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Je suis bien obligé de commencer par les patates.  Car la base de notre nourriture, c’était bien les patates.  Le pain aussi, mais j’y reviendrai. Je vous garde le meilleur pour le dessert.  La vraie réserve de nourriture pour toute la famille était dans le grand carré à patates de la cave.  Des centaines de sacs de 75 livres, dans le temps.

Je garde ce souvenir précis de mon enfance, de ces deux matins de septembre de l’automne 1942 ou 43.  J’avais donc autour de six ou sept ans.  Avec mon frère d’un an plus jeune.  Ce matin-là, nous ne sommes pas allés aux champs pour arracher et ramasser des patates.  Parce que mon père avait dû se présenter à un bureau de l’armée pour aller à la guerre. À Rivière-du-Loup.  C’est pour ça que mon souvenir est si précis.  Mon père savait qu’il ne serait pas retenu pour le service militaire parce que les cultivateurs avec enfants ne seraient pas conscrits pour aller à la guerre.

Mais la veille, par ce matin «frisquet» de septembre, mon père avait attelé ses deux chevaux à la charrue à «perche croche» pour ouvrir les rangs de patates sur le côteau du lac.  Pour rendre la terre plus meuble et ne pas briser les patates,

Puis nous étions montés tous les quatre, papa, maman, mon frère et moi, pour cueillir toute la journée.  Mon père et ma mère sortaient les patates de la terre avec un «piochon», un vieil outil comme un râteau étroit à long manche dont on ne se sert presque plus aujourd’hui. Ma mère avait aussi apporté notre diner. Puis un quelconque bromo-quinine pour que nous n’attrapions pas la grippe.

Moi, je ramassais les grosses patates derrière les deux arracheurs et les vidais dans une grande chaudière.  Mon frère mettait les petites patates dans une autre chaudière pour les faire cuire et les donner aux cochons, car l’abattage était imminent. Vers la fin novembre, début-décembre.  Mon père vidait les petites et les grosses  dans des poches différentes.  Malgré la présence assez fréquente de cailloux, notre terre était très productive.  Nous en produisions en assez bonne quantité.  Pour manger nous-mêmes et pour vendre.  Les plus vieux enfants que nous étions ont donc été absents de l’école pendant les semences et les récoltes.  Nous étions utiles sur la ferme, tout simplement.

En grandissant, je suis aussi allé ramasser des patates chez mon grand-père. Disons que mon père avait aussi appris à travailler à très bas âge. Il nous apprenait comme il avait appris. Parce que mon grand-père cultivait aussi des pommes de terre.  Grand-père, père, petit-fils.

Il y avait quand même un avantage chez mon grand-père : les hommes aimaient le baseball et les patates s’arrachaient pendant la série mondiale.  Les hommes écoutaient…  Un moment assez important pendant la partie.  Un heureux moment.

Cependant, je ne sais pas si grand-maman aimait le baseball, mais je sais qu’elle nous préparait des sandwiches au caramel et au beurre d’arachides exceptionnelles pendant que les hommes criaient après les circuits.

Mon père n’oubliait quand même pas de passer tout droit devant mon école avec son cheval et sa voiture pour aller chez mon grand-père.  Il s’arrêtait un moment pour  «me faire lire».  Pour que ma maitresse puisse constater le suivi de mon savoir.  C’est ainsi que j’ai pu apprendre à travailler avec les grands… et apprendre à lire.

Et j’aime toujours les sandwiches de ma grand-mère.

Voilà mon étincelle : Tout homme aspire à la liberté, à l’égalité, mais il ne peut l’atteindre sans l’assistance d’autres hommes, sans fraternité.  Voltaire.

1 commentaire

  • Merci Gaston pour cet intéressant article qui nous amène dans un passé pas si loin … mais qui semble du temps de Christophe Colomb!!
    Ça m’interpelle et me pousse dans
    « notre » champ de patates plein de roches et de mauvaises herbes!! Ouf!!
    Merci Merci Gaston
    Micheline

Les commentaires sont fermés.

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