(Photo : gracieuseté) Mina Dromard, Initiative de journalisme local (Photo : gracieuseté) Mina Dromard, Initiative de journalisme local
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De ces rencontres est né Nos voix se rencontrent, un balado vidéo interculturel réalisé avec des jeunes du pôle de francisation.

Intitulé Nos voix se rencontrent, le projet met en scène une quinzaine d’élèves de première, deuxième et troisième génération d’immigrants. Les élèves de première génération sont nés à l’extérieur du Québec, ceux de deuxième génération sont nés au Québec de parents immigrants, tandis que les élèves de troisième génération sont issus de familles établies au Québec depuis plusieurs générations.

« On parle souvent de Québécois de souche, mais, au fond, nous sommes tous issus de l’immigration. La souche a été importée de France ou d’ailleurs », souligne Sonia Thorne.

La majorité des élèves du pôle de francisation de Saint-Rémi résident à Candiac, Sainte-Catherine ou La Prairie.

Le balado vidéo comprend cinq épisodes, chacun consacré à une thématique différente. Dans chaque épisode, un élève de chacune des trois générations participe à la discussion.

Né d’un moment de tension

L’idée du balado est née à la suite d’un incident survenu lors d’une sortie scolaire. Certains élèves du pôle de francisation ont eu l’impression d’avoir été victimes d’une injustice après avoir été expulsés d’un autobus, car ils étaient racisés, alors que, selon eux, ils n’étaient pas responsables du chahut qui s’y déroulait.

« Ils sont arrivés en classe très en colère », raconte Mme Thorne.

Pour amorcer la réflexion, l’enseignante leur a présenté le documentaire Bagages, qui donne la parole à des adolescents nouvellement arrivés à Montréal et explore leurs parcours migratoires et leur intégration à travers des ateliers d’art dramatique.

« Ça a créé des discussions extraordinaires dans la classe. Ça a beaucoup apaisé l’histoire de l’autobus. Les échanges étaient tellement riches qu’on peut dire que le projet est parti de là », explique-t-elle.

Rapidement, les élèves ont constaté que leurs réalités se rejoignaient souvent.

« Malgré nos différences, on a beaucoup plus de choses en commun qu’on le pense », affirme Léonard.

Gianluigi explique avoir voulu participer pour partager son vécu.

« Je préfère exprimer ce que je ressens plutôt que de garder ça pour moi. Ça permet aux autres de comprendre ce qu’on vit réellement. »

« Les gens ne connaissent pas nécessairement toutes les réalités qui existent dans notre école. C’est intéressant de partager nos expériences et même parfois nos différentes façons de parler ou de prononcer certains mots », ajoute Alejandro, qui est arrivé au Québec en 2024 depuis le Mexique.

Pour Heidi, une participante, le projet représentait surtout l’occasion d’en apprendre davantage sur les autres.

« Je trouvais ça intéressant de découvrir l’histoire des gens et de mieux comprendre nos différences pour mieux s’entendre. »

Briser la glace avant les micros

Avant l’enregistrement des épisodes, l’équipe a organisé plusieurs activités afin de favoriser les échanges.

« Pendant trois dîners, les élèves se sont rencontrés en petits groupes. On changeait les équipes chaque fois et ils répondaient à différentes questions. C’est à partir de ces échanges qu’on a formé les trios du balado », explique Mme Thorne.

Étudiants à la bibliothèque
Le balado a été produit à la bibliothèque de Saint-Rémi par N3 Productions grâce à la bourse Desjardins.(Photo: gracieuseté)

Ces rencontres ont permis aux jeunes de découvrir des facettes méconnues de leurs camarades.

« On a appris des choses qu’on ne savait pas les uns sur les autres. Avant, on connaissait seulement ce que la personne montrait à l’extérieur, mais pas forcément ce qu’elle avait vécu », raconte Gianluigi, arrivé en 2024 au Québec depuis le Pérou.

Les discussions ont aussi mis en lumière la diversité des parcours migratoires.

« J’ai un ami chinois qui participait au projet. Moi, j’étais triste de quitter mon pays, alors que lui était heureux de partir. Il nous expliquait qu’il préférait le système d’éducation ici », ajoute-t-il.

