Attention photo exclusive à l'article de La Tribune
François Lamarche et Jean-Sébastien Bouffard, propriétaires de l’abattoir de Racine. (Jean Roy/La Tribune)
{acf_vo_headline}

L’abattoir BL de Racine se démène comme un diable dans l’eau bénite depuis 2019 pour faire modifier un règlement qui lui fait perdre 90 minutes de production chaque midi. Malgré tout, la situation de l’entreprise estrienne a été ignorée dans la récente mise à jour du Règlement sur les aliments.

Cette refonte, publiée à la fin du mois de juin dans la Gazette officielle du Québec, met en place des allégements pour les abattoirs de proximité leur permettant notamment de vendre la viande dans les marchés publics.

Les abattoirs de proximité servent principalement à abattre les animaux provenant des fermes des alentours. Ils ne sont pas inspectés en continu par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

À l’inverse, les abattoirs provinciaux, comme ceux de Racine, traitent un volume d’animaux beaucoup plus élevé. Ils font l’objet d’une inspection permanente et la viande peut être distribuée partout dans la province.

Photo de l'abattoir
L’équipe de La Tribune a pu pénétrer dans cet abattoir de l’Estrie au bénéfice de ce reportage. (Jean Roy/La Tribune)

«On a un vétérinaire et trois inspecteurs sur place, indique François Lamarche, l’un des propriétaires de l’abattoir du petit village. Le vétérinaire inspecte les animaux à leur arrivée alors qu’ils sont encore vivants. Il est ensuite présent à chaque étape pour confirmer que la viande ne présente pas de conditions dangereuses à la consommation. Il n’y a pas ça dans les abattoirs de proximité.»

Manque de cohérence

S’ils saluent les allégements pour les abattoirs de proximité, les propriétaires de l’abattoir de Racine estiment qu’ils auraient dû eux aussi être écoutés par le gouvernement.

L’une des revendications concrètes demandées est de suspendre l’obligation de vider la chaîne d’abattage sur l’heure du dîner en vertu du règlement qui ordonne qu’un animal soit éviscéré moins de 30 minutes après la saignée.

«La pause dîner commence juste lorsque la chaîne est vidée complètement, mentionne Jean-Sébastien Bouffard, copropriétaire. Donc, le premier de la chaîne, ça fait 45 minutes qu’il attend et au retour, c’est le dernier de la file qui doit attendre. On perd donc une heure trente de production le midi.»

L’entreprise a chiffré à 100 000 $ annuellement le coût de cette longue pause dans le milieu de la journée.

L’abattoir BL situé à Racine en Estrie offre des services d’abattage pour le bovin, l’ovin, le porcin et également le wapiti. Notre photo, des agneaux en attente d’être abattus. (Jean Roy/La Tribune)

«Depuis 2019, on a engagé des lobbyistes, on a tout fait, souligne M. Lamarche. C’est à cause d’un seul règlement qui n’a pas été modifié depuis 1973. Ils ne savent pas ce que ça peut faire si on laisse les carcasses sur la chaîne le midi.

«Ils ont engagé des spécialistes pour analyser des dossiers dans le nouveau règlement, mais pas pour nous. Ça serait une affaire de rien de faire des tests de salmonelle, E. coli et tout ça.

«On s’est fait dire maintes et maintes fois que la loi, c’est la loi et qu’on ne peut pas la changer, déplore M. Bouffard. Ils nous ont dit d’attendre les refontes réglementaires, mais, de l’autre côté, ils allègent pour les abattoirs de proximité. Le message doit être cohérent.

«En plus, ils tolèrent que des animaux soient laissés sur la chaîne dans d’autres abattoirs plus petits, mais ils ne veulent pas l’écrire.»

 

Photo de carcasses
L’abattoir de Racine livre de la viande dans les boucheries aux quatre coins du Québec. (Jean Roy/La Tribune)

Différente région, même problème

Le discours est le même pour Steeve Cliche, copropriétaire avec Francis Paré des Abattoirs Cliche à East Broughton.

Il réclame également des assouplissements administratifs qui permettraient aux abattoirs sous inspection de gagner en efficacité.

«On perd une heure et demie de production par jour pour des raisons administratives. Il y a moyen d’être plus efficace sans compromettre la salubrité.»

 

Il chiffre précisément ce que cette contrainte lui coûte: l’arrêt de chaîne imposé au dîner – le temps que ses inspecteurs prennent une pause complète – représente à lui seul 45 minutes à une heure et quart de production perdue chaque jour, contre 20 minutes chez ses concurrents non inspectés.

Récupérer ce temps lui permettrait d’accepter jusqu’à 100 carcasses de plus par semaine pour un client externe, soit environ 100 000 $ de revenus additionnels par année, pour les mêmes dépenses fixes.

Il y a donc absence de cohérence entre les allégements donnés aux abattoirs de proximité et la rigidité importante du MAPAQ face à leurs demandes, selon les propriétaires.

«On n’est pas contre le projet de loi, résume Jean-Sébastien Bouffard. Il faut seulement que ce soit cohérent du début à la fin. S’ils changent pour un, il faut que ça suive pour l’autre. Ils ne peuvent pas encourager les autres et essayer de nous faire mourir dans un sens.»

Appelées à commenter cette situation, les relations publiques du MAPAQ ont mentionné que «le ministère poursuit également ses travaux dans la perspective d’améliorer l’environnement d’affaires des abattoirs sous inspection permanente».

Trois grandes catégories d’abattoirs

  • Abattoirs sous inspection fédérale: titulaires d’une licence de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), ils peuvent commercialiser leur viande partout au Canada et à l’international. Il s’agit généralement des plus grands établissements;
  • Abattoirs sous inspection provinciale: supervisés par le MAPAQ, ils peuvent vendre leur viande uniquement au Québec. Chaque animal est inspecté avant et après l’abattage, notamment par un vétérinaire, en plus d’une présence quotidienne d’inspecteurs du Ministère;
  • Abattoirs de proximité destinés principalement aux producteurs de leur région, ils ne sont pas soumis à une inspection permanente. Dès la fin août, les producteurs pourront vendre directement, à la ferme ou dans les marchés publics, la viande provenant d’animaux qui y sont abattus. Celle-ci devra toutefois être identifiée comme provenant d’animaux abattus sans inspection permanente.

Un projet pilote

Québec, l’Ontario et l’Agence canadienne d’inspection des aliments ont également conclu une entente permettant aux producteurs de bovins de l’Abitibi-Témiscamingue de faire abattre leurs animaux en Ontario avant de commercialiser leur viande au Québec, afin de pallier le manque de capacité d’abattage dans la région.

 

LIRE LA SUITE DE CETTE SÉRIE DANS LA TRIBUNE :

La réforme qui inquiète les abattoirs provinciaux : https://www.latribune.ca/affaires/2026/07/21/la-reforme-qui-inquiete-les-abattoirs-provinciaux-QVMPCIPAMFBOPIW3APSFVLJQDE/

Après les abattoirs de proximité, Québec ouvre un chantier pour les abattoirs provinciaux : https://www.latribune.ca/affaires/2026/07/21/apres-les-abattoirs-de-proximite-quebec-ouvre-un-chantier-pour-les-abattoirs-provinciaux-5ED2SAWYKFBOVKBCB3JQKEH6FA/

 

Laisser un commentaire

Oui SVP, inscrivez-moi à l'infolettre du Val-Ouest pour recevoir un lien vers les nouveaux articles chaque semaine!

À lire aussi