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Le bal est parti ! Les hirondelles et les merlebleus se disputent mes cabanes à moineaux. Juchées sur les piquets de la clôture qui cernent le verger, elles sont placées de telle manière qu’elles devraient, en principe du moins, permettre le covoisinage harmonieux. J’ai bien aperçu les merlebleus se pointer les premiers, mais vite suivi par les Hirondelles. Ça ne regarde pas bien. Sur quatre cabanes, il a fallu que les deux couples zieutent la même. Nous verrons bien si les uns et les autres acceptent de faire preuve d’un minimum de bonne volonté. Pour le moment, les hirondelles ont le dessus. Ces deux espèces y sont pourtant arrivées il y a quelques années, mais depuis, la bonne volonté se fait plus rare, beaucoup plus rare. Signe des temps ?

Le merle d’Amérique est aussi de retour, égal à lui-même. Longtemps il m’est apparu comme un oiseau peu intelligent, voire stupide. J’avais beau défaire patiemment et systématiquement ses ébauches de nid sous l’abri d’auto, rien à faire, il ne voulait rien comprendre. Il pouvait reconstruire et reconstruire sans cesse, pendant des jours et des jours. J’ai tout essayé pour le décourager, sans succès. De guerre lasse, je me suis résigné à emballer sa plateforme d’atterrissage d’une moustiquaire assez peu décorative, mais efficace. Il a fini par trouver mieux ailleurs.

Je n’en avais pas terminé avec lui pour autant. J’ai pensé un moment qu’animé par un esprit vengeur, il voulait me rendre la monnaie de ma pièce en venant aux aurores frapper avec ardeur et ténacité à la fenêtre de la salle de séjour. Là encore, il n’a rien compris de sa méprise, voire de sa bêtise. J’ai eu beau multiplier les interventions allant du bruit dissuasif à la menace physique, rien à faire avec cet abruti jusqu’à ce que je comprenne enfin sa motivation. Loin de m’en vouloir, ce qui aurait attesté d’une intelligence certaine, il s’en prenait au rival qu’il croyait percevoir devant lui à grands coups de bec répété contre la vitre. L’obscurité de la pièce transformait la fenêtre en miroir lui réfléchissant sa propre image. Pas assez brillant, le moineau pour comprendre qu’une paroi vitrée le séparait de son adversaire présumé. À peine plus futé, j’aurai mis une bonne semaine à comprendre. J’ai alors tenu allumée, le temps des amours, une lampe qui éliminait l’effet miroir de ma fenêtre.

À la défense de ce bel oiseau, les ornithologues lui prêtent une intelligence certaine lorsqu’il s’agit de construire son nid, de trouver sa nourriture ou encore de repérer et mémoriser les milieux les plus susceptibles de répondre à ses besoins. C’est à croire qu’il devient un peu dingue durant la période des amours. Pouvons-nous vraiment lui faire la leçon ?

Quant aux quiscales bronzés et aux corneilles, ils semblent avoir définitivement renoncé à nicher dans la haie de cèdres. Nous n’y sommes pour rien et je ne vais surtout pas m’en plaindre. Envahissants, ces deux représentants de la gent ailée se sont succédé au fil des ans sous la frondaison printanière de ladite haie. Certes doués et intelligents, ils ont la déplorable caractéristique d’être grégaires. La haie étant parallèle à la maison et non loin d’elle, nous avions l’impression le printemps venu de cohabiter avec ces hôtes inséparables aux comportements trop souvent bruyants et envahissants. Oui, bien sûr, cela fait partie des plaisirs du vivre à la campagne. Mais bon !

C’est à l’appétit des chevreuils pour le cèdre que nous devons leur départ. Leur voracité a rendu notre haie inappropriée pour la nidification. Non sans peine, j’ai fini par me convaincre qu’à quelque chose malheur est bon. C’est là sans doute la seule retombée positive de ce sans-gêne des chevreuils. Le charme des allées et venues des couples d’hirondelles et de merlebleus m’enchante. Il a l’insigne avantage d’être plus respectueux de notre intimité. Certes, il nous faut être aux aguets, mais ce n’est pas trop cher payé pour saisir au vol leurs ébats amoureux éventuellement suivis de leurs allers-retours attentionnés et nourriciers vers le fruit de leurs amours.

Autre signe évident de l’arrivée du printemps, le voisinage fourmille d’humains sortis de leur tanière dès les premiers beaux jours. À l’image des hyménoptères du sous-ordre des Apocrites, qui constituent la famille des Formicidés mieux connus sous le nom de fourmis ouvrières, ils sont à pied d’œuvre tôt le matin. Ils s’affairent à balayer les entrées, à ratisser les pelouses, à débarrasser les plates-bandes de leur membrane protectrice et… à laver l’auto ! Les uns sont agenouillés, d’autres courbés et plusieurs, balais à la main, droits comme des i tréma. Certains sont même grimpés aux arbres pour les émonder ou pour décrocher le bout de plastique accroché aux branches par les vents d’automne.

Regarde dans la rue, le printemps est venu
Et si tu as aimé, tu t’attarderas ce matin-là…

Ce matin-là : Chanson de Félix Leclerc

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