photo : APLB
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Qu’ont en commun un ingénieur à la retraite, un professionnel de l’audiovisuel, un étudiant en techniques policières, une stagiaire en communication, une étudiante en journalisme visuel, une étudiante en biologie, des élèves du secondaire et des élus municipaux? Toutes ces personnes travaillent cet été à un objectif commun : la protection du lac Brompton, en Estrie.

Arrivé en poste avant le début de la saison estivale, Mathieu Drouin est le nouveau directeur général de l’Association pour la protection du lac Brompton (APLB). Ayant fait carrière dans le domaine de l’audiovisuel, il est cet été à la tête d’une équipe d’une dizaine de personnes, composée d’une équipe nautique, de stagiaires en environnement, de préposés au lavage, etc.

Leur mission : éviter l’augmentation de la contamination de ce plan d’eau classé comme «rouge» par le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE). Et ce, en raison de la présence de cinq espèces exotiques envahissantes.

partie de l'équipe de travail de l'APLB - été 2026 - lac Brompton
Une partie de l’équipe de travail de l’APLB pour l’été 2026.  (photo : APLB)

«C’est une association qui est vraiment très dynamique. Elle ratisse large et beaucoup de gens sont impliqués. Il y a beaucoup d’énergie mise dans toutes sortes de projets», partage Mathieu Drouin.

Mathieu Drouin - directeur général Asso lac Brompton 2026
Mathieu Drouin, directeur général de l’APLB.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Un geste qui fait «toute la différence»

L’une des actions les plus visibles pour les automobilistes et les plaisanciers est la présence d’une station de lavage, depuis 2023, sur le chemin Côte de l’Artiste, à Saint-Denis-de-Brompton. Cette station accueille cet été pour la première fois une équipe affectée au nettoyage des embarcations. Elle émet également des certificats de lavage. Le tout gratuitement.

Un passage obligatoire pour toute personne qui souhaite mettre à l’eau une embarcation dans le lac Brompton. Même si certains se montrent encore réticents.

«Je comprends que les gens ont travaillé toute la semaine et veulent descendre au lac pour s’amuser. Certains n’ont peut-être pas le goût d’arrêter cinq minutes pour laver leur embarcation. La protection de l’environnement, c’est le courage du petit geste. Parce que c’est le petit geste qui fait toute la différence», tient à rappeler Serge Veilleux, président de l’APLB.

Serge Veilleux président Asso protection lac Brompton (2026)
Serge Veilleux, président de l’APLB.  (photo : APLB)

Serge Veilleux a un cheval de bataille : faire évoluer les règlementations des trois municipalités qui bordent le lac (Saint-Denis-de-Brompton, Racine et Orford).

«Il y a un certain laxisme de la part des plaisanciers. C’est pourquoi nous travaillons avec les trois municipalités pour se doter d’une règlementation commune qui permettra de régler ce problème. C’est sérieux : il s’agit du seul lac d’envergure, en Estrie, qui n’a pas encore réglementation commune. Les élus municipaux sont très impliqués et ils veulent que ça fonctionne.»

Laver chez soi son embarcation avec un boyau d’arrosage n’est pas suffisant, rappelle de son côté Mathieu Drouin. «À la station de lavage, l’eau est à environ 60 degrés Celcius alors que généralement, l’eau des réservoirs à eau chaude domestique est à environ 40 degrés Celcius. Ça prend vraiment de l’eau très chaude à basse pression pour tuer les micro-organismes. En plus de laver le bateau à haute pression pour les enlever.»

vivipare georgienne - lac Brompton été 2026
La vivipare georgienne est l’une de cinq espèces exotiques qui envahissent actuellement le lac Brompton.  (photo : Christina Wagner)

Éviter la dégradation par le lavage

Jérémy Turcotte et Théo Langlois s’occupent de la station de lavage. Ces deux étudiants sont très sensibilisés vis-à-vis des enjeux liés à leu travail d’été.

