Le couperet vient de tomber. Le conseil municipal de Maricourt a décidé de renoncer à son projet d’achat d’un domaine privé, situé non loin du village, pour réaliser un développement immobilier.
Le projet, rappelons-le, visait à acheter une fermette de 144 acres (582 747 mètres carrés) au coût de 1,2 M$, pour le lotir et vendre des terrains. La municipalité estimait que ce projet aurait pu lui rapporter, à terme, un profit d’un peu plus de 1 M$.

Projet questionné à deux reprises
Par deux fois, en décembre et février, des citoyennes et citoyens ont signé un registre pour demander un référendum sur ce projet. Le premier avec 95 signatures et le second avec 84. Ce qui, dans les deux cas, excédait le nombre minimal de signatures requises.
La municipalité avait organisé, le mardi 27 janvier dernier, un point de presse à Sherbrooke suivi, plus tard dans la journée, d’une séance d’information publique à Maricourt. Avec pour double objectif d’informer les médias estriens, intéressés par cette saga, ainsi que les Maricourtoises et Maricourtois.
Les élus de cette municipalité de 494 habitants ont dit avoir considéré, avant de prendre leur décision, la volonté des 179 personnes qui ont signé les deux registres.

«Le projet va se faire pareil»
Le maire, Jean-Luc Beauchemin, explique que malgré ces deux revers, les membres du conseil n’avaient pas encore jeté la serviette. Ils ont considéré l’option de tenir un référendum sur la question.
Ce serait la décision du propriétaire de ne plus vendre à la municipalité qui aurait pesé dans la balance, selon le magistrat. Compte tenu des délais, toujours repoussés, pour l’achat de la propriété.
Il confie que des entrepreneurs privés ont déjà amorcé des approches. Ce qui pourrait faire en sorte qu’un développement similaire voit éventuellement voir le jour.
«Le projet va se faire pareil. Mais cette fois par un entrepreneur privé. Ce qui va faire en sorte que les citoyens vont perdre plus de 1M $. Nous n’aurions eu qu’à vendre la maison et la terre agricole attenante, où il y avait un droit de bâtir, et ça aurait tout de suite payé l’emprunt», continue-t-il de marteler.

Il ajoute :
«Ces projets privés nous rapporteront des taxes, même si c’est beaucoup moins d’argent. On ne sera pas perdants sur toute la ligne.»

Inspiré par Saint-Denis-de-Brompton
Le maire réitère que l’objectif de ce projet était de soutenir les finances municipales pour éviter de futures hausses de taxes.
«Je cherchais des façons de faire vivre la municipalité et je trouvais que c’en était une belle.»
Il reconnait que tous les élus n’étaient pas, au départ, convaincus d’embarquer dans ce train.
«Il y a des conseillers qui entendaient ce que le public disait et étaient incertains. Mais lorsqu’ils ont vu l’investissement que ça prenait et le profit que ça nous donnait, ils se sont ralliés.»

Jean-Luc Beauchemin, qui a été maire de Saint-Denis-de-Brompton, croit qu’il aurait pu importer des façons de faire et les adapter à Maricourt.
«Quand des gens disent que je n’ai pas d’expérience, ce n’est pas vrai. À Saint-Denis-de-Brompton, nous sommes quand même passés d’une population de 1000 à 5000 habitants. À l’époque, nous avions rencontré des contracteurs pour acheter des terrains et avions mis en place des programmes spéciaux pour, dans certains cas, créer des rues privées. Nous avons fait toutes ces adaptations parce qu’il fallait grossir la municipalité pour survivre.»
Le maire est d’avis que sa municipalité, dans un cas comme celui-là, aurait très bien pu être maitre d’œuvre du développement, tout en s’associant à différents partenaires. «Ce n’est pas nous qui aurions vendu les terrains, ça aurait été un agent d’immeuble. La municipalité aurait fait le lotissement, et après : go!»
L’exemple réussi de Valcourt
De fait, dans la région immédiate de Maricourt, des projets semblables existent. La Ville de Valcourt avait décidé d’acquérir, en 2006, des terrains détenus par Placements Bombardier, une entreprise appartenant aux familles Bombardier et Beaudoin, liées à l’empire Bombardier. Et ce, pour agrandir la municipalité avec de nouvelles constructions.
En 2023, Valcourt avait annoncé la troisième phase de ce projet, appelé «Boisé du ruisseau». Aujourd’hui, les 25 derniers lots ont tous été vendus pour y construire des jumelés et des maisons unifamiliales.

«Ça commence à m’affecter»
Jean-Luc Beauchemin se dit déçu de la tournure de la situation.
«Dès qu’on fait un emprunt pour un gros projet, des citoyens peuvent décider de le bloquer. Nous avons beau leur expliquer, certains sont quand même enragés. On le voit dans leur regard et leur non-verbal. Et on ne peut rien y faire.»
Il partage sa fatigue vis-à-vis de ces relations tendues avec certains citoyens.
«Comme policier, j’avais développé depuis 30 ans une bonne carapace. Mais là, ça commence à m’affecter. On ne décide pas d’être élu dans une petite municipalité pour gagner un gros salaire. On le fait pour le bien de la municipalité. Les gens ne doivent pas oublier que j’y vis, moi aussi, et que je paye des taxes. Et lorsqu’elles augmentent, elles augmentent pour tout le monde. C’est pour ça que nous tentons de trouver des solutions.»
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