crédit photo : duProprio
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Des Maricourtoises et Maricourtois remettent en question un règlement d’emprunt de 1,5 M$ adopté par leur municipalité le 25 novembre dernier. Quatre-ving-quinze (95) personnes se sont déplacées le 2 décembre pour signer un registre et exiger un scrutin référendaire sur la question. Ce qui est au-delà des 59 signatures requises. Et le soir même, un grand nombre de citoyens se sont présentés à la réunion du conseil municipal pour y poser leurs questions.

Le maire, Jean-Luc Beauchemin, se dit énormément déçu par la tournure des événements. Il explique que sa municipalité souhaitait emprunter cet argent pour acquérir une fermette, près du village. Pour ensuite diviser ce domaine de 144 acres (582 747 mètres carrés) et revendre des terrains pour du développement domiciliaire.

«Il y a deux ans, des citoyens ont réagi à la hausse de taxes en nous demandant d’étudier la possibilité de se regrouper avec le Canton de Valcourt. Nous sommes allés au bout de la démarche et 64 % des citoyens ont refusé ce regroupement. Il a donc fallu se revirer de bord et trouver d’autres moyens pour assurer notre indépendance. Nous devons faire quelque chose si nous voulons survivre, comme municipalité. Ce projet pourrait nous faire revivre», fait-il savoir.

Le maire de Maricourt croit que ce projet, actuellement questionné par ses citoyens, serait positif pour sa municipalité.  (crédit photo : Studio Vicky / MRC du Val-Saint-François)

Le projet se poursuit malgré tout

L’offre d’achat, au coût de 1,2 M$, était déjà signée et conditionnelle à ce que la municipalité puisse emprunter les fonds nécessaires. L’emprunt de 1,5 M$ visait à couvrir l’achat de la propriété ainsi que les dépenses permettant d’initier le projet : frais de notaire, études environnementales, etc.

À la suite de cette forte réaction citoyenne, les membres du conseil municipal ont hésité à savoir si le projet devait ou non s’arrêter là. Dans une première entrevue, avant que la décision officielle ne soit prise, le maire a confié au Val-Ouest que, de son point de vue, le projet devrait «mourir dans l’œuf». Compte tenu des délais engendrés par le référendum et son coût, estimé à environ 8000 $.

Après discussion entre eux, les membres du conseil ont toutefois opté pour poursuivre le projet. Parce que la propriété privée visée serait le seul terrain zoné blanc restant, à l’extérieur du périmètre urbain, sur lequel il peut y avoir des subdivisions et création de nouvelles rues.

Le maire se dit à l’aise à se rallier à cette position.

«Le conseil a penché du côté de la confiance vis-à-vis de ce projet. Malgré le vent de face, des conseillers souhaitent que le projet continue. Nous avons vérifié avec le vendeur et celui-ci est à l’aise d’étirer les délais pour vendre sa propriété. On va donc aller au bout de tout ça et on verra.»

La propriété visée par l’offre d’achat de la municipalité, située sur le 3e rang, serait le dernier terrain zoné blanc où un développement domiciliaire de cette ampleur est possible.  (image : Google Maps)

Séance d’information et référendum en 2026

Une séance d’information publique devrait ainsi être organisée par la municipalité au début de 2026. Par la suite, les citoyennes et citoyens devront se prononcer dans le cadre d’un référendum qui doit avoir lieu d’ici le 25 mars 2026.

Si, à la suite du référendum, la population donne son accord au projet, la municipalité devra en informer le ministère des Affaires municipales et attendre son retour. Un délai d’environ huit semaines.

Par la suite, le conseil municipal devra à nouveau adopter une résolution sur les conditions du prêt et l’obtenir. Ce qui pourrait mener à un achat de la propriété vers le début de l’été 2026.

Une séance du conseil houleuse

Lors de la séance du conseil municipal du 2 décembre, certains citoyens ont mentionné ne pas vouloir de ces nombreux «nouveaux voisins». Préférant payer davantage de taxes pour conserver la quiétude actuelle du village. Alors que d’autres ont dit s’inquiéter pour la coupe d’arbres sur ce terrain en grande partie boisé.

Le maire aurait préféré que certains échanges soient faits avec un ton moins agressif. «À un moment donné, il a carrément fallu dire à certaines personnes de rester polies.»

Pas tous réfractaires au projet

Jean-Luc Beauchemin croit que les 95 personnes qui ont signé le registre ne sont pas nécessairement toutes réfractaires au projet.

C’est le cas de Léo Dandurand, un ancien conseiller municipal qui a tenté, sans succès, de se faire réélire aux dernières élections. Celui-ci était le seul citoyen présent lors d’une réunion extraordinaire, le 25 novembre, qui entérinait le règlement d’emprunt. Par la suite, il a fait connaître à ses concitoyennes et concitoyens la date du 2 décembre pour signer le registre référendaire.

«Je ne suis pas contre le projet, mais plutôt contre le manque de transparence qui entoure ce projet», affirme-t-il d’emblée.

Il ajoute :

«Pour une petite municipalité de 479 habitants comme la nôtre, c’est un montant d’emprunt très important. Ça ne doit surtout pas passer sous le radar. On nous dit que ça pourrait faire baisser nos taxes. Je demande juste à le croire. Mais pour le moment, je n’ai aucune donnée en main. Dans une entreprise privée, quand on présente un projet à la direction, on le fait avec des chiffres à l’appui et des arguments solides sur la rentabilité. Pour faire un bon «pitch de vente». Compte tenu de l’ampleur du projet, je m’attends à la même chose de ma municipalité.»