«La conséquence de ne pas laver son embarcation, c’est une possible dégradation du lac. Par exemple, le cladocère épineux, qui est microscopique. Il va s’accrocher aux branchies des poissons et les empêcher de respirer», raconte Théo Langlois.

Station lavage lac Brompton - été 2026
Lavage d’une embarcation avant sa mise à l’eau.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Son collègue Jérémy Turcotte pointe la grande affiche en bordure de route.

«Le panneau est clair et assez grand : lavage obligatoire. Les gens sont censés le voir.»

affiche lavage lac Brompton - été 2026
Affiche en bordure de la route qui indique la station de lavage.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Les jeunes précisent que le lavage n’est pas seulement pour les embarcations à moteur, mais pour tout ce qui va sur l’eau : canots, kayaks, bouées, planches à pagaies, etc. Tous des vecteurs d’espèces exotiques envahissantes.

«Les gens qui utilisent des paddleboards [planches à pagaies] sont moins au courant. Ils pensent que parce qu’ils n’utilisent pas de bateau, c’est correct. Mais non! C’est ce qui peut causer le plus de problèmes parce que c’est beaucoup plus facile pour les espèces de transférer d’un lac à l’autre, vu qu’on range la planche dans la voiture et qu’on ne la lave pas», rapporte Jérémy Turcotte.

Jérémy Turcotte et Théo Langlois - station lavage lac Brompton (été 2026)
Théo Langlois et Jérémy Turcotte s’occupent de laver les embarcations des plaisanciers cet été.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«C’est une belle réceptivité»

Félix Bruneau et Charles Boucher, eux, font partie de l’équipe nautique. Ils parcourent le lac en bateau pour vérifier si les embarcations ont été lavées et pour sensibiliser les plaisanciers.

«Faire de la sensibilisation dans un contexte où les gens sont en mode récréatif, c’est plaisant de part et d’autre. Les gens sont de bonne humeur», partage Félix Bruneau. En général, l’équipe tente de passer leurs messages en quelques minutes, pour permettre aux personnes de profiter de leur temps de loisir sur l’eau.

«Une fois qu’on a fait notre sensibilisation auprès des plaisanciers, le comportement change. Ça arrive que des gens ne veuillent pas changer. Mais majoritairement, c’est une belle réceptivité», ajoute pour sa part Charles Boucher.

Charles Boucher APLB lac Brompton
Charles Boucher de l’équipe nautique.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

L’Association a conçu une carte de navigation qui indique où circuler sur le lac et à quelle vitesse. Mathieu Drouin donne des exemples. «On demande aux gens de ne pas circuler à plus de 10 kilomètres à l’heure dans une zone de 0 à 100 mètres de la rive. Parce que quand un bateau se promène à haute vitesse dans cette zone, ça brasse les sédiments et ça cause des problèmes.»

carte navitation lac Brompton
Carte remise aux plaisanciers indiquant les zones de navigation du lac Brompton.  (source : APLB)

Les bateaux de planches sur sillages («wakeboard») sont particulièrement visés, compte tenu des vagues importantes qu’ils génèrent. Un corridor spécial leur est dédié.

«Nous souhaitons que les bateaux de «wakeboard» aillent au milieu du lac. Parce que quand ils circulent, même si c’est à basse vitesse, ça nuit aux berges. Plus on «brasse la soupe», plus on nuit aux espèces indigènes et on encourage les espèces envahissantes», pointe Mathieu Drouin.

Félix Bruneau et Charles Boucher - lac Brompton - équipe nautique été 2026
L’équipe nautique en action sur le lac Brompton.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Réduction de la myriophylle à épis

Outre le lavage, l’équipe cible d’autres actions, comme la réduction du myriophylle à épis. Une algue qui vient d’Eurasie et qui prolifère à une vitesse fulgurante dans certaines zones du lac.

L’association a ciblé les lieux où il y avait une présence de plus de 50 % de myriophylle. Pendant quelques années, on a procédé à des bâchages, c’est-à-dire d’étendre des bâches dans le fond de l’eau pour empêcher ces algues de pousser.

