image : Le Val-Ouest (Microsoft Designer)
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Quel est le «revenu viable», c’est-à-dire le revenu nécessaire pour vivre décemment dans Le Val-Saint-François? Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) s’est intéressée à cette question. Pour ce faire, l’IRIS a comparé les réalités économiques de Richmond, de Saint-Denis-de-Brompton et de Sainte-Anne-de-la-Rochelle.

«L’objectif de l’étude, c’est d’essayer de montrer à quel moment on sort de la pauvreté. C’est-à-dire qu’on est capable de répondre à ses besoins et d’avoir une vie qui est modeste, mais décente», explique Eve-Lyne Couturier, chercheuse de l’IRIS responsable de cette étude.

Depuis 2015, cet institut calcule le revenu viable pour différentes localités du Québec et pour différents types de ménage. C’est toutefois la première fois qu’on publie une étude sur la MRC du Val-Saint-François et d’autres MRC en Estrie.

Pour ce faire, l’IRIS s’est inspiré des travaux sur le «living wage» en Colombie-Britannique et aux États-Unis. «Nous l’avons adapté à la réalité québécoise. En le transformant non pas en indicateur de salaire, mais en indicateur de sortie de la pauvreté», déclare Eve-Lyne Couturier.

«A-t-on les sous pour remplacer le frigo?»

La chercheuse précise sa définition de précarité.

«Ça ne veut pas dire qu’on n’est pas capable de répondre à ses besoins. Ça veut dire qu’on n’a pas l’espace pour répondre à des imprévus. Par exemple, si le frigo ne fonctionne plus ce matin, est-ce qu’on a les sous pour le remplacer? Plus le revenu est loin du revenu viable, plus les choix sont difficiles. Et plus la précarité est grande.»

Eve-Lyne Couturier pointe aussi certaines nuances. «Il y a de la place, dans notre calcul, pour faire ce que j’appelle de l’arbitrage. Par exemple, dépenser un peu moins en vêtements pour dépenser un peu plus en transport. Ou faire des économies en soins de santé pour ajuster sur le logement.»

Étude basée sur les coûts réels

L’IRIS base entre autres ses calculs sur les «mesures du panier», basées sur les coûts réels. «Quand on calcule le revenu viable, on prend le coût réel du logement dans une municipalité ou une ville. On fait la même chose avec l’alimentation. En faisant des relevés directement dans les épiceries locales pour connaître les coûts.»

Un organisme était d’ailleurs responsable de relever les prix dans les différentes épiceries. «Nous nous basons sur la méthodologie d’Alima, le Centre de nutrition sociale périnatale. Cela fait en sorte qu’on relève partout les prix pour les mêmes denrées. Ce qui permet d’avoir un panier d’épicerie standard. Par exemple, les coûts pour un sac de riz d’un kilo. On trouve le moins cher dans l’épicerie visitée et on l’inscrit dans l’outil. On voit ainsi combien coûte l’épicerie. Tout en tenant compte, par la suite, des besoins nutritionnels qui sont différents pour une femme enceinte, un homme âgé ou un enfant de quatre ans.»

«L’objectif de l’étude, c’est d’essayer de montrer à quel moment on sort de la pauvreté», explique Eve-Lyne Couturier, chercheuse de l’IRIS qui a fait les recherches et rédigé le document.  (crédit photo : IRIS)

Pourquoi avoir choisi ces trois municipalités?

C’est justement la présence de dépanneurs ou d’épiceries qui a fait en sorte que l’IRIS a ciblé Richmond, Saint-Denis-de-Brompton et Sainte-Anne-de-la-Rochelle. De même, la chercheuse a choisi des municipalités avec des tailles différentes, pour «avoir une plus grande représentativité.».

Coûts des denrées plus élevés en région

Premier constat de l’étude : le coût des denrées est plus élevé hors des centres urbains.

«Les petites épiceries ont des contraintes différentes des grandes surfaces. Ce n’est pas de leur faute. Ce sont souvent des épiceries indépendantes, qui n’ont pas accès aux mêmes réseaux de distribution. Ils n’ont pas non plus les mêmes volumes de vente. Ils peuvent donc difficilement compétitionner avec les grandes épiceries.»

Malgré ce fait, Eve-Lyne Couturier souligne l’importance de la présence de ces commerces. «Le fait d’avoir une épicerie locale est une bonne nouvelle pour les résidents. Alors qu’il y a des endroits où il n’y a même pas de dépanneur. Donc même si ça coûte plus cher, c’est mieux que de n’avoir aucune épicerie.»

Compte tenu de ces coûts plus élevés pour les denrées, la chercheuse soupçonne certains ménages de ne pas entièrement faire leur épicerie localement.

L’étude ne tient toutefois pas compte de la présence de marchés publics. Comme ceux de Melbourne et de Racine. Ou encore du fait qu’à la campagne, certaines personnes cultivent une partie de leurs aliments, élèvent des animaux ou chassent pour se nourrir. «C’est très difficile d’attribuer comment les gens vont utiliser leur potager, les marchés locaux ou l’activité de la chasse», observe-t-elle.

Plus cher de vivre à Saint-Denis-de-Brompton

Le revenu viable est très variable d’une municipalité à l’autre. À Richmond, l’IRIS calcule que pour une personne seule, il faut 39 041 $ pour sortir de la pauvreté. Alors qu’il en faut 41 998 $ à Sainte-Anne-de-la-Rochelle et 45 332 $ à Saint-Denis-de-Brompton. Cette dernière localité est d’ailleurs la troisième plus dispendieuse pour une personne seule en Estrie, après Granby et Waterville. Ces différences s’expliquent, selon l’étude, par les coûts liés au logement et, dans une moindre mesure, à l’alimentation.