Le maire dit avoir entendu les questionnements de ses commettants. «On nous a dit que nous aurions dû procéder différemment pour informer les gens.»

Le citoyen Léo Dandurand, ancien conseiller municipal, se dit ouvert vis-à-vis de ce projet, tout en questionnant l’approche de la municipalité.  (photo : gracieuseté)

Des négociations depuis deux mois

Bien que cette immense propriété soit à vendre depuis environ deux ans, la municipalité n’a entamé des négociations qu’il y a deux mois. Parce que le vendeur avait significativement baissé son prix. Ce qui rendait l’acquisition davantage intéressante financièrement.

Jean-Luc Beauchemin se défend d’avoir voulu «cacher de l’information», comme certains citoyens lui ont reproché. Il explique que la municipalité a souhaité agir dans la discrétion.

«Nous avions devant nous des opportunités et nous sommes entrés en négociation avec le propriétaire. Avec des contraintes au niveau des dates, entre autres avec le gouvernement. On voulait aussi avoir l’exclusivité au niveau de notre offre d’achat et agir rapidement, pour ne pas que quelqu’un d’autre vienne renchérir. On a donc décidé de bouger avant de consulter.»

Depuis mai, Maricourt lorgne certains terrains

La municipalité songe depuis un moment déjà à acquérir des terrains qui lui permettrait de se développer. En mai dernier, le conseil a adopté le règlement 422-2025 donnant un droit de préemption à la municipalité. C’est-à-dire la possibilité d’acquérir certains immeubles visés «à juste prix pour tout projet au bénéfice de la communauté». Le règlement visait environ une quarantaine de propriétés pour lesquelles la municipalité a démontré un intérêt et informé les propriétaires.

De nouvelles propriétés pour rapporter de nouvelles taxes

En parallèle des négociations en vue de l’achat de cette propriété, la municipalité a fait réaliser un plan de lotissement préliminaire. Qui démontre que, une fois subdivisé, la partie du terrain qui est en zone blanche pourrait accueillir environ 35 propriétés. Cela aurait pour conséquence d’augmenter d’environ 10 % le nombre de payeurs de taxes sur le territoire de la municipalité.

«En plus de rapporter des taxes, ce projet pourrait augmenter le nombre de citoyens. Et compte tenu que les subventions gouvernementales sont calculées en fonction du nombre d’habitants, ça pourrait être avantageux pour Maricourt», croit Jean-Luc Beauchemin.

Selon le maire, ce développement permettrait, à terme, de ne pas augmenter les taxes. Des taxes qui, confirme-t-il d’ores et déjà, seront augmentées pour l’année 2026.

Un projet rentable sur 15 à 18 ans

Ces 35 terrains seraient de bonne dimension. Le plus petit d’entre eux ayant une superficie d’environ 40 000 pieds carrés. La valeur moyenne de revente serait d’environ 80 000 $ pour des terrains sans services. C’est-à-dire que les propriétaires auraient à se pourvoir d’un puits ainsi que d’une fosse septique.

Selon les chiffres de la municipalité, qui n’ont pas été rendus publics, le projet pourrait ainsi être rentable sur une période d’environ 15 à 18 ans.

Image, vue des airs, de la propriété qui intéresse la Municipalité de Maricourt.  (image : YouTube)

Réflexions à venir sur le type de développement

Si le projet va l’avant, après le référendum de 2026, la municipalité évaluera si elle désigne ce projet comme un «programme particulier d’urbanisme» (PPU). Il s’agit d’un document de planification qui précise et détaille l’aménagement d’un secteur d’une municipalité où des changements importants sont prévus.

La municipalité réfléchira éventuellement au fait de vendre elle-même chacun des terrains ou si elle laissera cette responsabilité à un promoteur immobilier. Dans un cas comme dans l’autre, le contrat de vente d’un terrain comportera une clause indiquant que la construction devra se faire à l’intérieur d’un délai de cinq ans.

Protection de l’environnement

La municipalité fait aussi savoir que si elle achète ce terrain, elle fera réaliser une caractérisation du milieu par des biologistes. De fait, la propriété comporterait des zones humides à protéger. Maricourt assure d’ores et déjà que les développements domiciliaires projetés ne détruiront aucun milieu humide et se feront dans le respect de l’environnement.

Défis de communication avec les citoyens

Dans les jours qui ont précédé le référendum, la page citoyenne «Informations Maricourt», gérée de façon anonyme, a mis en ligne une publication concernant ce projet. Suscitant par la suite une série de commentaires. De telle sorte que la municipalité a jugé nécessaire de rectifier certains faits sur sa page Facebook. Ce qu’elle ne fait pas, habituellement.

Ce qui a mis en lumière les défis de communication de cette petite localité avec ses citoyens.

«La municipalité ne peut pas penser qu’elle va bien informer les gens si elle publie seulement des informations dans une section de son site web. Ou si elle met des affiches à l’église et sur le babillard extérieur du bureau municipal. Maricourt devrait davantage utiliser sa page Facebook pour les avis publics, les séances, les règlements, etc.», partage le citoyen Léo Dandurand.

Le maire se dit d’accord, tout en faisant valoir certaines contraintes.

«Nous ne voulons pas faire de politique sur la page Facebook de la municipalité. Par contre, nous sommes d’accord avec l’idée d’y mettre des renseignements. Mais on n’a pas le personnel pour nous aider à le faire. Les employés ont déjà beaucoup de travail. Il y aussi d’autres façons de transmettre des informations, par exemple par la poste. Mais actuellement, comme on le sait, il y a des problèmes avec Postes Canada. Au fond, il faudrait qu’on ait les courriels de tous les citoyens pour les informer directement», mentionne-t-il.

 

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