Établie à Melbourne, la Vallée du Moulin est la seule entreprise familiale estrienne qui a relevé le défi de cultiver la figue au Québec.
«On ne voulait pas faire des tomates, des concombres ou des poivrons comme ce qui est plus commun en serre au Québec», nomme Anne-Marie Proulx, directrice et copropriétaire de la Vallée du Moulin.
C’est ainsi qu’est née la seule plantation de figues au Québec, sur une ancienne station de pompage d’eau potable de la Ville de Richmond, qui a été en activité du début des années 1930 jusqu’en 1968.
Après sa fermeture, il est resté abandonné pendant près de 30 ans. En 1998, Serge Proulx, ingénieur électrique de formation, découvre le potentiel du lieu et entreprend de lui donner vie.

Au fil des années, ses enfants et lui agrandissent progressivement la propriété, qui passe d’une dizaine d’acres à plus de 235 acres.
D’importants travaux sont entrepris, dont la remise en état du barrage, la réfection du moulin, l’aménagement des prairies ainsi que la construction d’une microcentrale hydroélectrique.
«Tant qu’à faire un projet, on souhaitait le faire avec une empreinte écologique la plus faible possible», explique Serge Proulx, copropriétaire de la Vallée du Moulin.

Il ajoute aussi que c’était important pour lui d’encourager l’économie régionale dans l’aménagement du domaine.
«La plupart des entrepreneurs qui ont travaillé pour nous sont de Richmond ou des alentours proches et j’en suis fier.»
En 2012, une deuxième centrale est ajoutée pour soutenir l’expansion de l’entreprise. Les surplus d’électricité sont vendus à Hydro-Québec, tandis qu’une grande partie de l’énergie produite est consommée directement sur le site.

«On consomme une bonne partie aussi parce qu’on a beaucoup plus d’opérations maintenant qu’au début des années 2000», indique Anne-Marie Proulx.
Miser sur la figue pour se démarquer
Au début des années 2010, la famille cherche une nouvelle vocation pour le domaine.
Après avoir réaménagé le terrain et exploré l’apiculture ainsi que l’acériculture, elle décide de miser sur une culture encore peu développée au Québec: la figue.
L’objectif est de créer une destination agrotouristique qui se distingue des productions en serre plus traditionnelles.
Après plusieurs années de recherche, c’est en 2018 que les premiers figuiers provenant de la Floride sont plantés. Comme un figuier met entre six et sept ans avant d’atteindre sa maturité, le projet demande alors beaucoup de patience.
Entre 2019 et 2022, trois serres sont construites et les premières récoltes permettent enfin de commercialiser les figues ainsi que différents produits dérivés du miel et de l’érable.
En 2023, le domaine inaugure un pavillon d’accueil et ouvre officiellement son site agrotouristique. Depuis, l’expérience continue d’évoluer.

Une production unique au Québec
Aujourd’hui, le domaine compte près de 2000 figuiers répartis dans trois serres et cultive une vingtaine de variétés de figues.
La quantité de figues produites par un figuier varie selon sa grandeur, mais elle peut atteindre jusqu’à 300 figues par année.
Originaire de la Méditerranée, le figuier exige beaucoup de chaleur et de soleil. Les serres permettent donc de recréer les conditions idéales à sa croissance.
«La figue n’est pas un fruit, mais une fleur inversée », mentionne Mme Proulx, directrice de la Vallée du Moulin.
Une fois récoltée, la figue ne mûrit plus. C’est donc directement sur l’arbre qu’elle développe tous ses sucres et ses arômes. Les variétés de figuiers du domaine permettent d’obtenir jusqu’à deux récoltes par saison, la principale est celle de fin juillet jusqu’au mois d’octobre où l’on récolte la figue d’automne.

Être le premier producteur de figues au Québec représente toutefois un défi. Le contrôle des ravageurs, la gestion de l’irrigation et l’adaptation des techniques de culture aux conditions québécoises demandent une expertise constante.
«On ne vient pas du tout du milieu agricole dans la famille, donc c’était un défi de plus», confie Anne-Marie Proulx, auparavant enseignante de mathématiques.
Aujourd’hui, le domaine accueille des visiteurs provenant de plusieurs régions du Québec, notamment de Montréal, de Québec et de l’Estrie.
La Vallée du Moulin est ouverte du jeudi au dimanche, de 10 h à 17 h, et ce, jusqu’au 4 octobre prochain.












