Benoit Valois-Nadeau Le Devoir Benoit Valois-Nadeau, Initiative de journalisme local
{acf_vo_headline}

Situé à 45 minutes de la frontière américaine, Sherbrooke a toujours considéré les États-Unis comme un débouché naturel pour son industrie. La guerre commerciale avec nos voisins du Sud force les entreprises de la région à faire preuve d’ingéniosité : nouveaux marchés, nouveaux produits, ou tout simplement déménagement au sud de la frontière. Un an après l’entrée en vigueur des tarifs, des entreprises pensent avoir trouvé la recette pour survivre à l’incertitude des années Trump. Le Devoir a visité deux d’entre elles.

Dans la salle de conférence de l’entreprise Milan Conception, cinq horloges trônent au-dessus d’une vaste mappemonde. On y donne l’heure de Sherbrooke, mais aussi de quatre mégapoles : Pékin, Paris, São Paulo, New Delhi.

La PME de 38 employés conçoit de la machinerie spécialisée pour fabriquer des joints d’étanchéité destinés à l’industrie automobile. Malgré sa petite taille, elle peut se vanter de faire des affaires sur cinq continents.

« On exporte des machines dans 19 pays, dont les États-Unis, évidemment », explique Jérémie Fortin, directeur des ventes.

L’entreprise, qui exporte 90 % de sa production, fait partie de la petite filière automobile estrienne. Un secteur hautement intégré à l’économie américaine qui a directement été affecté par la guerre commerciale et l’abandon par le gouvernement Trump de nombreuses mesures favorisant les véhicules verts.

Jérémie Fortin « Plutôt que d’aller chercher à travers le monde, on s’est dit: parfait, qu’est-ce qu’on peut faire localement au Québec? »
« Ce ne sont pas les tarifs qui nous ont fait mal directement, puisque notre équipement n’y est pas sujet individuellement. C’est vraiment l’incertitude dans le marché automobile, le report ou l’annulation de programmes pour les véhicules électriques notamment, qui nous a fait le plus mal, précise Jérémie Fortin. On avait de très gros clients qui, eux, exportaient beaucoup aux États-Unis, qui ont frappé un mur avec les tarifs. Ils ont complètement arrêté de commander chez nous. »

La firme américaine Cooper Standard, qui produit des joints d’étanchéité pour les véhicules, a donné le ton en 2024 en fermant son usine sherbrookoise pour rapatrier sa production au sud de la frontière. Cent-quinze emplois ont été perdus.

Pour pallier ses pertes, Milan Conception a choisi de se tourner vers de nouveaux marchés, non pas à l’international, mais à quelques kilomètres de son usine du boulevard de Portland.

« Notre but de la dernière année, ç’a été de ratisser un petit peu moins large. Plutôt que d’aller chercher à travers le monde, on s’est dit : parfait, qu’est-ce qu’on peut faire localement au Québec ? » relate M. Fortin.

L’entreprise s’est donc lancée dans la conception de produits d’automatisation et d’optimisation destinés à des joueurs locaux, par exemple dans l’industrie du bois et de l’aluminium.

« Il y a plein d’industries québécoises qui veulent s’automatiser, augmenter leur efficacité, leur contrôle qualité. On a l’équipe pour faire des projets sur mesure pour ces industries-là », assure le directeur des ventes de Milan Conception.

En chiffres

40 % des entreprises sherbrookoises exportent à l’extérieur du Québec. De ce nombre, 80 % le font aux États-Unis, une proportion supérieure à l’ensemble du Québec (73 %).

L’entreprise garde un œil attentif sur la production automobile, qui a repris du poil de la bête, et lorgne notamment le marché sud-coréen. Mais ce virage local gardera assurément une place importante dans son carnet de commandes.

« Il y a trois ans, l’automatisation représentait environ 10 % de notre chiffre d’affaires. Dans les deux dernières années, on s’est rapproché de 50 %. Ça ne restera peut-être pas à ce niveau, mais on veut tout de même garder une bonne part de marché dans le sur-mesure », assure Jérémie Fortin.

L’entreprise y voit un bon moyen d’éviter les « hauts et les bas du marché automobile » et, par le fait même les turbulences du marché américain.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

À lire également

Laisser un commentaire

Oui SVP, inscrivez-moi à l'infolettre du Val-Ouest pour recevoir un lien vers les nouveaux articles chaque semaine!

À lire aussi