L’Association coordonne désormais des actions moins agressives, parce que le bâchage nuisait à d’autres espèces aquatiques. On a plutôt choisi d’embaucher des plongeurs spécialisés qui arrachent les plantes. Résultat : on a vu baisser de 75 % l’envahissement de certains lieux.

carte présence myriophylle à épis 2016
Carte indiquant les zones du lac Brompton avec une présence plus marquée de myriophylle à épis.  (image : APLB)

La «bataille» est toutefois loin d’être gagnée.

«C’est une belle réussite, mais c’est un peu comme lutter contre des pissenlits. Une fois que tu en as, tu ne peux plus les enlever entièrement», déplore Mathieu Drouin.

Importance des bandes riveraines

Le Val-Ouest a accompagné l’équipe nautique dans sa tournée. Il était aisé de constater que certaines propriétés ne conservent pas de bandes riveraines. C’est-à-dire de préserver une bande de végétation en bordure du lac. Et ce, malgré les règlements municipaux qui l’obligent.

bande riveraine - lac Brompton été 2026
Bande riveraine aménagée selon les règles aux abords du lac Brompton.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Même si l’équipe fait ces constats, elle est d’abord là pour sensibiliser les riverains, souligne le directeur général. «Nous ne sommes pas là pour donner appliquer des règlementations municipales ou donner des amendes.»

«Les bandes riveraines, c’est comme des éponges. Si tu les détruits en mettant de l’asphalte ou du gazon, tout va couler dans le lac s’il pleut. Alors que s’il y a de la végétation, elle peut retenir les matières qui ne se rendront pas dans le plan d’eau», rapporte-t-il.

Le maire de Racine, Mario Côté, dit être au courant de la situation. Il affirme que la municipalité émet quelques amendes, mais que les propriétaires sont généralement assez coopératifs. En contrepartie, les autorités font preuve d’une certaine tolérance dès lors qu’un riverain prouve qu’il a entamé des démarches pour végétaliser la rive. «On veut encourager les gens à faire quelque chose. Ce qu’ils font pour commencer, c’est un bon pas.»

«C’est vraiment valorisant»

De son côté, Sabrina Chartier, étudiante à l’Université de Sherbrooke, effectue cet été son stage avec l’Association.

«C’est un stage très varié, avec plusieurs projets. Je fais toutes sortes de choses que je n’aurais jamais pensé faire… comme compter des « escargots » [vivipares]!», partage-t-elle en riant.

Sabrina va sur le lac chaque semaine prendre des mesures pour évaluer la transparence de l’eau et sa qualité. Elle dit apprécier lorsque les riverains viennent lui poser des questions. «Les gens s’intéressent à ce qu’on fait et j’aime bien en jaser. C’est vraiment valorisant.»

Sabrina Chartier, stagiaire en environnement - étude de la qualité de l'eau lac Brompton
Sabrina Chartier en train de prendre des mesures de la qualité de l’eau du lac.  (photo : Christina Wagner)

Une mission d’éducation

Mathieu Drouin est bien fier de sa petite équipe et des résultats qu’ils constate. «Nous avons une mission d’éducation. Avec nos interventions, nous souhaitons que les gens réfléchissent aux gestes qu’ils posent et qu’ils changent leurs habitudes.»

Une volonté de sensibilisation que partagent Jérémy Turcotte et Théo Langlois. Les deux membres de l’équipe profitent d’ailleurs de l’entrevue pour passer un message direct à la population :

«Les gens pensent que les actions qu’ils posent sont banales. Mais en réalité, sous l’eau, il se passe plein de choses qu’on ne voit pas toujours. Faites attention à vos gestes. Ce que vous faites peut avoir de très grosses répercussions. Non seulement sur vous, mais aussi sur les autres.»

Myriophylle à épis
Myriophylle à épis photographié sous l’eau au lac Brompton par Christina Wagner, étudiante en journalisme de l’Université Concordia.  (photo : Christina Wagner)

 

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