi!»
Son souhait? Qu’un plus grand nombre de gens s’intéressent à la politique et s’impliquent.
«Les gens magasinent plus longtemps leur iPhone qu’ils passent du temps à s’occuper de leurs taxes et de leurs impôts. Si tu attends que tout soit parfait, ça n’arrivera pas. Si tu veux changer quelque chose, implique-toi!»
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