Il y a plusieurs, plusieurs années déjà, j’avais fait référence dans une chronique à une étude sur l’indice de bonheur de nombreux pays. Le Québec se classait parmi les tout premiers. Et il y a plus longtemps encore, j’ai remplacé dans mes attentes le bonheur par les bonheurs, petits et grands. Me satisfaisant de ma qualité de vie jusqu’ici, j’avais perdu tout intérêt pour la question. Mon pouvoir sur elle me semblait plutôt mince. J’attends moins et la cueillette des petits bonheurs est remplie de surprises, ce qui me plait bien.
Est-ce l’usure morale ou simplement le passage du temps, mais voilà que j’ai été interpelé par les nouvelles données sur le sujet. Sur 147 pays, le Québec1se classe à nouveau dans le peloton de tête, au cinquième rang, à égalité avec la Suède. La Finlande se retrouve en tête du classement, et ce depuis 9 ans. Il doit bien y avoir un secret, une recette ! Suivent, dans l’ordre, l’Islande, le Danemark et le Costa Rica. N’était du Costa Rica, il est tentant de croire qu’il vaut mieux vivre dans les pays nordiques ou tempérés que dans les pays chauds qui pourtant peuvent nous faire envie. Notamment en plein hiver !
Grand bonheur ou petits bonheurs, d’occasion ou non, mais de quoi parle-t-on exactement ? L’organisme derrière cette classification, le Wellbeing Research Centre de l’University d’Oxford donne sa définition. Plutôt que de baser l’évaluation sur les émotions ou le ressenti général au quotidien, on a fait le choix de cibler le jugement que l’on porte sur sa qualité de vie en général. Parmi les facteurs qui ressortent de l’analyse comme étant déterminants, il y a en tête de liste un incontournable, le produit intérieur brut, le fameux PIB, reflet de la richesse d’un pays. L’espérance de vie en santé suit de près, de même que l’ensemble des services sociaux disponibles. Viennent ensuite la liberté dans les choix de vie et un climat ambiant d’ouverture et de générosité. Ressort en dernier la place qu’occupe la corruption.
Les États-Unis se retrouvent au 23e rang. Et le Canada ? Il se retrouve au 25e rang incluant le Québec – ou au 35e en l’excluant ! Il n’y aurait pas que la langue qui nous distingue, mais aussi le bonheur. Curieusement pourtant, la langue y serait pour beaucoup, mais pas où on pouvait s’y attendre.
L’étude fait ressortir le poids important des jeunes de 25 ans et moins dans les résultats, notamment dans les pays riches dont l’anglais est la langue principale. Il y a quatre pays où les jeunes de moins de 25 ans ont vu leur niveau de bonheur diminuer de façon très marquée depuis 2011, au point d’affecter de façon importante leur cote nationale. Ces pays sont le Canada, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce sont des pays où l’on parle très majoritairement anglais. Une explication possible tiendrait aux réseaux sociaux dominants qui sont anglophones et qui accaparent une place très importante, parfois jusqu’à 6 heures et plus, dans les activités quotidiennes de ces jeunes. Plutôt que de favoriser les rapports sociaux, ces réseaux antagoniseraient leurs adeptes entrainant désillusion et inquiétude à l’endroit de la vie qui les attend2. La jeunesse québécoise, majoritairement francophone et fréquentant moins assidument ces réseaux anglophones, serait ainsi protégée contre leurs effets pervers. Raison de plus pour défendre notre langue hélas trop malmenée !
Ce constat me ramène au point de départ de cette chronique et à la portée d’un tel exercice. Je croyais cette publication essentiellement de nature psychologique. Or, il s’agit plutôt d’une étude psychosociologique devant permettre de mieux comprendre la notion de bien-être chez les humains. Son objectif premier : aider les collectivités à améliorer la qualité de vie entre autres par l’optimisation des conditions de travail.
Je devrai chercher ailleurs la façon de me soutenir le moral malmené par le climat politique ambiant. Trump n’est pas un homme d’État, mais un homme d’affaires insatiable, véreux et corrompu, un être dont les ambitions ne respectent aucune règle. Avec le recul, je réalise comment le sentiment d’être utile, de concourir au bien-être de mes proches et à celui des personnes de mon entourage élargi a contribué à ma propre sérénité. Sans trop le réaliser, je vois bien que je m’avance sur le terrain des valeurs, de celles qui ont brossé le portrait de ma vie personnelle et familiale aussi bien que celui de ma vie professionnelle. J’en suis là.
On trouve dans la littérature différentes définitions du bonheur qui ont toutes un caractère d’absolu. Subtilité de langage peut-être. Alors, tout compte fait, je crois que je continuerai de m’en tenir à la quête de bonheurs, petits et grands !
1 Vincent Brousseau-Pouliot Les Québécois ont-ils trouvé la recette du bonheur La Presse 19 mars 2026
2La poursuite intentée contre META et Zuckerberg voulait en faire la preuve…
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