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C’est un peu par hasard que Reza Sharif-Naeini, directeur du Centre de recherche sur la douleur de l’Université McGill, s’est lancé en affaires.

Sommité de la recherche sur la douleur chronique et enseignant, le scientifique d’origine iranienne porte depuis peu le chapeau d’entrepreneur. Sa compagnie, Stingmaster, commercialise une crème qui neutralise la douleur causée par les piqûres de bêtes marines comme le poisson-lion et la méduse, mais aussi d’insectes bien de chez nous comme la mouche noire.

En 2016, dans l’avion qui le ramène d’un congrès, M. Sharif-Naeini feuillette un article relatant l’arrivée dans les eaux américaines du poisson-lion. L’espèce invasive ravage la faune aquatique, en plus de causer bien des maux de tête aux plongeurs sous-marins et aux pêcheurs.

« Ce poisson a des épines dorsales qui contiennent un venin très puissant et causent une douleur atroce, résume M. Sharif-Naeini. Ça ne tue pas, mais certains pêcheurs disent que t’aimerais mieux mourir tellement c’est douloureux. »

Intrigué, le chercheur fouille la littérature scientifique pour déterminer si cette espèce et son venin ont déjà été étudiés. Ce n’était pas le cas.

Lui et ses étudiants passeront quatre ans à déterminer quel senseur du cerveau humain est activé par ce venin et comment le neutraliser.

C’est finalement avec une molécule présente dans la rhubarbe qu’ils développeront une crème topique qui apaise la douleur extrême liée à cette piqûre.

« La seule solution jusque-là était de mettre la zone touchée dans de l’eau quasi bouillante pour dégrader les protéines qui composent le venin », rappelle-t-il.

Rapidement, des plongeurs lui rapportent que le produit est également efficace contre les méduses, dont les rencontres avec les humains sont bien plus nombreuses.

« Les piqûres de poissons-lions, c’est peut-être 10 000 cas par année. Mais les piqûres de méduses, c’est 150 millions par année », estime le scientifique. Le produit s’avère également utile contre les piqûres d’abeilles, de guêpes ou de simples maringouins.

Un formidable marché s’ouvre pour l’apprenti entrepreneur, qui est cependant loin d’être motivé par l’appât du gain.

« On est des scientifiques d’abord. […] On est dans une situation privilégiée, on a accès aux découvertes. C’est notre devoir de rendre ça accessible au reste de la communauté », soutient celui qui a investi ses propres deniers pour s’assurer un brevet et démarrer l’entreprise.

M. Sharif-Naeini espère également mettre en lumière les bienfaits que peut amener la recherche sur les venins. Il cite en exemple le populaire Ozempic, conçu avec la salive du monstre de Gila, un lézard.

« On connaît moins de 10 % des venins qui existent sur la planète. C’est comme une encyclopédie qui ne demande qu’à être explorée. »

« C’est chez moi, ici »

Reza Sharif-Naeini est arrivé au Québec en 1989. Sa famille et lui avaient d’abord quitté l’Iran et sa révolution islamique au début des années 1980 pour s’installer en France.

Son père choisit de déménager au Québec, plus précisément en Montérégie, pour pouvoir exercer sa profession de dentiste.

Reza se souvient encore de sa première journée à la polyvalente, à Longueuil.

« On arrivait de France, avec la culture du soccer, et là, on nous fait jouer au ballon-balai ! C’est quoi, ce sport de fou ? » raconte-t-il en riant.

Après des études de premier cycle en biochimie à l’Université de Montréal, il fait ses études supérieures à McGill. Ses projets de recherche postdoctoraux l’amènent ensuite plusieurs années à San Francisco et sur la Côte d’Azur.

Malgré ses multiples déracinements, Reza peut tout de même dire que le Québec est sa maison.

« Pendant ces cinq ans où j’étais à l’étranger, chaque fois que je revenais à Montréal, j’avais le feeling de rentrer à la maison. C’est chez moi, ici », dit-il sans hésiter.

En novembre dernier, Stingmaster s’est vu décerner une bourse de la part de l’organisme Entreprendre ici, qui vise à appuyer les entrepreneurs issus de la diversité ethnoculturelle au Québec.

La somme servira au processus d’homologation de la crème chez Santé Canada. Le produit est déjà approuvé par la FDA américaine.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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