photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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Malgré l’état de dégradation du Petit lac Saint-François (aussi appelé lac Tomcod), en Estrie, les citoyennes et citoyens continuent de se relever les manches. L’Association du lac Tomcod et la municipalité de Saint-François-Xavier-de-Brompton ont dans leur mire un nouveau projet biotechnologique pour améliorer la qualité de l’eau.

Rappelons que ce plan d’eau de 1,8 km2, avec une profondeur moyenne d’environ deux mètres (6,5 pieds), est à un stade avancé d’eutrophisation. C’est-à-dire que le lac, en raison d’un apport trop élevé en nutriments et en sédiments, subit un vieillissement prématuré. Les bilans officiels rapportent aussi des concentrations de chlorophylle extrêmement élevées.

À cela s’ajoute le fait que le lac est affecté par des cyanobactéries majoritairement toxiques, ce qui interdit la baignade et certaines activités récréotouristiques.

Petit lac Saint-François - sept. 2026
Petit lac Saint-François à Saint-François-Xavier-de-Brompton.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Ça a un impact pour tout le monde»

Cette situation, bien que très préoccupante, ne décourage pas pour autant les bénévoles de l’Association du lac Tomcod. D’abord voué aux activités récréatives lors de sa création en 1971, cet organisme a réorienté sa mission durant les années 1980 pour axer ses efforts sur la protection du lac, qui se dégradait rapidement à cause de l’activité humaine.

L’organisme rassemble une centaine de membres, riverains et citoyens, soucieux d’améliorer la situation.

«Lorsque le lac se dégrade, ça a un impact pour tout le monde. Pas seulement les riverains», partage Johanne Pomerleau, secrétaire de l’Association, qui ne vit pas elle-même au bord de l’eau.

Claude Paulin (conseiller mun St-François-Xavier-de-Brompton), Johanne Pomerleau (Asso Lac Tomcod) et Josée Picard (Asso Lac Tomcod) - sept. 2026
Claude Paulin (conseiller municipal à Saint-François-Xavier-de-Brompton et ancien président de l’Association), Johanne Pomerleau (secrétaire de l’Association) et Josée Picard (trésorière de l’Association).  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

40 ans d’études et d’initiatives

Au cours des 40 dernières années, l’organisme et la municipalité de Saint-François-Xavier-de-Brompton ont multiplié les actions et les études pour analyser la santé de ce plan d’eau. À titre d’exemples : construction d’un réseau d’égout autour du lac, bassins de contrôle des eaux usées, entretien écologique des fossés, gestion des eaux de ruissellement, etc.

En 2017, avec le soutien de l’ex-députée Karine Vallières, ils obtiennent l’autorisation de contrôler la prolifération des cyanobactéries avec un projet expérimental d’émission d’ultrasons dans l’eau.

Près d’une décennie plus tard, les machines continuent d’émettre des ultrasons. Les résultats sont encourageants, mais la partie est loin d’être gagnée.

«À l’époque, nous savions qu’en plus des ultrasons, nous aurions aussi besoin d’un traitement de l’eau. Avec les deux ensembles, nous aurions probablement eu de meilleurs résultats. Mais nous n’avons reçu qu’une seule autorisation», fait savoir Claude Paulin, conseiller municipal à Saint-François-Xavier-de-Brompton et ancien président de l’Association.

machine à ultrason - Petit lac Saint-François
Appareil qui émet des ultrasons dans l’eau du Petit lac Saint-François pour réduire les cyanobactéries.  (photo : Association du lac Tomcod)

«Il est temps de passer à l’action!»

Selon lui, il y a urgence d’agir.

«Ça fait des décennies qu’on étudie le lac. Là, c’est assez. On l’a assez étudié. Il est temps de passer à l’action!»

L’association redouble désormais d’efforts afin d’obtenir le feu vert du ministère de l’Environnement pour réaliser un projet expérimental d’ajout de bactéries et d’enzymes dans le lac. Une technologie développée par l’entreprise Nuvac Eco-Science basée à Valcourt,

Bruno Demers est président et directeur général de l’entreprise. Il explique qu’un projet semblable s’est déployé entre 2018 et 2020 aux lacs Drolet et de la Veuve, en Estrie, avec la collaboration de l’Université de Sherbrooke. L’objectif : réduire les problèmes d’efflorescences d’algues et de cyanobactéries.

«Dans le fonds de ces lacs, comme ailleurs au Québec, il y a beaucoup de matière organique en décomposition, accumulée depuis plusieurs années. Les eaux plus chaudes font en sorte que les micro-organismes se développent davantage. Cela favorise alors la multiplication des algues. Les autres micro-organismes que nous ajoutons viennent digérer la matière organique, ce qui améliore la situation», explique l’entrepreneur.