Pour ce qui est d’un ménage de quatre personnes, composé de deux adultes et de deux enfants en CPE, c’est encore une fois à Richmond qu’il en coûte le moins cher (78 932 $) comparé à Sainte-Anne-de-la-Rochelle (83 614 $) et Saint-Denis-de-Brompton (86 806 $).

Source : IRIS

Coût de l’alimentation plus bas à Richmond

Le coût de l’alimentation est aussi très différent d’un endroit à l’autre. C’est à Richmond que le budget consacré à l’épicerie est le plus bas (1000 $ de moins que la moyenne régionale). Alors qu’une personne vivant à Saint-Denis-de-Brompton dépenserait environ 1500 $ de plus que la moyenne régionale.

«La différence entre les deux localités est énorme. Avec des économies de plus de 6000 $ pour une famille de quatre qui se déplacerait de Saint-Denis-de-Brompton à Richmond», expose la chercheuse dans son étude.

Eve-Lyne Couturier croit d’ailleurs qu’il serait «étonnant» que les ménages à faible revenu à Saint-Denis-de-Brompton fassent l’ensemble de leurs achats localement. «Cela implique des dizaines de kilomètres en déplacement et demeure plus cher que le coût de l’alimentation à Richmond ou à Saint-Anne-de-la-Rochelle», spécifie-t-elle.

Un quart des logements jugés «inadéquats»

Dans le Val-Saint-François, 75 % des ménages sont propriétaires de leur résidence. Cette proportion est de 52 % à Richmond. C’est toutefois à Richmond que le coût du logement est le plus bas dans la MRC.

À Richmond et à Saint-Denis, près d’un ménage sur quatre (25 %) possède ou vit, selon l’étude, dans «un logement jugé inadéquat (trop cher, trop petit ou nécessitant des réparations majeures).»

De même, l’étude indique que le taux de ménages ayant un logement subventionné (8 %) est plus élevé dans Le Val-Saint-François qu’ailleurs en Estrie.

Beaucoup de déplacements vers le lieu de travail

La majorité des travailleuses et travailleurs du Val-Saint-François doivent se déplacer pour se rendre à leur travail. Moins du quart d’entre eux (23 %) travaillent dans la municipalité où ils habitent. Ce qui est beaucoup plus bas que la moyenne en Estrie (55 %).

C’est à Saint-Anne-de-la-Rochelle que les résidentes et résidents doivent le plus prendre leur voiture pour aller travailler. Seulement 17 % ont la possibilité de travailler à Sainte-Anne-de-la-Rochelle. Alors que le taux grimpe à 39 % pour Richmond et à 45 % pour Saint-Denis-de-Brompton.

Le transport collectif dans le Val-Saint-François, offert par Trans-Appel, n’est à peu près pas utilisé pour des déplacements liés au travail.  (crédit : Trans-Appel)

Plus de 30 minutes pour se rendre au travail

Les résidents et résidentes des trois municipalités ciblées ont aussi des temps de transport plus élevés. Alors qu’en moyenne, 73 % des gens du Val se rendent à leur travail en moins de 30 minutes, les taux sont de 53 % à Saint-Denis-de-Brompton, 59 % à Sainte-Anne-de-la-Rochelle et 68 % à Richmond.

Peu de services publics de santé

Parmi les trois localités étudiées, seule Richmond compte une clinique dentaire. Et aucune n’a de clinique d’optométrie.

Selon l’étude :

«La MRC du Val-Saint-François offre relativement peu de services publics pouvant répondre aux besoins de santé de sa population, notamment en raison de sa proximité avec la ville de Sherbooke. On recense seulement un CLSC et un point de services. Un service d’urgence avait été mis en place au CLSC de Windsor, mais la clinique a été convertie en clinique sans rendez-vous.»

Enseigne CLSC
Selon l’étude, «La MRC du Val-Saint-François offre relativement peu de services publics pouvant répondre aux besoins de santé de sa population.»  (crédit photo : Le Val-Ouest)

Moins de places en CPE dans le Val

L’étude met en lumière que le taux de couverture pour des places en services de garde est moins élevé dans le Val-Saint-François (83 %) que dans les MRC voisines. Par exemple, il est de 92 % dans la MRC de Memphrémagog, 97 % dans la MRC de La Haute-Yamaska et 100 % dans la MRC des Sources. «Il y a un manque de places en service de garde dans la région au complet. C’est assez préoccupant»,fait savoir la chercheuse.

Ces chiffres devraient toutefois changer sous peu avec les récentes constructions de CPE à Saint-François-Xavier-de-Brompton (63 places) et à Racine (63 places). Ainsi que l’agrandissement des CPE Sel et Poivre à Windsor (ajout de 34 places) et du CPE Pop-Soleil à Richmond (ajout de 39 places).

L’étude met en lumière que le taux de couverture pour des places en services de garde est moins élevé dans le Val-Saint-François que dans les MRC voisines. Les constructions, en 2025, de CPE à Racine (sur la photo) et à Saint-François-Xavier-de-Brompton devraient permettre de combler une partie des besoins.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

À qui sert cette étude?

Selon Eve-Lyne Couturier, une étude comme celle-ci est consultée par plusieurs types d’intervenants.

«Il y a les employeurs, qui l’utilisent pour offrir des salaires qui permettent à leurs employés de sortir de la pauvreté. On compte aussi des décideurs et des fonctionnaires, qui souhaitent améliorer la situation économique ainsi que l’accès au logement et au transport. Et enfin, il y a des groupes communautaires et des citoyens, qui s’en servent pour revendiquer des changements dans leur municipalité.»

 

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