Parmi les pays d’origine représentés figurent notamment le Mexique, la Colombie, le Pérou, la Russie, le Sénégal, la Moldavie, le Brésil, les États-Unis et la Chine.

Les défis de l’intégration

Les élèves du pôle de francisation ont également abordé les défis liés à leur arrivée au Québec.

« Au début, c’était difficile de se faire des amis à l’école. Avec le temps, j’ai rencontré des personnes vraiment gentilles et ça s’est amélioré », raconte Khady, arrivée l’année dernière du Sénégal.

Pedro souligne avoir trouvé le programme scolaire familier.

« Quand je suis arrivé ici, je revoyais beaucoup de notions que j’avais déjà apprises dans mon pays au Brésil. »

Le projet a aussi attiré des élèves qui ne sont pas issus de l’immigration.

« J’ai déjà vécu certaines situations liées aux préjugés, même si ce n’était pas en lien avec l’immigration. Je voulais voir les ressemblances qu’on peut avoir malgré nos différences », explique Alyssa.

Parler du racisme vécu au quotidien

Au fil des discussions, plusieurs jeunes ont raconté des expériences de discrimination ou de préjugés.

« Lors des travaux d’équipe, personne ne voulait être avec moi. Certains se moquaient aussi de mon prénom », raconte Pedro, arrivé au Québec en 2023, depuis le Brésil.

« Pendant une course, quelqu’un m’a lancé : “Le Mexicain ne nous dépassera pas.” Pourtant, je ne suis même pas mexicain », ajoute Gianluigi.

« Si tu es Latino, les gens pensent automatiquement que tu es Mexicain », souligne Alejandro.

Katrina, une élève dont l’un de ses parents est russe, rapporte également des commentaires récurrents.

« Chaque fois que je dis que je suis russe, les gens me demandent si mon grand-père est Poutine ou ils font des remarques sur la guerre. » Michel, un élève moldave arrivé au Québec à l’âge de 3 ans et dont les parents sont russes et moldaves, le confirme.

« Pour les Colombiens c’est pareil, les gens disent souvent : “Ah, Pablo Escobar.” On ne parle jamais des grands scientifiques ou des grandes réalisations de mon pays », déplore un autre.

Selon Mme Thorne, le projet a aussi permis à certains élèves de prendre davantage leur place dans les discussions.

« Un élève de troisième génération disait souvent : “Je ne veux pas répondre à cette question. Je ne veux pas prendre toute la place.” Ça montre qu’il y avait une réelle réflexion sur l’écoute et le partage de la parole. »

Pour Alyssa, les échanges ont permis de constater l’évolution de la société québécoise.

« Ça m’a fait réaliser à quel point la culture québécoise a changé au fil du temps. Selon moi, n’importe qui peut être Québécois. »

Léonard, un élève de troisième génération, souligne l’importance de reconnaître les préjugés inconscients.

« Il existe des biais inconscients. Ça ne veut pas dire que quelqu’un est méchant, mais il faut avoir le courage de reconnaître ces préjugés si on veut les dépasser. »

Alyssa conclut : « On peut forcer quelqu’un à entendre, mais pas à écouter. »

Miser sur le vivre-ensemble

Questionnés sur ce qu’ils aimeraient voir davantage à l’école, plusieurs élèves proposent des activités favorisant le vivre-ensemble et les échanges interculturels.

Selon eux, ces discussions devraient avoir une place plus importante dans le milieu scolaire, au même titre que les ateliers portant sur d’autres enjeux sociaux.

L’enseignante Sonia Thorne n’en est pas à son premier projet en matière d’inclusion. En 2024, elle avait déjà mis sur pied une initiative permettant à des élèves issus de l’immigration de célébrer leur culture et leur parcours d’intégration. Des jeunes de l’école primaire Notre-Dame–Saint-Joseph, à La Prairie, avaient alors présenté leurs textes dans un recueil intitulé Il était treize fois, afin de promouvoir la diversité et de renforcer les liens entre les différentes cultures.

Le lancement officiel du balado Nos voix se rencontrent a eu lieu le 5 juin à la bibliothèque Léo-Lecavalier de La Prairie. Les cinq épisodes sont maintenant accessibles sur Spotify et YouTube.

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