Ce processus permettrait, entre autres, de réduire l’épaisseur des boues au fond des lacs, augmenter l’oxygénation et améliorer la transparence de l’eau.

Bruno Demers, PDG de Nuvac Eco-Science
Bruno Demers, PDG de Nuvac Eco-Science, propose à l’Association d’ajouter des bactéries et des enzymes pour améliorer la qualité de l’eau du lac.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Moins cher que d’autres technologies

Une telle opération pourrait coûter environ 100 000 $ pour un premier «traitement choc». Les interventions ultérieures seraient de l’ordre d’environ 50 000 $ par année. «Les bactéries vont se multiplier. Mais à un moment donné, il faut renouveler les souches mères. Elles finissent par ne plus se reproduire assez et il faut en rajouter. C’est l’inconvénient», concède Bruno Demers.

Bien que coûteuse, cette solution est moins chère, de son point de vue, que d’autres technologies. Il donne l’exemple d’un traitement au lac Bromont, en 2017, qui a nécessité 174 tonnes de Phoslock, un autre type de produit utilisé pour restaurer les plans d’eau souffrant d’eutrophisation. Un projet financé par la Ville de Bromont au coût de 650 000 $.

Le PDG croit que le traitement qu’il propose pourrait améliorer de façon notable les problématiques du Petit lac Saint-François. C’est aussi l’avis des représentants de l’Association rencontrés par le Val-Ouest. «On met notre espoir dans ce projet», partage Josée Picard, trésorière de l’organisme.

«Si on allait de l’avant, on arrêterait de seulement parler que les lacs vont mal. On verrait qu’il y a aussi des possibilités d’amélioration», ajoute de son côté sa collègue Johanne Pomerleau.

Eau du Petit lac Saint-François - septembre 2026
L’eau du Petit lac Saint-François, photographié à partir de la berge, au début septembre 2026.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«On ne nous accorde pas l’autonomie nécessaire»

Là où le bât blesse, c’est que cette biotechnologie n’est pas encore homologuée. «Le ministère de l’Environnement a envoyé une série de 30 questions à développement à Nuvac. Ils y ont répondu et on leur a ensuite demandé d’autres recherches et d’autres analyses. C’est comme s’il fallait leur donner des résultats avant même d’avoir commencé, afin de les rassurer», indique Claude Paulin.

Il se désole de toutes ces tracasseries administratives.

«Ce qu’on demande n’est pas très spectaculaire ou coûteux. Mais on ne nous accorde pas l’autonomie nécessaire pour avancer. On n’a pas besoin de permis pour polluer, mais il en faut un pour dépolluer! J’ai l’impression que le gouvernement provincial ne nous fait pas confiance en ce qui a trait à la restauration des plans d’eau.»

Claude Paulin et ses collègues rapportent avoir vu eux-mêmes les résultats au lac Drolet.

«On sait que ça marche. Nous sommes allés là-bas au début du projet. On voyait de la «peinture verte » dans l’eau. Nous y sommes ensuite retournés en 2022. L’eau est rendu claire! Personnellement, je m’y suis rendu à nouveau il y a deux semaines, parce qu’un membre de ma famille habite près du lac. Les gens ont recommencé à se baigner, ce qui n’était pas le cas auparavant.»

Afin d’obtenir le feu vert tant attendu du ministère de l’Environnement, l’association mise sur une collaboration avec l’équipe du professeur Yannick Huot du Département de géomatique appliquée de l’Université de Sherbrooke afin de développer un projet pilote.

plateforme Petit lac Saint-François - sept. 2026
Plateforme aménagée par l’Association et la municipalité pour permettre à la population d’observer le plan d’eau à partir du parc des Pionniers.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Est-ce qu’on pourrait nous donner une petite chance?»

Claude Paulin, croit que ces résultats, s’ils sont positifs, pourraient se répercuter au-delà de la communauté de Saint-François-Xavier-de-Brompton.

«Notre lac est dans une période de détérioration et on veut le réhabiliter. Est-ce qu’on pourrait nous donner une petite chance? D’autant que la situation est grave. Non seulement ici, mais pour bien des lacs. Ce qu’on fait ici, ça pourrait avoir une incidence positive pour des lacs de plus grande dimension, comme le lac Memphrémagog et d’autres. Est-ce qu’il faudra attendre que ces plans d’eau vivent la même situation que nous pour que ça bouge?»

 

Petit lac Saint-François ou lac Tomcod?

L’appellation officielle du plan d’eau est bien «Petit lac Saint-François». Alors, pourquoi entend-on aussi «lac Tomcod»? «À une certaine époque, un nom anglophone lui a été donné : Tomcod Pond. Maintenant, on utilise souvent les deux noms. Les habitants de notre village sont d’ailleurs des Tomcodois et Tomcodoises», explique Claude Paulin.

 

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